Les enfants terribles

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Jean Cocteau

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1889 : Jean Cocteau naît à
Maisons-Laffitte (Seine-et-Oise, actuellement Yvelines) dans une famille de la haute bourgeoisie, comptant dans ses
rangs des agents de change et des amiraux. Son père, avocat et peintre amateur,
se suicide alors que l’enfant a neuf ans. Il grandit à Paris dans un hôtel
particulier appartenant à son grand-père, qui lui fait découvrir les grands
compositeurs et chez lequel passent des célébrités. Il se fait renvoyer du
lycée Condorcet, étudie au lycée Fénelon et rate par deux fois le baccalauréat.
Il commence en littérature avec de la poésie.

1908 : Ses textes sont récités avec succès au théâtre Femina, puis il publie
à compte d’auteur un recueil l’année suivante, inspiré des Mille et Une Nuits, puis d’autres suivent dont il interdira la
réimpression. Il fréquente alors le monde en adolescent prodige, se baigne dans l’air du temps, et la coqueluche du tout-Paris, surnommé
« le Prince frivole », rencontre
Lucien Daudet, Marcel Proust, Edmond Rostand, Anna de Noailles ou Catulle
Mendès. Il fraye également avec des cercles
artistiques bohêmes
, se passionne pour le ballet russe, écrit en 1912 l’argument du ballet Le Diable bleu pour Diaghilev. Sur le conseil de ses amis artistes il quitte Paris qui,
scandalisé, a osé bouder Le Sacre du
printemps
, et se retire à la campagne où il s’attèle à la rédaction d’un roman, Potomak, qui paraîtra en
1919, et où se font jour une ironie,
un style lapidaire, une prose nerveuse et des métaphores oniriques qui seront sa
marque.

1914 : Réformé, il travaille comme ambulancier
civil
pendant la guerre. Il fait une expérience traumatique lorsqu’il
apprend le décès lors d’un assaut d’un groupe de compagnons fusiliers marins
qui l’avait accueilli en son sein. À partir de 1916, il fréquente des peintres et des écrivains d’avant-garde, parmi lesquels Max Jacob, Apollinaire,
Reverdy, Modigliani, Satie et Cendrars. Avec ce dernier, il fondera les Éditions
de la Sirène en 1918. En 1917, il fait scandale avec Picasso et Satie lors de
la représentation de Parade par les Ballets russes. En 1918, son essai Le Coq et l’Arlequin définit l’esthétique du Groupe des Six (les compositeurs
Georges Auric, Louis Durey, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc,
Germaine Tailleferre), avec lequel il collaborera souvent. Cette année-là il
fait aussi la connaissance de Raymond
Radiguet
, qui devient un compagnon
d’écriture
et l’orientera vers le roman. Dans l’essai Carte blanche deux ans
plus tard il se fait le porte-parole des tendances nouvelles en poésie, en musique
et en peinture.

1921 : La pièce Les Mariés de la Tour Eiffel, créée au Théâtre des
Champs-Élysées sur des musiques du groupe des Six, marque le début d’une période de grande créativité. Il s’agit
d’une œuvre dans la veine surréaliste
qu’avait inaugurée sur scène le théâtre dada et Les Mamelles de Tirésias d’Apollinaire. Des scènes bouffonnes se suivent au gré des allées et venues de
personnages jaillissant d’un appareil photo géant posé au premier étage de la
tour Eiffel. Au centre, une noce
bourgeoise
où s’accumulent les clichés ; sont également impliqués un
chasseur, une autruche, un lion, un enfant qui massacre les convives ainsi
qu’un général. Cocteau explique dans la préface avoir voulu représenter
diverses impressions, la poésie, les miracles et les mystères de la vie
quotidienne
.

1922 : Il reprend le célèbre drame antique de Sophocle dans Antigone,
pièce créée au Théâtre de l’Atelier dans des décors de Picasso. Antonin Artaud
jouait Tirésias, Cocteau le Chœur. L’auteur livre là une épure dans une langue
simple. La pièce ne fut guère remarquée tout d’abord. Arthur Honegger en fit le
livret de son opéra du même nom. Cette année-là, la mort de Radiguet contribue
à plonger Cocteau dans la dépression ;
il commence à consommer de l’opium et
se rapprochera du catholicisme,
notamment sous l’influence de son ami Jacques Maritain et d’un disciple de
Charles de Foucauld qui l’impressionne.

