Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient

par

Le labyrinthe de la liberté

La pluralité des voix convoquées par Diderot dans la lettre empêche tout dogmatisme : la position philosophique de cet auteur est en effet une position qui prône la liberté d'esprit, et la forme de la lettre permet d'expérimenter une construction personnelle du savoir et un esprit critique. Les différentes positions et théories qui sont évoquées dans le fil logique mais aussi dans les digressions empêchent la voix unique du dogme, qui était répandue à la fois dans la religion et dans la philosophie traditionnelle : les grands philosophes du XVIIe siècle construisaient de véritables systèmes de pensée qui englobaient toutes les questions du monde, et qui ne laissaient rien à la pensée autonome du lecteur. Au contraire, ici, Diderot erre entre différentes représentations et théories, pour construire une pensée personnelle, et pour laisser au lecteur la possibilité de construire sa propre théorie : les références aux autres auteurs comme Condillac sont si précises, que le lecteur peut tout à fait lire les œuvres citées, et se rallier à la pensée de l'autre plutôt qu'à celle de Diderot :

            « Voilà donc deux sentiments différents sur la même question, et entre des philosophes de la première force. Il semblerait qu’après avoir été maniée par des gens tels que MM. Molineux, Locke et l’abbé de Condillac, elle ne doit plus rien laisser à dire ; mais il y a tant de faces sous lesquelles la même chose peut être considérée, qu’il ne serait pas étonnant qu’ils ne les eussent pas toutes épuisées ».

 

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