Lucien Leuwen

par

Un roman à caractère social : le récit d’un contexte

À travers ce roman et la présentation de la société etdes contemporains du héros, l’auteur émet de vives critiques, usant de l’ironieet d’un style vif et tranchant.

Le contexte de ce roman est la monarchie de Juillet,contexte social et politique de l’auteur, qu’il décrit de nombreuses fois dansses œuvres. Ainsi la monarchie de Juillet craint les républicains et lesnostalgiques de l’Empire napoléonien : elle soupçonne de nombreuses personnesde faire partie de mouvements contestataires, quels qu’ils soient. LucienLeuwen se trouve confronté à cette répression, il est renvoyé de l’ÉcolePolytechnique car soupçonné d’appartenir au mouvement du saint-simonisme (lecomte de Saint-Simon était philosophe et économiste, il a rompu avec lanoblesse et prône un état socialiste planificateur, conception opposée à cellede la monarchie en place). Parmi la répression plus violente, on peut retenirle fait que le gouvernement fasse tirer sur les ouvriers lorsqu’ils serebellent.

La description des royalistes est acerbe, l’auteurn’hésite pas à tourner en ridicule les ultras que Lucien fréquente à Nancy pourpasser le temps. Cette classe sociale si particulière, tournée en dérision,amuse le héros. D’ailleurs, l’opposition entre les classes sociales –bourgeoisie républicaine et noblesse monarchiste – est bien illustrée par uneréflexion de Lucien : « Mon sort est-il donc de passer ma vie entredes légitimistes fous, égoïstes et polis, adorant le passé, et des républicainsfous, généreux et ennuyeux, adorant l’avenir ? » Alors qu’il parle defolie chez les légitimistes, on sent presque une certaine pitié de Lucien pourceux qu’il connaît, quand l’ennui qu’il relève chez les républicains prouvequ’il n’adhère pas tout à fait à ce groupe, bien qu’il soit égalementrépublicain lui-même.

D’autres éléments du récit sont révélateurs de la sociétéde son époque. En effet, en fin de première partie, l’auteur fait unetransition sur une mesure qui supprima le droit d’aînesse : jusqu’alors,l’aîné était le seul des enfants qui recevait l’héritage familial. Lasuppression de cette mesure, qui permettait de diviser cet héritage entre tousles enfants, a eu pour conséquence un certain éparpillement des patrimoinesfamiliaux, la division faisant disparaître les familles les plus fortunées,surtout dans la noblesse : on aperçoit donc une transition entre lanoblesse sur la pente descendante, des nobles désabusés et désargentés, etl’avènement de la grande bourgeoisie comme classe dominante, incarnée par lepère Leuwen.

L’image de la noblesse dépeinte dans ce roman est asseztroublante : une noblesse encore traumatisée par la Révolution françaisepuis l’Empire, l’exil de certaines familles ou encore l’aversion profonde pourle drapeau tricolore que Lucien porte sur sa cocarde et qui l’empêche d’entrerdans certains salons, ce drapeau rétabli par Louis-Philippe étant opposé dansleur esprit au blanc du roi. Comme la noblesse déteste le pouvoir actuel, lespréfets se sentent comme des intrus dans les villes les plus ultras.

À propos de la dominance des classes, on retrouve àl’époque le suffrage censitaire indirect (seuls les plus fortunés qui payaientle cens pouvaient voter), ce qui oblige les hommes politiques à axer leursdiscours sur la séduction des grands électeurs afin de remporter un maximum devoix, cette séduction tournant souvent à l’achat pur et simple de voix.

Durant les opérations électorales, on retrouve destensions sociales, comme lorsque Lucien est pris à partie par des manifestantsen province, où on le prend pour un espion du pouvoir en place, ce qui le forceà quitter rapidement la ville de Blois.

Globalement, nous sommes, dans les années 1830, face à unsiècle où tous les régimes se succèdent en France, de l’empire à la république,en passant pas la monarchie ; l’incertitude politique de l’époque est doncbien perceptible. 

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