Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient

par

L'art de l'exemple

Pour ce faire, Diderot introduit sa lettre et ses nombreuses considérations philosophiques par une mise en situation : il représente le dialogue qu'il a eu avec un aveugle-né, pour transmettre à sa lectrice l'expérience pure, l'ordonnement premier des faits. Les dialogues sont ici considérés comme des expérimentations, des phénomènes sensibles qui doivent être sentis et représentés comme tels, pour que la lectrice puisse en avoir une idée. Diderot insère donc des pans entiers de la conversation qu'il a eue et suit le déroulement réel des idées sans en fournir une synthèse. L'expérience de la lecture devient donc une expérience qui se veut sensible et authentique, et qui remplace la première que le lecteur n'a pu avoir.

« Voilà, madame, des circonstances assez peu philosophiques ; mais, par cette raison même, plus propres à vous faire juger que le personnage dont je vous entretiens n’est point imaginaire. »

            La démonstration philosophique n'est donc pas une suite d'idées logiques qui s'enchaînent les unes après les autres dans un rapport de cause à effet, ou de prédicat/conséquence. Au contraire, Diderot se permet de nombreuses digressions, mimant la spontanéité de la conversation, pour toucher non plus l'intellect du lecteur mais sa sensibilité, afin de faire de l'argumentation philosophique une expérience sensible à part entière : « Et toujours des écarts, me direz-vous ! Oui, Madame, c’est la condition de notre traité. »

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