Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient

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La communication des sens en question : inscription dans les débats du temps

Les différentes théories évoquées par Diderot concernent la communication des sens : une question avait été diffusée dans les cercles de philosophes et qui avait intéressé notamment Condillac et l'abbé Batteux. Si un aveugle-né connaissait par le toucher un cube ou un cercle, et qu'il recouvrait par miracle la vue, pourrait-il reconnaître par la simple vue un cube ou un cercle ? Cette question fit grand débat, et Diderot résume ses termes, ainsi que les théories présentées dans différents ouvrages : Essai sur l’origine des connaissances humaines, ouvrage où l’on réduit à un même principe tout ce qui concerne l’entendement (1746) de Condillac et Les Beaux-arts réduits à un même principe (1746) de l'Abbé Batteux.

            Diderot, refusant de prendre position, laisse en suspens les conclusions, et sa démonstration devient par là plus intéressante, puisqu'il ne cède pas à la fibre spéculative des deux autres philosophes, qui dressent des réponses sans vraiment avoir interrogé des aveugles. Diderot, lui, tente de répondre à la question non par une thèse abstraite, mais par la conversation avec un aveugle, et par la tentative de cerner la sensibilité propre à ces hommes.

            « Mais je ne m’en tiendrai pas à de simples présomptions ; et je demanderai si c’est le toucher qui apprend à l’œil à distinguer les couleurs. Je ne pense pas qu’on accorde au tact un privilège aussi extraordinaire : cela supposé, il s’ensuit que, si l’on présente à un aveugle à qui l’on vient de restituer la vue un cube noir, avec une sphère rouge, sur un grand fond blanc, il ne tardera pas à discerner les limites de ces figures. »

            La Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient refuse donc de faire un parallèle et une analogie entre les différentes sensibilités, mais tente au contraire de saisir la spécificité de la connaissance sensible : cette dernière est vantée au détriment d'une connaissance abstraite, et Diderot pousse le lecteur à passer par cette démarche philosophique qui consiste à sentir d'abord pour ensuite réfléchir sur ses sensations. Un tel relativisme a été extrêmement controversé à son époque, relativisme dans la morale – on l'a vu – mais aussi relativisme philosophique, l'auteur refusant le discours dogmatique courant et préférant la digression à la démonstration.

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