Les Thibault

par

Accès complet et GRATUIT à cette fiche de lecture pour nos membres.

Roger Martin du Gard

Roger Martin du Gard est né
en 1881 à Neuilly-sur-Seine et il est mort à Bellême dans l’Orne en 1958. Issu
d’une famille de notables, il étudie à l’École des Chartes et devient
archiviste-paléographe.

La Guerre et la Paix de Tolstoï lui donne envie
d’écrire et il entame une fois marié la biographie d’un prêtre du diocèse de Sées,
qu’il abandonne et qui lui laissera un goût d’amertume. Plein de doutes, il
passe plusieurs mois à consulter des neurologues avant d’écrire d’un seul jet Devenir en 1908, qui retrace l’histoire
d’André Mazerelles, jeune homme velléitaire en révolte contre son père, se
pensant une vocation d’écrivain, miroir déformant de l’écrivain qui veut se
prouver qu’il n’est pas un raté. Mazerelles, homme paresseux faisant des choix
intéressés, finit prisonnier de ses terres après la mort de sa femme alors
qu’elle accouchait d’une fillette. Déjà, les personnages prennent toute la
place devant un auteur invisible, dont on n’aperçoit pas même le style, dépouillé,
et les thèmes qu’affectionne Roger Martin du Gard y transparaissent : la
santé et la maladie, une psychologie appuyée sur la physiologie.

Dès 1909, l’écrivain part s’installer
à la campagne où il passera son existence. Dans le Cher, il consacre beaucoup
de temps à l’écriture de Jean Barois,
paru en 1913. Le personnage éponyme est issu d’un milieu très croyant mais
connaît vite des doutes, dès 15 ans, qui anéantiront son mariage alors qu’il
vivait jusque-là assis sur un compromis symboliste proposé par un abbé, qui lui
permettait de passer outre certains écueils qu’il trouvait à la religion. Après
avoir connu le succès de sa revue de philosophie positive et de sociologie Le Semeur puis un accident, la vocation
de religieuse de sa fille qui l’incite à reprendre la vie commune avec son
ex-épouse, ainsi que la maladie, charriant des angoisses, le ramènent à la foi
de sa jeunesse. Le roman marque par sa forme ; il repose presque
entièrement sur le dialogue, et les scènes ainsi construites ne sont pas sans
rappeler un montage cinématographique, évocation qui confère en partie à l’œuvre
sa modernité. Les seules indications données entre les scènes et servant
d’enchaînements entre elles deviennent comparables à des didascalies ou aux
notes d’un scénario. Au même moment Joyce expérimente similairement et Martin
du Gard rencontre des réticences dans les milieux de la critique. Mais l’auteur
abandonne cette forme après plusieurs autres essais infructueux.

Alors qu’il avait commencé à
connaître des ambitions théâtrales via son amitié avec Jacques Copeau,
fondateur du théâtre du Vieux-Colombier désireux de créer une nouvelle scène et
d’adapter la farce paysanne de Martin du Gard, Le Testament du père Leleu,
parue en 1913, l’écrivain les abandonne après la Seconde Guerre mondiale, même
si demeurera une amitié sincère avec l’homme de théâtre.

