L’Olive

par

Le paradoxe des sentiments : une douleur sans avouer de souffrance

Toutau long de ces sonnets, Joachim du Bellay insiste sur ce paradoxe lié à l’étatamoureux du poète. Ce dernier, que son amour pour la femme aimée fait souffrir,émet, contre toute attente, des propos élogieux quant au ressenti de cesdouleurs : il souffre mais ne s’en plaint guère. Le poète apprécie cetétat amoureux et cela même s’il assimile son amour à une flamme qui le brûle,comme dans le sonnet X, « Ces cheveux d’or », où l’on retrouvel’emprisonnement matérialisé par les liens sous la métaphore des cheveuxd’Olive, et la flamme qui brûle le poète, sans qu’il ne se plaigne de ladouleur ressentie, dont il dit même qu’il l’aime : « Forts sont lesnœuds, âpre et vive la flamme / Le coup de main à tirer bien apprise / Ettoutefois j’aime, j’adore et prise / Ce qui m’étreint, qui me brûle etentame. » Le poète reconnaît qu’au-delà des douleurs, il se consume dansun amour sans fin et sans réel retour vers lui, dans le verbe« entame », marquant bien le processus de destruction que cet amouropère sur lui, telle une bougie qui fond au contact d’un feu, et qui finira pardisparaître.

Maissi le poète se plaint de la souffrance causée par son amour pour Olive, il neveut pas en être délivré. Il ne veut pas en guérir et s’accorde à dire queperdre sa liberté pour des liens si doux en vaut amplement la peine, cetteservitude le rendant sinon heureux, du moins le moins malheureux qu’il pourraitêtre, comme il le dit au sonnet XXX qui commence ainsi : « Bienque le mal, que pour vous je supporte / Soit violent, toutefois je ne l’ose /Appeler mal, pour ce qu’aucune chose / Ne vient de vous, qui plaisir nem’apporte. » Il en perd ainsi la définition du mal, entre ce qu’il ressentcomme mal, et ce qu’il ose appeler le mal, et hésite sur les mots à employer,refusant d’admettre la souffrance dont il est victime, et ce par amour. Si dansle sonnet il reconnaît indirectement être atteint d’un mal, en évoquant uneguérison, ses blessures, c’est pour mieux réfuter cette guérison, qu’ilrejette, qu’il ne souhaite pas : « Je sen’ mon cœur en prison retenu./ Obtenir veux, et ne puis requerir / Ainsi me blesse, et ne me veult guerir /Ce vieil enfant, aveugle archer, et nu. »

Lepoète qui rejette la guérison prend même du plaisir à sa douleur et à ce malqui le ronge, ce qu’il écrit au sonnet XXVI « La nuit m’est courte, et lejour trop me dure » : « Je pren’ plaisir au torment, que j’endure/ Je voy’ mon bien, et mon mal je procure ». On ressent toute lacomplexité de ses relations à la femme, mais aussi à la douleur, lieu d’unesorte de performance.

Lepoète fait preuve d’un dévouement sans mesure et multiplie les promesses d’éternellefidélité : « Plus ferme foy ne fut onques jurée / A nouveau prince, ôma seule princesse ! / Que mon amour, qui vous sera sans cesse / Contre letemps et la mort assurée » au sonnet XXXIX, « Plus ferme foy ne futonques jurée », où il rappelle comme au sonnet LXI qu’elle est la seulefemme qui existe pour lui. 

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