Les Caractères

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Résumé

Les Caractères est un œuvre de Jean de La Bruyère (1644-1696), moraliste et membre de l’Académie française. Cet ouvrage est son œuvre unique, œuvre qui a évolué et grandi au fil des années. En effet, Les Caractères ont connu huit éditions du vivant de leur auteur, chaque nouvelle édition étant révisée et augmentée. L’œuvre est divisée en quinze chapitres et traite de sujets divers qui concernent tous la nature de l’Homme et la société. C’est donc une œuvre dynamique que son auteur a fait évoluer durant plusieurs années, et non un ouvrage écrit de façon définitive.

La première édition des Caractères date de 1687. La Bruyère a alors quarante-trois ans. C’est l’œuvre d’un homme mûr qui depuis des années observe ses contemporains et note leurs traits et leurs travers, pour créer une satire de la société de son temps. La Bruyère a consigné ses observations depuis des années et c’est à partir de 1673, quand il s’installe à Paris, qu’il consacre son temps à l’écriture et à la mise en forme de ce qui deviendra son unique ouvrage. Avec Les Caractères, La Bruyère a pour but de montrer les défauts des hommes, en espérant que la lecture de l’œuvre les aidera à s’en corriger.

Au premier abord, Les Caractères présentent un aspect hétéroclite : les chapitres sont d’inégale longueur et traitent de sujets divers et variés, sans apparente unité ni logique. De plus, l’ouvrage s’ouvre avec la traduction des Caractères du philosophe grec Théophraste, écrites au début du IIIème siècle avant J.-C. Dans cet ouvrage antique, le péripatéticien grec porte un regard certes amusé mais cependant lucide sur ses contemporains et l’humanité tout entière. Les Caractères de La Bruyère suivent ceux de Théophraste et s’inscrivent donc dans le droit fil de ceux-ci. C’est le même esprit qui anime les deux auteurs.

Les quinze chapitres écrits par La Bruyère portent sur des sujets divers et sans lien apparent : « Des ouvrages de l’esprit », « Des femmes », « Du cœur », « Du souverain ou de la république », « De la mode », etc. Les sujets sérieux voire graves voisinent avec de plus légers en apparence. Ce qui est au centre des réflexions et observations de La Bruyère, c’est l’Homme, donc le lecteur. Le danger est donc pour l’auteur d’offusquer celui qui lit son ouvrage en se montrant cruel ou trop moralisateur. C’est pourquoi La Bruyère choisit le genre de la satire, se moque avec humour et brosse ses portraits avec ironie. Ce qui est bassement humain, en particulier ce qui est lié à l’argent, ce qui pousse à privilégier l’apparence sur le fond, c’est cela que La Bruyère brocarde de façon plaisante. La dérision permet ici de prendre de la hauteur et de voir les hommes comme très petits. Certes, le lecteur du XVIIème siècle n’a pas manqué de voir dans Les Caractères un « ouvrage à clés », dans lequel certains « grands » de ce temps étaient reconnaissables, mais La Bruyère ne se cantonne pas à un rôle de dénonciateur de telle ou tel : il peint, portrait après portrait, l’image d’une humanité universelle qui va au-delà des frontières du royaume de France.

L’autre objectif de La Bruyère dans Les Caractères est de démontrer que l’homme doit être chrétien : l’auteur apporte dans le dernier chapitre, « Des esprits forts » des « preuves de Dieu ». Il dénonce autant les faux dévots que ceux qui nient l’existence de Dieu, et proclame que l’harmonie doit régner dans le royaume, donc dans l’univers, et que cette harmonie doit être le reflet d’un esprit supérieur, Dieu, qui guide les pas de l’homme en lui offrant des principes à suivre.

En conclusion, trois types d’homme existent selon La Bruyère : « l’habile homme », qui sait naviguer dans la société en ne cherchant que la satisfaction de ses intérêts personnels, « l’honnête homme », qui privilégie l’esprit plutôt que la satisfaction matérielle, et l’« homme de bien », incarnation des vertus chrétiennes.

Le sujet est sérieux et pourrait rebuter un lecteur à la recherche de légèreté. Pourtant, le succès des Caractères fut immédiat et ne s’est jamais démenti. Ceci s’explique non seulement par le ton satirique de l’ouvrage, mais aussi par sa forme même.

Il est vrai que le style de La Bruyère est rigoureux et classique : phrases sobres, dépourvues d’adjectifs et d’adverbes inutiles – le mot juste employé à sa juste place. Mais ce côté qui peut sembler austère est adouci par la construction même de l’ouvrage : l’auteur passe, d’un chapitre à l’autre et dans un même chapitre, de sujet en sujet, au fil de la plume et de la pensée, comme on le ferait dans une conversation amicale. Cela permet au lecteur de pouvoir ouvrir Les Caractères au hasard, et d’y trouver d’une part une plaisante lecture et d’autre part matière à réflexion.

C’est un ouvrage vivant qui a évolué au fil du temps et des observations et réflexions de son auteur. D’ailleurs, les Caractères de Théophraste seront, à partir de la sixième édition, clairement identifiés comme secondaires dans le livre et imprimés en plus petits caractères que le reste de l’ouvrage.

La Bruyère, dans ce livre unique et vivant, a voulu donner un guide moral et chrétien à ses contemporains. Ce faisant, il a donné vie à des modèles universels, des archétypes que l’on croise encore de nos jours. La lecture des Caractères de La Bruyère demeure plaisante et utile, car l’homme, malgré le temps passé, n’a guère changé.

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