Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient

par

Une philosophie de la sensibilité

Le centre de la lettre se trouve donc être l'expérimentation elle-même, et les auteurs cités ou les digressions pensives de l'auteur ne sont que des broderies éparses qui n'aboutissent à aucune conclusion généralisable, mais qui sont elles-mêmes des exemples de ce que l'on peut penser face à un tel phénomène. Ainsi, le lecteur se trouve au cœur de la réflexion philosophique, par la représentation sensible du dialogue avec l'aveugle-né : il entend résonner la voix de cet homme qui a seul la connaissance de son état, et il essaye de se l'imaginer sans l'intermédiaire de l'auteur. Diderot place donc le lecteur dans la sensation immédiate qui a soulevé des questions chez lui-même et chez les autres philosophes ; il peint les conditions mêmes de la réflexion philosophique, en représentant le phénomène qui en est à l'origine :

            « La beauté, pour un aveugle, n’est qu’un mot, quand elle est séparée de l’utilité ; et avec un organe de moins, combien de choses dont l’utilité lui échappe ! Les aveugles ne sont-ils pas bien à plaindre de n’estimer beau que ce qui est bon ? Combien de choses admirables perdues pour eux ! Le seul bien qui les dédommage de cette perte, c’est d’avoir des idées du beau, à la vérité moins étendues, mais plus nettes que des philosophes clairvoyants qui en ont traité fort au long. »

            La Lettre sur les aveugles représente donc une expérience philosophique originelle, et Diderot tente d'en saisir l'essence pour attirer le lecteur non pas dans ses idées théoriques, mais dans la démarche réflexive qui est profondément liée à la sensibilité.

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