1923 : Le roman Thomas l’imposteur met en scène un jeune homme orphelin et mythomane
de seize ans se faisant passer, en un temps de guerre, pour le neveu du
général Fontenoy
, ascendance qui lui ouvre toutes les portes. Il endosse sa
fausse identité sans grande malice,
par jeu. Il croise la route de Mme de Bormes, une femme restée à Paris pour
soigner sa fille Henriette ainsi que des blessés de guerre. La rencontre d’un
jeune homme d’une si illustre famille sert son entreprise qu’on ne prenait pas
au sérieux. Quand Henriette se rétablit, Thomas doit redevenir lui-même pour se
faire aimer d’elle, et il part vivre réellement la guerre dans les tranchées,
où le jeu va se transformer en drame. L’année suivante, Le Train bleu, ballet de Diaghilev, est créé au Théâtre des
Champs-Élysées sur un livret de Cocteau, une musique de Darius Milhaud, et avec
des costumes de Coco Chanel, sans grand succès. En 1925 Cocteau fait une
première cure de désintoxication.

1926 : La tragédie en un acte Orphée est créée par les Pitoëff au
Théâtre des Arts. La scène est la maison d’Orphée où le poète apparaît envoûté
par un cheval mystérieux qu’il y a
ramené, lequel lui communique des messages de l’inconnu. Une fois Eurydice
empoisonnée et descendue aux Enfers, puis Orphée tué par les Bacchantes, le
couple peut vivre heureux dans l’au-delà, où ils sont rejoints par l’ange Heurtebise, allié d’Orphée que Cocteau
jouera l’année suivante. La pièce apparaît comme une méditation sur la mort et la poésie.
En 1950 Cocteau réalisera un film intitulé Orphée
mais qui n’est pas une adaptation de la pièce. En 1927, il écrit le livret
de l’opéra-oratorio Œdipus rex de Stravinski.

1929 : Le roman Les Enfants terribles présente une mythologie originale autour des rapports incestueux qui
lient Élisabeth à son frère Paul. Cocteau l’a écrit en moins de vingt jours durant
une nouvelle cure de désintoxication. L’influence des œuvres de Radiguet est
notable. Au début du roman, Paul est frappé au cœur par une boule de neige par Dargelos, un compagnon dont il est amoureux. Faible de la poitrine,
il va devoir garder le lit quelques mois, auprès de sa sœur qui s’amuse sans
cesse à fouetter son amour-propre. Gérard, l’ami de Paul qui a pris soin de lui
après son accident, tombe amoureux d’Élizabeth. Celle-ci devient l’amie
d’Agathe en laquelle Paul retrouve Dargelos. Puis Élizabeth épouse un homme qui
meurt le soir du mariage, évènement qui renforce son statut de sainte, de
vierge intouchable. Dès lors le lieu
clos
de la chambre de la
convalescence de Paul va se reformer dans la galerie d’un hôtel dont Élizabeth a
hérité, et la jeune veuve va s’attacher à brouiller
les rapports amoureux entre les
quatre jeunes gens jusqu’à provoquer le suicide de son frère, par le biais
d’une boule noire vénéneuse envoyée par Dargelos, résurgence de la boule de
neige qui avait tout entamé. Le récit semble ainsi se tisser au gré d’une liturgie enfantine et absconse, d’une magie noire enveloppante, de rappels
d’un destin qui agit de concert avec
Élizabeth contre les volontés des personnages. Ce livre à la grandeur tragique est très bien accueilli par la critique. Melville
en donnera en 1950 une adaptation cinématographique à laquelle collaborera
Cocteau. En 1930, avec Le Sang
d’un poète
, Cocteau livre comme réalisateur son premier long-métrage, d’une très grande originalité. Il s’était
essayé au court-métrage dès 1925 mais attendra quinze ans pour tourner à
nouveau.

1934 : Cocteau reprend une nouvelle fois une pièce de Sophocle avec La
Machine infernale
, créée au Théâtre Louis Jouvet, qui rejoue en quatre
actes la tragédie d’Œdipe. La « machine infernale », c’est le destin, les dieux, qui semblent avoir
pour seul projet le malheur des hommes. La pièce oscille entre ironie et surréalisme ; Cocteau comme à son habitude multiplie les anachronismes, dans le décor comme dans
les dialogues, procédé qui contribue à donner à la pièce une dimension universelle. Le style très varié se fait tour à tour soutenu ou argotique, précieux ou
dépouillé. En 1937, Cocteau, bisexuel, se lie à Jean Marais ; on lui attribue également une relation avec le
boxeur panaméen Al Brown, dont il
s’occupe un temps de la carrière.

