Les Bonnes

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Jean Genet

Jean Genet (1910-1986) est considéré comme l’un des auteurs les plus brillants de la littérature française du XXe siècle. Il a été emprisonné pour vol et son œuvre a été censurée en raison de son caractère pornographique.

 

Jean Genet est né le 19 décembre 1910 à Paris de père inconnu. Sa mère le laisse au soin de l’Assistance publique alors qu’il n’a que 7 mois. Il est envoyé dans une famille nourricière installée dans une ferme d’Aligny-en-Morvan. Il grandit dans une ambiance douce et heureuse. Il est enfant de chœur de la paroisse et c’est un élève brillant qui obtient la meilleure note au certificat d’études primaires. Cependant, il a un caractère taciturne et asocial. Très jeune, il ressent une attirance pour les hommes et à l’âge de 10 ans, il est puni pour la première fois en raison d’un vol.

En 1923, après avoir fugué, il est séparé de sa famille adoptive et incorporé dans un pensionnat ; on lui enseigne le métier de typographe. Fuguant à nouveau, il est envoyé dans une colonie pénitentiaire de Mettray où il confirme sa tendance homosexuelle et son attirance pour la virilité et les rapports de soumission.

 

À 18 ans, il s’engage dans la Légion étrangère grâce à laquelle il découvre l’Afrique du Nord et le Proche-Orient. L’image du mâle au sein de cette armée, mais aussi dans les populations locales, déclenche chez lui de vives passions.  

Lorsqu’il rentre à Paris, il survit en réalisant des vols à l’étalage qui lui valent un séjour en prison. C’est durant ces périodes qu’il commence à rédiger ses premiers poèmes et des extraits de romans. Il lui suffit de puiser dans les méandres de sa vie et d’exprimer ses sentiments pour créer une œuvre différente et originale. Son très haut niveau d’exigence l’empêche cependant de terminer ses œuvres, qu’il réécrit inlassablement. Quand, enfin, ses premiers romans sont édités, la censure interdit leur commercialisation en raison de leur caractère pornographique. L’écriture a beau s’y révéler fluide et pleine de finesse, elle aborde trop clairement des thèmes jugés immoraux et encensent les plaisirs de l’homosexualité ou de la pédophilie. Malgré tout, ces romans s'acquièrent facilement sur le marché noir. Son roman, Notre-Dame-des-Fleurs, est sans doute le premier récit qui met en avant les aventures d’un travesti.

Ces écrits font de Jean Genet un auteur infréquentable. Les critiques se déchaînent et dans la mentalité populaire, Jean Genet est taxé de tous les maux. Lorsque l’auteur évoque le nazisme et les exactions de la Milice, plus d’un le dénoncent comme collaborateur. Malraux le qualifie d’« excrémentiel » et lui dédie même un essai peu flatteur. D’autres lui trouvent plus d’une qualité. C’est le cas de Jean Cocteau ou de Jean-Paul Sartre qui le qualifient plus aimablement de mauvais garçon de la littérature française et qui le considèrent comme le génie de l’époque. Lorsque Jean Genet est condamné pour la troisième fois, la loi exige une condamnation à vie ; il doit sa liberté à l’intervention de quelques écrivains, dont Jean Cocteau. À cette époque, Jean Genet fréquente les cercles de l’intelligentsia parisienne. Il commence une carrière de dramaturge et ses pièces connaissent le succès.

Son action en tant qu’homme engagé est marquée par des actes majeurs. En pleine guerre d’Algérie, il dénonce les méfaits du colonialisme et surtout l’état déplorable dans lequel les pays sont laissés à leur indépendance. Il publie des articles ouvertement favorables aux groupes terroristes. Le 2 septembre 1977, l’article « Violence et brutalité » qui paraît dans Le Monde provoque un tollé général. Jean Genet est interdit de séjour aux États-Unis, ce qui ne l’empêche pas d’y passer plusieurs mois avant de rédiger la préface du recueil des lettres de Georges Jackson, l’un des fondateurs des Black Panthers. Il rencontre Yasser Arafat et en septembre 1982, il est le premier Européen à se rendre à Chatila. Ce séjour lui inspire l’un de ces textes politiques les plus importants : Quatre heures à Chatila

Les thèmes abordés par Jean Genet et ses interventions ont généré autant de critiques peu amènes que de commentaires élogieux. Cependant le temps lui a façonné une place à part dans le paysage culturel français et international. Aujourd’hui encore, ses pièces sont jouées régulièrement et ses œuvres font partie des programmes scolaires des collèges et des lycées. Plusieurs chanteurs ou groupes musicaux réputés comme Étienne Daho, David Bowie ou Dire Straits font référence à son nom.

Jean Genet termine sa vie seul, errant dans de petits hôtels et parfois dans des chambres sordides, avec pour seul bagage une valise remplie de lettres et de manuscrits. Il décède au Jack’s Hôtel, à Paris, le 15 avril 1986, après une mauvaise chute. Il est enterré au cimetière de Larache au Maroc.

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