Les Bonnes

par

Monsieur et Madame

Les maîtres des deux bonnes sont très effacés dans la pièce. “Monsieur” n’est jamais présent – tantôt en prison et plus tard attendant sa femme dans un café. Mais “Madame”, qui fait une brève apparition, bien qu’absente physiquement, est présente dans le discours des deux sœurs, encore plus que “Monsieur”. “Madame” suscite l’admiration et la haine des deux domestiques. Elle est ce qu’elles voudraient être et elles le lui reprochent :

« Car Madame est bonne ! Madame est belle ! Madame est douce ! Mais nous ne sommes pas des ingrates, et tous les soirs dans notre mansarde, comme l'a ordonné Madame, nous prions pour elle. Jamais nous n'élevons la voix et devant elle nous n'osons même pas nous tutoyer. Ainsi Madame nous tue avec sa douceur ! Avec sa bonté, Madame nous empoisonne. Car Madame est bonne ! Madame est belle ! Madame est douce ! »

Ces deux personnages dont les noms ne sont jamais donnés n’existent que par leur titre et leur situation sociale. Cet état des choses est plus un indice de la psychologie des deux bonnes que de la nature de leurs maîtres. Le fait qu’elles ne pensent à leurs patrons qu’en termes de “Monsieur” et “Madame” est un indicateur assez fiable de la nature superficielle des deux bonnes. Elles n’attachent aucune importance à la personne, mais tous leurs sentiments conflictuels sont orientés vers le statut, vers le symbole de pouvoir et d’autorité que “Madame” représente à leurs yeux. Ces personnages de maîtres sont moins des personnes à part entière dans la pièce que des représentations de l’idée que Claire et Solange s’en font.

 

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Dissertation à propos de Les Bonnes