Les Perses

par

Une mise en garde

Dans lefond, la pièce devient bien plus qu’un appel à l’orgueil national. Eschyle faitde sa pièce un avertissement solennel adressés aux victorieux comme auxvaincus. Le message absolu de la pièce est celui du sort qui attend toutoppresseur. Eschyle présente la guerre contre les Perses et la défaite de cesderniers comme la manifestation de la volonté divine.

« DARIUS :

Quand l’orgueil des pensées abonde,

Zeus en tient de terriblescomptes !

Si Xerxès a si pauvres dons,

Qu’on lui fasse donc la leçon,

Par quelques sages remontrances !

Pour qu’en sa fatale insolence,

Il cesse d’offenser les dieux. »

Le butde la tragédie est essentiellement moral. La victoire et la gloire des Grecs nesont pas mises en avant. En choisissant un cadre perse pour sa pièce, Eschylefait de l’observateur (ici de ses concitoyens) le témoin de la ruine et de ladégradation de l’adversaire perse. Il est aisé d’imaginer l’effet que pouvaitavoir un tel choix sur les Grecs dont la plupart avaient pris part au conflit.En limitant son œuvre à des paysages inconnus pour les Grecs et en refusant denommer un seul des Grecs ayant pris part aux batailles dans sa pièce, l’auteurparvient à donner à son œuvre un sens d’extranéité qui renforce la dimensiontragique – un effet renforcé par les mots perses intégrés à la pièce.

Ainsi,la pièce montre un peuple d’oppresseurs dont le crime fut de se montrer tropimbu de sa propre gloire. Les Perses ont eu des rêves de grandeur tels qu’ils seprenaient pour des dieux. Atossa, la reine, est d’ailleurs appelée épouse etmère de dieu dans la pièce. Ils vénèrent donc leurs défunts comme des dieux, etsont si convaincus de leur droit divin et légitime de régner sur le mondequ’ils pèchent par orgueil et vanité. Ils jouissaient en effet alors d’unerichesse et d’une influence hors du commun et leur empire s’étendait d’Asiejusqu’en Europe et en Afrique.

C’estcontre cet orgueil et cette vanité qu’Eschyle met en garde dans sa pièce. Lascène où Xerxès fait enfin son apparition est la scène climatique. Lesnouvelles portées par le messager font état d’un roi brisé et humilié, et leslamentations de la reine et du chœur préparent les spectateurs à l’entrée enscène du roi. Mais voir Xerxès paraître, vêtu de haillons, ce roi qui de sonpays est devenu le fléau, voir les vieillards perses se lamenter sur lajeunesse morte de leur peuple, donne une mesure de la tragédie. Eschyle metdonc en garde contre la vanité des peuples trop puissants, en faisant de leurdéclin une inclinaison inévitable orchestrée par les dieux.

« XERXES :

Hélas, infortuné ! Ah, quel sort metransperce !

Quel spectacle d’horreur ai-je doncrencontré !

Quel destin s’abattit sur la race desPerses !

Et quelle cruauté !

 

Que vais-je devenir, moi, le roimisérable ?

Mes membres sont sans force et prêts àse briser,

En contemplant ici ce groupe vénérable

Des gens de ma cité. »

 

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