1938 : La pièce en trois actes Les Parents terribles, créée au
Théâtre des Ambassadeurs, file à nouveau les thèmes de la jalousie et des amours
impossibles
autour d’un quatuor formé par Michel, son père Georges
– un inventeur raté –, sa mère Yvonne,
qui aime passionnément son fils, et Léo,
sœur d’Yvonne qui aime secrètement son neveu. Tous vivent dans une roulotte sur
l’argent de Léo. L’équilibre de leurs rapports bascule quand Michel annonce
qu’il veut épouser une certaine Madeleine, laquelle s’avère être une ancienne
maîtresse de Georges, ce qu’il ne sait pas. Tout s’oppose donc à l’union mais
la situation va finalement être renversée à son avantage et Yvonne, se rendant
compte de sa solitude, se suicide. Comme beaucoup d’autres œuvres de Cocteau, l’espoir de se rejoindre dans l’au-delà vient
apporter un baume à la fatalité qui préside au quotidien et détisse ou rend
impossibles certains liens. Avec cette pièce, Cocteau eut des problèmes avec la
censure. Il l’adaptera au cinéma en
1948. Durant la Seconde Guerre mondiale, les affinités de Cocteau ne sont pas
claires ; il sera accusé de
collaboration
à la Libération – accusations qui resteront sans suite.

1944 : La pièce en trois actes L’Aigle à deux têtes, inspirée à
Cocteau par l’énigme de la mort de Louis II de Bavière, est créée au théâtre
Hébertot. Il s’agit d’un drame
romantique
racontant une nouvelle histoire
d’amour impossible
, entre une reine veuve et Stanislas, un anarchiste
censée la tuer. Mais celle-ci tombe amoureux de ce jeune homme qui ressemble à
son défunt mari. Chacun va alors trahir sa cause, la reine s’avérant d’esprit
anarchiste et l’anarchiste d’esprit royal. Ensemble, ils forment « l’aigle
à deux têtes », et quand l’une d’elles meurt, l’autre ne peut survivre. En
1946, Cocteau réalise La Belle et la Bête avec Jean Marais
dans le rôle principal. En 1953 et 1954, il préside le Festival de Cannes. Son dernier long-métrage, Le
Testament d’Orphée
, sorte d’autobiographie
poétique
qui sort sur les écrans
en 1960, vient clore la représentation de sa mythologie personnelle.

1963 : Jean Cocteau meurt à
Milly-la-Forêt (Essonne) à soixante-quatorze ans, après avoir appris le décès
de son amie Édith Piaf. Le fantasque
de son œuvre ne lui avait pas fermé
les portes de l’Académie française,
qui l’a accueilli en 1955. Son goût
pour le spectacle s’est déployé sur
de nombreux supports, requis par des
images fortes qui se sont ainsi déployées
dans les domaines du dessin – il a peint les chapelles de Villefranche-sur-Mer et de Saint-Blaise-des-Simples à
Milly –, de la musique, du cinéma comme du théâtre, au gré de nombreuses
collaborations, au point que pour certains, il aura trop éparpillé ses dons, et dilué son talent. On note cependant chez lui
une intransigeante fidélité à soi, à
l’origine d’un parcours artistique singulier, à nul autre pareil, dont le centre est toujours demeuré la poésie.

 

 

« Regarde,
spectateur, remontée à bloc, de telle sorte que le ressort se déroule avec
lenteur tout le long d’une vie humaine, une des plus parfaites machines
construites par les dieux infernaux pour l’anéantissement mathématique d’un
mortel. »

 

Jean
Cocteau, La Machine infernale, 1934

 

« Surtout il fallait, coûte que coûte, revenir à cette réalité
de l’enfance, réalité grave, héroïque, mystérieuse, que d’humbles détails
alimentent et dont l’interrogatoire des grandes personnes dérange brutalement
la féérie. »

 

Jean Cocteau, Les Enfants terribles, 1929

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Jean Cocteau >