Les Caractères

par

Du comportement des Hommes

Les procédés rhétoriques mettent en lumière la pleine réalité de ce XVIIème siècle que La Bruyère dépeint avec ironie : tout y passe, des défauts de l’âme humaine tels que l’égoïsme, la goinfrerie, l’appât du gain, la bêtise, jusqu’aux strates mêmes de la société, telles que les manies des aristocrates, la curiosité, la vanité dont ils peuvent faire preuve. Cependant, il prend la précaution de ne pas stigmatiser l’ensemble de la population qu’il dénonce ; en effet, lorsqu’il dépeint un caractère, il tâche de préciser que dans d’autres circonstances, ce même défaut qu’il dénonce peut s’avérer utile et efficace. C’est le cas lorsque par exemple, il montre dans le chapitre « De la Cour » que la curiosité peut être à l’origine d’un penchant malsain, vicieux, mais que cependant, si elle est utilisée avec raison, elle est un atout indéniable dans l’identification du superficiel, afin de ne pas être trompé par les apparences.

Ainsi, l’auteur prend l’exemple de deux hommes, l’un « raisonnable, qui a une âme » et qui part en quête de tulipes, et l’autre possédant un verger, qui lorsqu’on lui parle de ses fruits, mène l’interlocuteur directement à l’arbre et lui fait goûter une de ses prunes : « et là-dessus ses narines s’enflent, il cache avec peine sa joie et sa vanité par quelques dehors de modestie. Ô l’homme divin en effet ! » Il est clairement établi que le premier homme, qui ne possède rien, a fait preuve de curiosité et a pu admirer véritablement les fleurs dans leur habitat naturel, tandis que le second est englué dans la prétention qu’il ressent à la vue de ses propres fruits. La Bruyère montre ainsi qu’un même caractère peut prendre plusieurs directions, vers la bonté ou le vice, que cela dépend de la personne chez qui on l’étudie. Il nuance donc sa satire, en acceptant de s’adapter aux circonstances, évitant ainsi le risque de tomber dans une catégorisation manichéenne.

Cependant, il n’en reste pas moins que l’ironie est toujours là, mordante, envers les caractères abusifs. L’auteur utilise ainsi les procédés rhétoriques que nous avons vus précédemment mais cette fois dans un but dénonciateur : il parle, par exemple, des vaniteux en ces termes : « De telles gens ne sont ni parents, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens, ni peut-être des hommes : ils ont de l’argent. » C’est donc une fatalité qu’il semble énoncer à travers sa phrase lapidaire, condamnant ceux qui font preuve d’un tel caractère.

Finalement, ce sont des comportements que La Bruyère décrit tout au long de son œuvre. Il ne s’agit pas de viser telle ou telle classe sociale de manière générale, mais de faire prendre conscience à ses contemporains des vices qui les habitent. Il étudie donc les comportements psychologiques à travers les passions, les goûts et les tendances que les hommes expriment et qui seraient, selon lui, pervertis par ce qui n’a pas d’importance en soi, puis s’attarde sur les comportements sociaux qui cette fois mettent en valeur les défauts que l’on retrouve plus fréquemment chez les membres de certaines classes sociales.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Du comportement des Hommes >