L’Olive

par

Les ambiguïtés de l’espoir : la douceur ou la délivrance ?

Dans l’œuvre de Joachim du Bellay, l’espoir que nourrit le poète est intimement lié à son amour pour la femme aimée. Toutefois, cet espoir est incertain. Cette ambiguïté est retranscrite par l’entremêlement de deux traits antagonistes, que sont la douleur et la douceur face à l’amour : « Des lacs d’amour volé franche, et délivre ? / Ce faux espoir, dont la douceur m’enivre, out en un poinct m’arreste, et puis m’incite / Me pousse en hault, et puis me précipite / Me faict mourir, et puis me faict revivre. » Le poète est la victime de cet espoir qu’il sait incertain mais duquel il ne peut se défaire. Le poète, au-delà de l’espoir dont il fait part au lecteur et à la femme aimée, semble ignorer lui-même s’il y croit ou non, jouant d’oppositions, quasiment d’oxymores, d’un terme à l’autre, allant de « hault » à « précipite », donc dans deux directions opposées, entre « revivre » et « mourir ». Le poète amoureux n’est pas conscient de ce qu’il désire réellement, et a des difficultés à sentir cet espoir et à s’en servir, le doute étant souligné par les deux points d’interrogations du sonnet LXVIII « Que n’es-tu las (mon desir) de tant suyvre », indiquant les questionnements sans réponse de Du Bellay, qui se poursuit ainsi : « Celle qui est tant gaillarde à la fuite ? / Ne la vois-tu devant ma lente suite / Des laqs d’amour voler franche, et delivre ? »

Dans le sonnet XCII « Ce bref espoir, qui ma tristesse alonge », le poète va plus loin et semble vouloir se libérer, personnifiant l’espoir et faisant part de ses relations difficiles avec lui. En effet, l’espoir apparaît volatile, tantôt de son côté, tantôt contre lui comme un traître, formulant des promesses qu’il ne tient pas à son âme : « Ce bref espoir, qui ma tristesse alonge, / Traitre à moy seul, et fidèle à Madame / Bien mille fois a promis à mon ame / L’heureuse fin du soucy, qui la ronge / Mais quand je voy’ sa promesse estre un songe / Je le maudy’, je le hay’, je le blâme […] Plus d’une fois de moy je l’ay chassé  / Mais ce cruel, qui n’est jamais lassé / Demon malheur, à vos yeux se va rendre […] D’un seul regard le me faictes reprendre ». Le poète entretient des relations complexes avec l’espoir, dues à ses déceptions passées. Ainsi, Du Bellay, amant douloureux, exprime ici le fait qu’il veuille faire cesser les souffrances de son âme.

Cependant, ce sonnet peut être interprété d’une autre manière : le poète est critiqué, moqué dans son attente concernant l’amour d’Olive et l’espoir qui sont complices dans son malheur, et le poète seul n’a d’autre choix que d’abandonner. Olive, belle mais terriblement cruelle, tel le fruit doux-amer, le laisse seul, sans espoir, puis le lui rend d’un regard. Le vers douze montre d’ailleurs bien la personnification de l’espoir dans ce qu’il a de plus traître, car il prend le relais de l’amant pour formuler les plaintes et exprimer les sentiments. Il a ainsi la même place que l’amant auprès de la femme, il n’y a plus aucune position privilégiée pour personne.

Le sonnet XXVI « La nuit m’est courte, et le jour trop me dure » révèle toute l’ambigüité de la relation entre l’auteur et l’amour, et plus généralement les sentiments, tantôt fuyant sa situation, tantôt cherchant à la retrouver, comme s’il était constamment insatisfait et que sans l’amour et la douleur qui y est liée, il se sentait seul, nu, voire nul : « Je fuy l’amour, et le suy’ à la trace » – c’est presque comme un jeu, que l’auteur accepte.

Cependant, le poète est bien conscient de sa servitude et adresse à Olive des plaintes, en la suppliant d’entendre ces souffrances. Dans le sonnet XLVII « Le doulx sommeil paix, et plaisir m’ordonne », il appelle la mort pour le délivrer de la souffrance et des tortures qu’il subit : « Ou s’il est vray, puis que le jour me nuist / Plus que la mort, ô mort, veilles donq’ores / Clore mes yeulx d’une eternelle nuit », dressant un parallèle entre le bien-être, la quiétude qu’il ressent lorsqu’il dort, et la douleur vive lorsqu’il est éveillé. Seul le sommeil semble pouvoir le sauver de ces souffrances : « Le doux sommeil paix, et plaisir m’ordonne / Et le reveil guerre, et douleur m’apporte ». La nuit représente ses moments de paix, le jour ses moments de lucidité qui le ramènent à une réalité qui lui fait si mal. En ce sens, son appel à la nuit éternelle est autant un appel à la délivrance et à la paix qu’il ressent lorsqu’il dort, qu’une réelle volonté de mourir.

 

Pour conclure, on peut retenir qu’Olive, femme parfaite, est aimée infiniment par le poète, d’un amour non réciproque qui le fait atrocement souffrir, mais dont il ne saurait se passer, et qu’il ne perdrait pour rien au monde. 

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur Les ambiguïtés de l’espoir : la douceur ou la délivrance ? >