Les lettres portugaises

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LETTRE II

La religieuse écrit une deuxième lettre à l’homme de sa vie, tout en regrettant de ne pas être en mesure d’exprimer toute la flamme de ses sentiments au moment où elle les couche sur le papier. Elle lui reproche de n’avoir reçu aucune lettre de sa part, et ce depuis plusieurs mois. Elle se rend compte qu’ils ont certes partagé de merveilleux moments de plaisir, mais que cet homme n’a jamais éprouvé les mêmes sentiments qu’elle. Malgré tout, elle était et reste toujours amoureuse du militaire. Dans la certitude de son propre amour, elle tire une douloureuse consolation : elle est convaincue qu’aucune autre femme ne pourra aimer son amant de la façon dont elle l’aime. Marianne se laisse donc aller à des plaisirs peu orthodoxes : la jalousie, l'envie, la piété déplacée envers un homme et non envers Dieu... La religieuse réalise qu’en cédant à la passion irrésistible que lui suscite cet homme, elle manque à la décence et dédaigne toute prudence. D’ailleurs, ses collègues du couvent ont parfaitement conscience de son état sentimental. Malgré cela, elle conserve précieusement le portrait de l'être aimé. La présence inébranlable et permanente de cet homme dans sa vie et dans son esprit est à la fois une douleur et un plaisir. Elle n’hésite pas à le conjurer de lui écrire, puis se ressaisit, puisqu’elle ne pourrait – d’aucune manière que ce soit – tolérer une lettre qui se présenterait comme uniquement dictée par ses implorations. Elle prétend lui pardonner sa distance. 

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