Nous sommes cruels

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Le parallèle avec Les Liaisons dangereuses - Ressemblances et clins d’œil à l’œuvre initiale

Dans son roman, Camille de Peretti révèle sans détours son intention de lier son œuvre à celle de Choderlos de Laclos. La structure est donc semblable au modèle, avec une forme épistolaire générale, bien que modernisée par la présence de courriels et de textos. Le choix de l’introduction de la technologie dans l’œuvre permet de replacer une histoire datant du XVIIIe siècle dans un contexte plus contemporain, et donc plus propre à favoriser l’immersion d’un jeune lecteur qu’un autre cadre aurait pu rebuter. Comme dans l’œuvre initiale, la correspondance des personnages principaux est entrecoupée de textes annexes (courriels, sms, lettres) qui permettent d’aménager un suspens ; ils instaurent une dynamique importante au sein d’une structure qui peut facilement lasser son lecteur.

En choisissant d’imiter Laclos, l’auteure s’oblige à rédiger son roman sous une forme principalement épistolaire, et donc à utiliser une forme particulière de présentation du texte, avec notamment la présence systématique d’informations telles que l’expéditeur, le destinataire, le lieu d’émission et la date, tout un décorum qui fonctionne comme des éléments de réalité pour le lecteur, relevant de protocoles bien connus.

Mais la ressemblance avec l’ouvrage initial ne s’arrête pas là ; certains propos font directement référence à l’œuvre de Choderlos de Laclos : « Il m’appelle perfide et ce mot de perfide m’a toujours fait plaisir ; c’est, après celui de cruelle, le plus doux à l’oreille d’une femme » est une citation directe de Laclos, tandis que « L’homme jouit du bonheur qu’il ressent, et la femme de celui qu’elle procure. Le plaisir de l’un est de satisfaire des désirs, celui de l’autre est surtout de les faire naître » subit une transposition : « La joie d’une femme qui aime vous voir jouir vaut tous les orgasmes que vous auriez pu lui donner. Les hommes ne sont pas dupes. Mais ils savent que lorsqu’une femme leur donne du plaisir, elle s’oublie elle-même. » Les transformations permettent de mieux coller à l’image de deux adolescents d’un monde contemporain.

La reprise presque entièrement fidèle des Liaisons Dangereuses permet de remettre au goût du jour une œuvre du XVIIIe siècle, étudiée comme un classique en cours. En plaçant l’histoire dans un contexte contemporain et neuf, le Paris actuel, Camille de Peretti « dépoussière » le format et l’intrigue et permet à une nouvelle génération de s’en emparer. L’œuvre ne se présente cependant pas comme un simple pastiche et fait preuve d’une écriture tout à fait personnelle.

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