Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient

par

Expérience des sens et polémique

La source de connaissance de l'aveugle ne peut pas être la vue, et Diderot interroge cet homme pour comprendre comment il construit ses représentations. Ce dernier dit faire des analogies entre son toucher et la vue des autres, mais dresse alors des conclusions fausses : l'auteur veut ici montrer comment les sensations sont particulières à chaque sens, et ne peuvent être comparées. Ainsi, l'aveugle n'a pas les mêmes représentations que l'homme voyant, et fonde ses connaissances sur la sensibilité et le contact. Le toucher semble être plus direct, plus charnel que la vue qui éloigne les objets, et qui facilite une pensée abstraite, selon Diderot : l'expérience des sens autres que la vue produirait alors des représentations complètement différentes.

« Ah, madame ! que la morale des aveugles est différente de la nôtre ! que celle d’un sourd différerait encore de celle d’un aveugle, et qu’un être qui aurait un sens de plus que nous trouverait notre morale imparfaite, pour ne rien dire de pis ! »

            C'est pourquoi Diderot fut inquiété après la publication de cette lettre : la morale des aveugles n'est pas la même que celle de la société, justement parce qu'ils ont un rapport nouveau au corps. Ainsi, l'auteur prend comme exemple la pudeur ; l'aveugle ne pouvant rien voir, il n'est pas gêné de se déshabiller et le haro mis sur le corps par la religion n'a pour lui aucun sens. La relativité de la morale, puisque profondément liée aux représentations et aux sens, a valu à Diderot ses quelques mois d'emprisonnement.

« Notre métaphysique ne s’accorde pas mieux avec la leur. Combien de principes pour eux qui ne sont que des...

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