Les enfants terribles

par

Un monde imaginaire

Lise, une jeune fille de 12 ans doit soigner Paul, âgé de 14 ans, alité car trop faible pour retourner à l’école. Il reste dans sa chambre, qu’il partage avec sa sœur Lise. Cette chambre de leur appartement parisien, c’est toute leur vie, c’est un endroit particulier où vont se dérouler des évènements importants pour eux en tant qu’enfants. Même si cet âge là est plutôt celui de l’adolescence ou presque, l’auteur insiste de nombreuses fois sur les mots « enfants » et « enfance », ne serait ce que dans le titre. L’adjectif « terribles » rajoute à leur image énergique et extatique comme pour les opposer à la sagesse des personnes adultes. « Mais, en cinquième, la force qui s’éveille se trouve encore soumise aux instincts ténébreux de l’enfance. Instincts animaux, végétaux, dont il est difficile de surprendre l’exercice, parce que a mémoire ne les conserve pas plus que le souvenir de certaines douleurs et que les enfants se taisent à l’approche des grandes personnes », on dirait la description d’animaux, bien loin des adultes, comme lorsque l’on retrouve leur dualité, en société, ou entre eux, ils ont deux personnalités opposées. « Ces grands comédiens savent d’un seul coup se hérisser de pointes comme une bête ou s’armer d’humble douceur comme une plante et ne divulguent jamais les rites obscurs de leur religion. »

Tous les deux l’ont décorée, afin qu’elle ressemble à leur monde. Sur les murs se retrouvent de nombreuses photos de leurs idoles, mais aussi de brigands. C’est leur petit monde, un monde à part, là où ils réalisent tous leurs exploits, où ils peuvent laisser aller leur imagination, à l’opposé complet du monde des adultes, de la vie réelle et sérieuse. C’est comme un huis clos, en dehors du temps, de la réalité. Ici, ils sont libres et heureux, ils font tout ce qu’ils veulent, ils sont les seuls maitres et se voient y passer toute leur existence, comme des enfants éternels. Paul et Lise ont caché un trésor dans leur chambre, un trésor, dont seuls tous les deux connaissent la signification et la forme. En résumé, cette chambre est leur refuge, tant sur le niveau physique pour Paul, qu’au niveau de l’évasion.

Dans ce monde hors du commun, le soir se déroulent des batailles entre frère et sœur, ils jouent, ce qui prend des formes de théâtre. C’est leur univers particulier, ils en ont fixé les lois, et ne sont admis à y pénétrer que deux personnes étrangères, qui seront Gérard, un ami de Paul qui l’admire et également amoureux de Lise, et Agathe, une couturière amie de Lise dont Paul tombe amoureux.

Au fur et à mesure, la lutte prend place entre les deux frère et sœur, qui s’affrontent de plus en plus, telle une guerre d’égos, et l’on peut craindre l’implosion entre les deux premiers rôles, quand Gérard et Agathe ne restent que spectateurs ou assistants. C’est là leur lieu de création, d’inspiration, c’est là que leur monde se développe, que leur imaginaire s’évade.

Ne perdons pas de vue qu’à la mort de leur mère, Paul et Lise deviennent orphelins, tout comme leurs deux compagnons : la chambre les protège de la séparation, de la haine, leurs relations restent celles d’enfants entre eux, grâce à la chambre, à ce monde parallèle qui les conserve dans l’enfance et la bienveillance, l’innocence de la jeunesse. Elle est comme la matrice, le ventre de la mère dans lequel les enfants vivraient encore.

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