Pendant dix-sept ans, de 1920
à 1937, au gré de ses déménagements dans divers villes de province, Roger
Martin du Gard échafaude les huit parties de son œuvre majeure, un roman-fleuve,
Les Thibault, qui portraiture une
famille bourgeoise et suit principalement le destin de ses deux fils, Antoine
et Jacques Thibault, deux personnages que tout oppose malgré les liens du sang,
sur le fond d’une crise politique et sociale française que ne parvient à
étouffer que la Première Guerre mondiale. La publication s’étale de 1922 à
1940. La première partie, « Le
Cahier gris », part de la découverte d’une correspondance amoureuse entre
deux enfants, Jacques Thibault et Daniel de Fontanin, qui deviennent vagabonds,
refusant la séparation. La figure du père de la famille Thibault est
cruciale ; sévère, se sentant protégé par ses bonnes œuvres, il se montre
sans pitié pour Jacques, qu’il enferme dans une maison de correction qu’il a
fondée. Antoine, le frère, est indigné, et s’occupe de délivrer son frère dans
la deuxième partie, avant de l’héberger ; il comprend même et permet
l’entretien de la relation entre Jacques et Daniel. Dans les parties qui
suivent, Antoine se distingue en tant que médecin et a des relations
compliquées avec Rachel, une femme mystérieuse, tandis que Jacques connaît lui
aussi des difficultés avec la femme qu’il convoite, Jenny, la sœur de Daniel ;
il partira pour la Suisse et parviendra à s’intégrer parmi les adeptes
socialistes de l’Internationale ouvrière. Alors qu’Antoine réussit à ramener
son frère en France, tous deux doivent assister à la longue agonie du père que
l’auteur parvient à dramatiser. La Première Guerre mondiale est le moment d’une
nouvelle incompréhension entre les deux frères ; à travers le personnage
de Jacques, on suit les évolutions et les tentatives du mouvement pacifiste en
Europe, on assiste à des discussions politiques, tandis qu’Antoine exemplifie
un destin plus individuel, concentré sur sa passion et sa carrière. Les deux
frères se rapprocheront par l’esprit à l’issue de la mort de Jacques – en héros
à l’occasion d’un dernier acte de résistance – et de la maladie d’Antoine,
condamné. La méditation d’Antoine sur ses erreurs passées constituent l’héritage
du petit Jean-Paul, fils de Jacques et de Jenny dont son frère n’a jamais
appris l’existence. Le thème de l’euthanasie est traité à travers les choix
éthiques auxquels se trouve confronté Antoine. La psychologie, la compréhension
humaine de Martin du Gard évitent les pièges du naturalisme comme du
sentimentalisme.

Dans l’œuvre monumentale,
c’est d’abord la composition et le style sobre, linéaire, qui frappent,
parfaitement adaptés aux effets souhaités ; les moments à l’intérêt
vacillant de la première moitié trouvent leurs raisons d’être dans la seconde.
C’est en préparant l’épilogue de son œuvre que l’auteur apprend l’attribution
du Prix Nobel à sa personne en 1937.

En 1931, Roger Martin du Gard
fait paraître une longue nouvelle notable, Confidence
africaine
, qui apparaît comme la confidence d’un libraire africain à
l’écrivain. Leandro et sa sœur Amalia s’aiment et le lecteur assiste à leur
union puis à leur réunion après le service militaire de Leandro, mais encore à
leur constitution d’une famille nombreuse au fil d’un récit sans effets,
n’ayant rien de romantique, énonçant l’inceste et l’illustrant sur un ton
neutre.

Roger Martin du Gard aura
aussi écrit une autre farce paysanne, La
Gonfle
, en 1924 ; Un Taciturne,
drame en trois actes représenté par Louis Jouvet à la Comédie des
Champs-Élysées ; et Vieille France,
où le lecteur découvre en 1933 la vie quotidienne d’un village par le prisme de
la tournée d’un facteur au gré d’une série de tableaux campagnards.

Son amitié intime avec André
Gide durant quarante ans l’autorise à publier ses Notes sur André Gide en 1951.

L’écriture de Roger Martin du
Gard se caractérise surtout par une attention particulière portée à la vérité
psychologique et sociologique, influencée par son parcours de chartiste et sa
connaissance de la psychiatrie qui lui autorise une rigueur toute scientifique.
Si l’auteur disparaît de ses œuvres romancées, il se livre en 1955 dans ses Souvenirs autobiographiques et littéraires
où, modeste, il expose sans détours les difficultés et les échecs qu’il a
connus.

Inscrivez-vous pour trouver des essais sur Roger Martin du Gard >