Nous sommes cruels

par

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Camille de Peretti

Camille de Peretti est une
écrivaine française née en 1980 à
Paris. Sa mère est infirmière, son beau-père chiropracteur ; cette
familiarité avec le milieu médical se retrouvera dans Nous vieillirons ensemble, son troisième livre publié. Elle fait
son lycée à Paris à l’École Jeannine-Manuel ; après avoir fait ses classes préparatoires littéraires, elle
intègre École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC). Avant d’être une écrivaine
publiée elle multiplie les activités professionnelles : elle travaille
tour à tour dans l’analyse financière dans une banque d’affaires
singapourienne, puis pour la télévision japonaise où elle anime une émission
culinaire, et enfin en France dans l’événementiel.

 

C’est en 2005, alors qu’elle a vingt-cinq ans,
que débute la carrière littéraire de Camille de Peretti quand paraît Thornytorinx aux éditions Belfond. D’inspiration
très largement autobiographique, l’œuvre
met en scène Camille, une jeune fille obsédée par une idée de perfection. Elle se veut une élève
brillante, intègre une grande école de commerce, mais son corps lui pose
problème – un régime et c’est l’engrenage : la jeune fille qui se
rêvait princesse devient anorexique-boulimique.
L’auteure tente d’analyser les causes de son comportement pathologique, fait un
parallèle avec le rapport de sa mère
à son corps, son regard sur sa fille, mais parle aussi de la pression sociale et des modèles de
réussite proposés aux jeunes filles. La jeune écrivaine y fait preuve d’une
grande sincérité, au prix d’une
certaine brutalité du propos et d’un
certain pessimisme.

L’année suivante paraît Nous
sommes cruels
, une version moderne par une jeune auteure des Liaisons
dangereuses
, qui inspirent non seulement Camille de Peretti mais aussi
ses personnages, Julien et Camille que passionne l’œuvre de Laclos et qui vont
se prendre pour le vicomte de Valmont et la marquise de Merteuil. Les deux
adolescents se mettent alors à jouer un jeu dangereux qui consiste à manipuler les sentiments de leurs
diverses conquêtes. Parmi elles, on retrouve un équivalent de la présidente de
Tourvel, « une citadelle imprenable », qui sera leur plus grande
victime. Le style épistolaire se déploie dans des lettres comme dans des
courriels et des textos. Plusieurs correspondants se trouvant en hypokhâgne,
les références littéraires fusent et
l’œuvre livre le regard de l’auteure sur les classes préparatoires littéraires
qu’elle a connues quelques années plus tôt.

Le prochain roman de
Camille de Peretti, Nous vieillirons ensemble, paraît en 2008. L’auteure s’y livre
à la peinture de toute une galerie de portraits de pensionnaires et
d’intervenants dans une maison de
retraite
de la banlieue parisienne. Le milieu lui est familier de par le
métier de ses parents, mais aussi pour avoir accompagné une « grand-mère
d’adoption » jusqu’à la mort dans un de ces établissements. Le quotidien de
ces gens est évoqué d’un regard transversal et lucide, des visites familiales
aux relations compliquées entre résidents en passant par la messe sur France 2.
Le roman aborde des sujets difficiles – maladie,
mort, dépendance, démence, solitude – en des lieux où les visiteurs
peuvent se trouver confrontés au remords et ressentir de la répulsion devant le
miroir d’un futur possible qui leur est tendu. La tendresse du regard de l’écrivaine n’empêche pas un ton souvent humoristique ; d’un lieu qui
évoque souvent la solitude, la monotonie et l’ennui, elle sait percevoir et
exposer la vie foisonnante et la
complexité. L’auteure se décrit elle-même comme une écrivaine sans imagination
et assure que toutes les histoires que contient le roman sont réelles. Elle en
profite ainsi pour parler d’un tabou : les rapports sexuels entre pensionnaires, que leurs enfants voient
souvent d’un mauvais œil.

