L’Olive

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Résumé

L’Olive est un recueil de poèmes de Joachim du Bellay, poète français célèbre pour avoir formé la Pléiade, un groupe de sept poètes, avec notamment Pierre de Ronsard. À travers son œuvre, l’auteur procède à une sorte de célébration d’une maîtresse imaginaire, inspirée de Pétrarque.

L’Olive regroupe un ensemble de cinquante sonnets environ, qui furent écrits pour la première édition en 1549, auxquels se sont ajoutés plus de 60 poèmes lors de la publication officielle en 1550 aux éditions Corrozet et ensuite aux éditions L’Angelier.

Le titre est polysémique et reste ambigu. On peut estimer que Du Bellay a essayé de mêler les identités humaine et végétale. Cette figure de femme est un pur produit de l’invention du poète ; c’est en cela que l’on retrouve la figure de la maîtresse imaginaire, thème qu’il emprunte au célèbre maître italien Pétrarque, duquel il s’inspire également pour la forme du recueil, notamment du Canzoniere ou Rerum vulgarium fragmenta, recueil de 366 poèmes consacrés à son amour intemporel, Laure. Du Bellay assimile en partie la culture de la plante et celle de la femme, liée aussi à la production mais de la poésie en tant que muse de l’esprit. Dans l’ensemble, ce recueil traite d’une femme parfaite, que le poète décrit, aime, mais qui ne l’aime pas en retour. De cet amour qui n’est pas réciproque naît une douleur chez le poète, qui reconnaît l’emprisonnement de son cœur, mais dont il ne veut pas se départir.

Parmi les thèmes du recueil, on retrouve évidemment l’amour et la féminité, bien que l’on ignore à qui le poète s’adresse précisément. Du Bellay veut prouver que la poésie française peut être encore plus belle que celle en latin ou en italien, dans la métaphore, la beauté du verbe et l’expression de l’amour. Du Bellay livre là le premier recueil de sonnets en français, composé exclusivement de poèmes amoureux. On retrouve dans de nombreuses pièces, notamment « Déjà la nuit en son parc », le thème et la figure de la « belle matineuse », la femme tellement belle qu’elle fait honte à l’aurore, ce qui explique que l’astre rougisse de confusion tout le reste du jour. Le poète y glisse ainsi des métaphores sur l’aube, la nuit, le jour, qu’il rapproche du visage de la femme, liant ainsi la féminité et la nature ; en effet, en comparant la beauté du lever du soleil à celle de la femme aimée, il dresse le portrait de la femme désirée et idéale, tellement belle qu’elle éclipse le soleil. Il y compare la femme à l’astre pour montrer qu’elle est au-dessus des éléments naturels et du temps.

Ce thème est largement repris par tous les poètes de l’époque en Europe. Les poètes de la Pléiade s’inspirent directement de la mythologie de l’Antiquité, dans un registre lyrique et descriptif proche de la préciosité. L’amour est donc omniprésent dans le recueil ; le poète décrit Olive physiquement et exprime tous les sentiments qu’il ressent à son égard. On sait que cette jeune femme est blonde comme l’indique le début du poème « Les cheveux d’or ». Dans le sonnet XXXVI « L’unic oiseau (miracle emerveillable) », Du Bellay se compare à l’oiseau qui se tue par ennui et dont l’âme est ravivée par la flamme de l’amour, tel un phénix, et il demande à Olive de faire vivre en lui ce feu sacré pour qu’il renaisse.

Dans le sonnet IX « Garde toy bien ô gracieux Zephire ! », écrivant « D’empestrer l’esle en ces beaulx nœuds epars / Que çà, et là, douclcement tu depars / Sur ce beau col de marbre, et de porphire », le poète fait la description physique d’Olive, que l’on imagine ayant la peau claire et pure, et implore le Zéphire de ne pas souffler trop fort et de préserver un printemps calme et serein, pour que la saison laisse entrevoir une renaissance.

Le poète aime Olive d’un amour infini, et même si elle ne semble pas l’aimer en retour, il s’adresse à elle comme à une déesse et prie pour elle. Il l’affirme au sonnet XXXVIII où il la décrit comme une « Sacrée, saincte et celeste figure ». Il l’implore de réchauffer son cœur d’un regard, afin de lui donner espoir. Il l’adore, son cœur est totalement épris d’Olive et il estime comme un privilège la possibilité de la regarder tant elle est belle. Mais cette absence d’amour réciproque crée une douleur.

