Lucien Leuwen

par

Une histoire d’amour

Ce roman semble répondre à une idée que Stendhal évoquaitdès 1825, celle d’un roman dans lequel il traiterait de l’époque postnapoléonienne,où un jeune homme, soldat qui aurait rêvé de faire partie des troupes deNapoléon, se révèle incapable de rencontrer l’amour. Puis ce soldat finiraitpar rencontrer une jeune femme, simple, honnête, naturelle (Mathilde), etchangerait sa vision de la vie : on sent dans cette vision de l’amourl’empreinte du romantisme, vivant à l’époque de la rédaction de son roman(1834).

Notons encore une fois l’inspiration de l’auteur quipuise dans sa propre expérience : Stendhal connut une histoire d’amourtrès importante avec une Mathilde, une des deux femmes dont il tomba amoureux,jeune femme qui ne se donna jamais à lui – leur relation fut platonique.

Lucien ressent comme un coup de foudre à la rencontre deMathilde, qui lui fait oublier les choses négatives qui l’obnubilaient jusque-là :« Lucien se complaisait dans cette idée peu polie, lorsqu’il vit lapersienne vert perroquet s’entrouvrir un peu ; c’était une jeune femmeblonde qui avait des cheveux magnifiques et l’air dédaigneux : elle venaitvoir défiler le régiment. Toutes les idées tristes de Lucien s’envolèrent àl’aspect de cette jolie figure, son âme en fut ranimée ». Lucien, quipassait sous ces fenêtres avec son escadron, n’a d’yeux que pour elle etréfléchit à son âge, pense à l’expression de son visage, à son regard, il estfasciné par cette jeune femme : « Elle pouvait avoir vingt-quatre ouvingt-cinq ans. Lucien trouva dans ses yeux une expression singulière ;était-ce de l’ironie, de la haine, ou tout simplement de la jeunesse et unecertaine disposition à s’amuser de tout ? Le second escadron, dont Lucienfaisait partie, se remit en mouvement tout à coup ; Lucien, les yeux fixessur la fenêtre vert perroquet, donna un coup d’éperon à son cheval, qui glissaet le jeta à terre. » Ainsi est narrée la scène de leur premièrerencontre, où Lucien finit par tomber de cheval après avoir aperçu la belleMathilde, signe d’un changement majeur.

Ils se croisent bientôt dans des salons à Nancy et leuramour devient peu à peu réciproque, bien qu’il reste platonique. Mathilde vientde la noblesse tandis que Lucien vient de la grande bourgeoisie. Ainsi Mathildese refuse à lui, tenant à conserver son rang. De plus, venant de la noblesse,elle est dite une royaliste « ultra enragée » tandis que Lucien estréputé républicain. Cette histoire semble impossible, d’autant que le docteurDu Poirier fait de son mieux pour que leur relation n’évolue pas et pour découragerleur amour.

Même lorsqu’il est rentré à Paris et qu’il travaille pourles ministres, Lucien rêve encore d’elle, de cette madame de Chasteller qu’ildésire revoir, mieux connaître malgré la distance qui les sépare. L’amourconstitue donc une désillusion douloureuse pour le héros, déçu par une histoired’amour qui n’aura pas abouti. 

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