Nous sommes cruels

par

Un roman autobiographique ?

Certains éléments des romans de Camille dePeretti incitent le lecteur à penser que ses œuvres sont autobiographiques.Ainsi, dans chacun de ses romans, l’auteure s’est amusée à donner son nom à seshéroïnes. Dans Thornythorinx, elleincarne une jeune fille victime d’anorexie et s’inspire de faits réels de savie. Dans Nous sommes cruels, elles’amuse une nouvelle fois à mettre en scène des éléments de son histoirepersonnelle. Camille de Peretti affirme notamment, au cours d’une interview,s’être inspirée de ses journaux intimes pour créer le personnage de Camille.Elle utilise par exemple son parcours scolaire pour son personnage : unehypokhâgne puis une khâgne. L’auteure emprunte également des éléments parmi sonentourage proche pour créer ses autres personnages, et notamment Nini, lagrand-mère avec laquelle son héroïne discute par intermittence. Cette Nini aété construite à partir des souvenirs que l’auteure garde de sa défuntemarraine, placée en maison de retraite, et à laquelle elle devait rendrevisite. Ce personnage touchant sera réutilisé dans son roman suivant, Nous vieillirons ensemble.

Ces éléments penchent donc en faveur d’un récitautobiographique. Pour renforcer cette impression, Camille de Peretti utilisecertains traits littéraires caractéristiques du roman autobiographique. Lelecteur retrouve la présence du « je », qui recoupe narrateur etauteur, ainsi que le respect de l’ordre chronologique d’un journal, renforcé parla notification des dates. Mais surtout, le lecteur se retrouve témoin etcomplice des aveux du narrateur ; il prend alors également la place dejuge. L’une des raisons de l’écriture autobiographique est bien souvent safonction cathartique.

Dans cette même interview, l’auteure admet quela correspondance qu’elle décrit entre Camille et Julien est tirée d’unecorrespondance qu’elle a elle-même entretenue plus jeune, en se prenant pourMme de Merteuil. Cependant, cet échange est loin d’avoir été aussi sombre :« C’est une histoire que j’ai vécuequand j’avais 16-17 ans. J’étais la marquise de Merteuil et j’avais trouvé unpartenaire de crime. On a bien rigolé mais seulement, on était trop jeunes etpour le coup pas assez cruels. »

Nous pouvons déduire de ces dernièresinformations que l’ensemble du récit n’est finalement tiré que d’un simplefantasme, et l’écriture devient un moyen détourné de terminer ce qui avait étéesquissé plus jeune par l’auteure.

En accentuant l’aspect autobiographique de sonroman, Camille de Peretti pousse le lecteur à croire en la véracité de salecture. Elle rompt ce qu’on nomme le « pacteautobiographique » : l’auteur s’engage normalement a être sincèretandis que le lecteur s’engage à le croire. Or ici, seuls quelques élémentssont réellement tirés de la vie de l’auteur. Le lecteur se trouve alors enquelque sorte dupé, et ne sait plus quand la réalité rejoint le fantasme.

On constate donc de nombreuses ressemblancesentre l’ouvrage et la vie de son auteure, mais si la base est inspirée de faitsréels, le reste est totalement fantasmé. Le roman n’est finalement quepartiellement autobiographique.

 

 

Bien que moins crue que sa contemporaine LolitaPille, l’auteure aborde sans détours les vices de l’homme et les pièges danslesquels peut le mener son propre orgueil. Si ces deux jeunes auteures mettentà l’honneur la manipulation en montrant les conséquences irrémédiables qui endécoulent, elles le font chacune à leur manière ; l’une brute, l’autreplus sournoise. À travers son roman, Camille de Peretti offre une versionrevisitée des célèbres complots libertins de Choderlos de Laclos. Entre hommageà l’auteur et réalisation d’un fantasme, ce livre entraîne son lecteur sur leschemins de la manipulation et de la cruauté. 

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