Du Bellay, dont l’énonciation est souvent élégiaque, retranscrit la complexité du rapport amoureux dans chaque vers ; les strophes sont constituées autour de thèses et d’antithèses, rendant palpables la complexité et l’ambiguïté de la position du poète, qui aime et qui souffre. Celui-ci veut retranscrire la douleur qu’il ressent de ne pas être aimé en retour, comme s’il se plaignait de son état : « Ces cheveux d’or sont les liens, Madame, / Dont fut premier ma liberté surprise / Amour la flamme autour du cœur éprise, / Ces yeux le trait qui me transperce l’âme » (sonnet X « Ces cheveux d’or sont les liens Madame »). Il y montre son état d’emprisonnement ; son cœur appartient à Olive, il n’a plus aucun pouvoir sur ses sentiments.

Le poète est donc prisonnier et blessé, presque mort. Ce sentiment d’emprisonnement est plusieurs fois évoqué, comme au sonnet XV « Pié, que Thétis pour sien eust avoué » ou encore au sonnet XXVI « La nuit m’est courte, et le jour trop me dure ». Il accepte le traitement infligé par la femme qu’il aime, de peur de devoir renoncer à l’état amoureux : « L’heur et plaisir que ce m’est de périr / De telle main ne permet que j’essaie / Glaive tranchant, ni froideur, ni racine. » Il indique ne pas vouloir sortir de cet état, faisant rimer « plaisir » et « périr », exprimant le paradoxe d’un amour douloureux. Il ressent ce mal mais ne veut pas en guérir et avance que perdre sa liberté pour des liens si doux en vaut amplement la peine, cette servitude le rendant sinon heureux, du moins le moins malheureux qu’il puisse être, comme il le dit au sonnet XXX « Bien que le mal, que pour vous je supporte » où il exprime le fait qu’à part mourir, il ne peut rien faire sinon aimer éperdument Olive. Sa dévotion est totale envers celle qui peut tout connaître de ses pensées et de ses sentiments, dont il évoque « la porte » et la clé de cette porte qu’il lui a confiée.

L’amour et l’ambiguïté des sentiments douloureux sont évoqués avec beaucoup de lyrisme au sonnet LVIII « Cet’ humeur vient de mon œil, qui adore » par les vers : « O doulx pleurer ! ô doulx soupirs cuisans ! / O doulce ardeur de deux soleilz luisans ! / O doulce mort ! ô doulce cruaulté ! ». Le poète illustre alors toute la complexité des sentiments et de sa situation, mais également un amour brûlant prenant la forme d’un Dieu, comme s’il priait le ciel en évoquant une « céleste beauté ». Du Bellay y oppose des éléments douloureux à l’adjectif « doux », mais encore il parle du feu qui le dévore et de la mort possible qui l’attend mêlés à l’amour.

Ce paradoxe du sentiment amoureux, entre douleur et douceur, est présent dans le sonnet XCII « Ce bref espoir, qui ma tristesse alonge » où l’on retrouve l’espoir et le désir pour la femme aimée, mêlés à la douleur des déceptions et des mensonges. On ignore par ailleurs si l’espoir est un bon élément, tantôt coalisé avec l’amant, tantôt coalisé avec la femme, Olive, contre l’amant : « Avecques luy riez de mes ennuiz, / D’un seul regard le me faictes reprendre. » L’espoir rit avec la femme de l’amant, puis d’un regard retourne du côté de l’amant. Cet espoir existe mais ses occurrences sont rares, et il ne subsiste pas longtemps pour aider le poète à s’en sortir.

Ce recueil fait aussi la part belle à la réflexion mystique, entre autres autour du temps qui passe et de l’éternité comme dans « Déjà la nuit en son parc », ainsi qu’à l’évocation de la divinité pour parler d’Olive, comme au sonnet LII « Mere d’Amour, et fille de la mer », où Du Bellay file la métaphore de la divinité d’une femme dont le seul point de comparaison possible est celui d’une déesse à laquelle il adresse une prière. Il continue dans le domaine du divin en liant la cruauté guerrière dont il est victime en son for intérieur et les pouvoirs de Mars, dieu de la guerre, soulignant le combat qu’il doit soutenir.

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