Les enfants terribles

par

Les relations entre frère et sœur, et la chambre

Paul et Lise sont décrits comme « deux membres d'un même corps ». Ils sont très proches, voire complémentaires, ils s’aiment énormément ; Lise est très dévouée et aimante envers lui, et essaie de faire son maximum pour lui. Lise est très belle, elle est devenue mannequin, tandis que Paul est toujours malade, son état de santé se dégrade petit à petit. On a le sentiment qu’ils ne pourraient vivre séparés, et ils s’aident à lutter contre l’ennui, dans un monde qui leur appartient. Cependant, leurs relations se tendent, et tournent parfois de l’amour à la haine, en rentrant le soir, leur affrontement reprend, Lise domine souvent sur l’instant, surtout physiquement, c’est Paul qui garde l’ascendant psychologique sur la durée. Lise est très possessive et éprouve une sorte d’amour exclusif à son égard. « Elisabeth et Paul s'adoraient et se déchiraient. » Leur relation, qui a choqué le public à l’époque, renforcé par les images du film adapté du roman, est quasiment incestueuse. Cet amour-haine se matérialise par des « dors imbécile » mêlés à des « mon chéri », ou « sale typesse », « idiote, je veux que tu restes près de moi », ce qui illustre bien l’ambigüité de leur relation.

À certains égards, on peut estimer que la chambre incarne comme un personnage, car elle est la prison magique des enfants qui ne peuvent en sortir, elle est leur sanctuaire, leur protection, leur innocence, leurs souvenirs, et encore leur monde actuel. Ils finissent par en être prisonniers, en l’incarnant eux mêmes, en portant cet enfermement en eux mêmes : au début protection bienveillante, elle devient malsaine.

La mort subite du mari de Lise dans un accident de voiture, alors qu’ils venaient à peine de se marier peut laisser à penser que personne ne pourra éloigner les membres de la chambre, comme un destin qui les réunit.

Ils portent en eux cet enfermement, comme quand Lise court-circuite un message de la part de Paul pour Agathe dans lequel son grand frère lui avouait ses sentiments. Au contraire, elle va même aller parler à Agathe et argumenter longuement avec elle que Paul ne l’aime pas et qu’elle devrait tenter de l’oublier. Elle convainc aussi Paul que Agathe est amoureuse de Gérard, et convainc Agathe que Gérard est amoureux d’elle, afin de former un couple, et d’éloigner l’amour de Paul.

Lors de monologues intérieurs, elle tente de se convaincre qu’elle a bien agi « Il le fallait, ressassait Elisabeth, comme d’une dangereuse intervention chirurgicale. Son couteau devenait un scalpel. Il avait fallu se décider la nuit même, endormir et opérer. Elle se complimentait des suites. Mais un rire d’Agathe la précipitant du rêve, elle retombait à table, entendait ce rire faux, voyait la mauvaise mine de Paul, la grimace aimable de Gérard et retournait à ses doutes, chassait des épouvantes, des détails implacables, les fantômes de la fameuse nuit. »

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