La Casati, œuvre parue en 2011, est une biographie romancée d’une marquise
romaine, Luisa Casati (1881-1957),
qui fut la muse et la mécène de plusieurs artistes, tels Gabriele D’Annunzio,
Man Ray ou Salvador Dalí. Sa vie se distingue par l’aspect spectaculaire dont
elle a voulu artificiellement la parer, son excentricité rare, mais aussi par
la profondeur de sa chute, jusqu’à sa mort dans une relative pauvreté à Londres
où elle s’était enfuie, incapable de régler ses dettes. Étrangement, l’auteure
entrelace à ces évocations des extraits
autobiographiques
où Camille de Peretti cherche des parallèles entre la marquise romaine et elle-même, fondés sur une
soif inextinguible d’amour et de reconnaissance. À nouveau l’écrivaine se
distingue par une surprenante sincérité,
proche de la mise à nu.

Petits arrangements avec
nos cœurs
, œuvre qui paraît en 2014,
apparaît comme une autofiction.
Camille de Peretti s’y met en scène elle-même comme une écrivaine qui, à la
recherche d’un sujet de roman, part à la recherche de Stanislas, un ancien
soupirant auquel elle avait brisé le cœur dix ans plus tôt. Celui-ci est devenu
trader à Londres ; ils se retrouvent et l’écrivaine décide alors de tout
quitter, dont son mari, pour aller vivre avec lui. Ils mènent une vie luxueuse, plutôt alcoolisée, tentent
de relancer un amour qui s’effrite à
coups de voyages aux États-Unis, en
Grèce, en Inde, aux Maldives, inutiles luttes contre l’ennui. Les « petits
arrangements » du titre font référence à la conscience que « quelque
chose ne va pas », à laquelle on préfère souvent le déni – et ainsi le
couple de s’acharner à relancer une machine en panne. L’auteure s’y révèle à
nouveau d’une sincérité frappante,
dévoilant ses lâchetés, ses
« petits arrangements », son besoin
d’amour
sans fard, ou encore sa vanité
lorsqu’elle évoque leur réussite professionnelle, et son cynisme quand elle
avoue faire un commerce littéraire de ses souffrances.

 

 

« La plus grande chute
est celle qu’on fait du haut de l’innocence. »

 

« Les menteurs sont des
gens qui comprennent l’ennui du monde. Ils veulent toujours que les choses
soient belles, et on leur en veut pour cela. »

 

Camille de Peretti, Nous sommes cruels, 2006

 

« Homme, femme,
adolescent ou vieillard, séduire c’est faire les yeux doux, charmer, enchanter
et soudain sortir ses griffes. Séduire c’est ignorer l’autre pour mieux
l’attirer dans ses filets, affecter, faire semblant, feindre et contrefaire,
plaire et complaire pour ravir, pour subjuguer. Séduire c’est un jeu de
paraître et de fascination pour que les yeux de l’être aimé soient aveuglés.
Séduire, c’est abuser pour apprivoiser, éblouir pour égarer, tromper pour
conquérir. »

 

Camille de Peretti, La Casati, 2011

 

« Une rupture se doit
d’être triste, et pourtant, quand la fin est proche, il y a des ressorts de
joie, des intervalles de complicité, des alternances de gaité. Dans ces laps de
temps, on rit d’autant plus facilement qu’on sait que c’est la dernière fois.
La vraie tristesse vient après, quand il n’y a plus rien à partager, même pas
une explication ou une dispute. »

 

Camille de Peretti, Petits arrangements avec nos cœurs, 2014

 

« J’ai vomi partout.
Partout où j’ai pu. Autant que j’ai pu. N’importe où, n’importe quand. J’ai
vomi avec mon index et mon majeur agrippés au fond de ma gorge. J’ai vomi à
Paris et à Londres, j’ai vomi à Tokyo. J’ai vomi au réveil, sous le soleil et
sous la pluie. En plein jour. Et je me suis relevée jusque tard dans la nuit
pour vomir. J’ai vomi dans les toilettes de la maison de ma mère, dans les
toilettes des appartements de mes copines, dans celles de mon école et dans
celles des boîtes de nuit. Puis les toilettes elles-mêmes sont devenues
obsolètes. Alors j’ai vomi partout. Dans les rues. »

 

Camille de Peretti, Thornytorinx, 2005

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