Les Bonnes

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La perversion sociale

Les doublons domestiques/bourgeois introduisent le thème de la lutte des classes, sur lequel les critiques se sont souvent arrêtés pour comprendre l'œuvre étrange de Genet. En effet, ce dernier s'est appuyé sur les rivalités de classe qui peuvent trouver leur terreau dans les relations entre les domestiques et leurs maîtres. Mais le choix de résolution d'un tel conflit – le meurtre – dépasse la simple critique sociale pour placer la pièce au sein d'une réflexion sur la place de l'homme dans une société, homme qui souffre de la condescendance des autres.

         « Madame nous a vêtues comme des princesses. Madame a soigné Claire ou Solange, car Madame nous confondait toujours. Madame nous enveloppait de sa bonté. Madame nous permettait d’habiter ensemble, ma sœur et moi. Elle nous donnait les petits objets dont elle ne se sert plus. Elle supporte que le dimanche nous allions à la messe et nous placions sur un prie-Dieu près du sien. »

         La fin justifie les moyens et la quête du pouvoir est digne de tous les sacrifices. Voilà résumé le message de la pièce. Solange et Claire se trouvent prisonnières du carcan social dont elles n’envisagent de sortir qu’en usurpant le pouvoir d’une autre. C’est une vision inquiétante de la société que Genet propose dans la pièce, une société où la violence est synonyme de pouvoir. Mais surtout, on observe l’escalade du fantasme qui découle sur le meurtre après être parti du brouillage identitaire.

         En effet, le crime place Solange à la fin du texte dans la posture de la criminelle, posture qui est glorifiée dans son propre discours lorsqu'elle s'imagine tuant Claire : « Mais maintenant je reste droite. Je suis l'étrangleuse. Mademoiselle Solange, celle qui étrangla sa sœur ! » La solution à la situation des deux sœurs, à leur rêve de progression sociale, serait donc de basculer dans le crime, dans le monde marginal des meurtriers et des voleurs, où...

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