Perceval ou le Conte de Graal

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Résumé

Chrétien de Troyes est, pour notrecivilisation occidentale, un auteur fondamental, qui a initié, à une époque oùla littérature était assez rustre, une façon d’écrire résolument moderne, et agénéré des mythes à la postérité incontestable. Malheureusement, le temps n’apas été très généreux avec lui. D’une part, on a très peu d’informations surl’homme, on ne saurait même pas dire précisément ses dates de naissance ni demort. D’autre part, ses œuvres nous sont parvenues, pour la plupart, dans desversions incomplètes. Perceval nefait pas exception à cette règle. Ce cinquième roman de Chrétien de Troyes estinachevé et s’arrête brutalement après 9 000 vers. Il n’en reste pasmoins, et c’est là tout le génie de Chrétien de Troyes, que le texte fonde lalégende du Graal et si Perceval nenous est pas arrivé en entier, le lecteur peut accéder aux textes de tous lesémules qu’il a engendrés.

 

         Leroman commence dans la Gaste Forêt, au Pays de Galles. La mère de Perceval,veuve, ayant déjà perdu deux de ses fils dans un tournoi, est très protectriceet essaie de tenir son fils à l’écart du monde. Hélas pour elle, un jour, Percevalrencontre des chevaliers ; preuve de sa naïveté profonde, il a avec eux ledialogue suivant : « Êtes-vous Dieu ? – Non, certes. – Alors, qui êtes-vousdonc ? – Un chevalier. – Chevalier ? Je ne connais personne ainsi nommée.» Émerveillé par cette rencontre, Perceval veut quitter le foyer familial pour rejoindrela cour du Roi Arthur et devenir chevalier à son tour. Sa mère en souffre,tente de le persuader de rester, mais ses efforts sont vains. Comme elle voitqu’elle ne peut lutter contre ce désir nouveau d’aventure, elle le laissepartir en lui donnant trois recommandations : premièrement, Perceval doitservir et secourir les dames et demoiselles ; deuxièmement, il doit fréquenter d’honnêtesgens ; troisièmement, il doit prier Dieu. Quand Perceval s’en va, il voit samère tomber « comme morte » – le texte ne dira pas si elle s’évanouit ou sielle meurt subitement de chagrin – mais il ne fait pas demi-tour pour autant.

         Percevalrencontre une jeune fille. C’est l’occasion pour lui de mettre en pratique lesrecommandations de sa mère. Le jeune homme est un peu sot et très maladroit. Ils’acharne à côtoyer la jeune fille alors qu’elle n’est pas en danger, il luisoutire des baisers, de la nourriture, un anneau qu’elle tient de son amant,sans se soucier du fait que ladite jeune fille est en sanglots car elle a peurque son amant, justement, ne voie en son comportement un adultère.

         Percevalarrive enfin à la cour du Roi Arthur, à Cardoël, où tout le monde est frappépar ses manières balourdes. Il demande sans détour au Roi de l’adouber mais leRoi préfère attendre, même s’il croit en le potentiel du jeune homme. Keu, leméchant sénéchal, sent bien que le jeune homme est d’une grande naïveté etdécide de s’en moquer. Ainsi, il lui conseille, pour obtenir l’habit dechevalier, de l’emprunter à un autre chevalier, par exemple le ChevalierVermeil. Perceval essaie : cela déclenche une querelle, mais Perceval sortvainqueur du combat et récupère l’armure. Suite à cette mésaventure, Percevalveut retourner chez sa mère. On le laisse partir ; Arthur en éprouve duregret cependant.

         Surle chemin du retour, Perceval rencontre un honnête homme qui a pour nomGorneman de Gorhaut. C’est un vieux chevalier qui a beaucoup d’expérience. Iloffre à Perceval l’hospitalité, mais aussi un vaste enseignement pour faire delui un véritable chevalier. Ainsi, Perceval apprend de lui ce qu’il faut fairepour être un chevalier authentique : ne jamais tuer un adversaire qui demandegrâce, ne pas trop parler, secourir tous ceux qui sont dans la détresse et, à nouveau,prier Dieu. Aussi, Gorneman conseille au jeune homme de ne plus évoquer sa mèredans ses discours afin de mûrir et d’affermir son jugement. Perceval est un bonélève et progresse rapidement. Il part donc bientôt à l’aventure.

         Blanchefleur,la nièce de Gorneman, est harcelée par le sénéchal Anguingueron et son roiClamadeu, qui ont tué son père et son oncle et revendiquent, de fait, ladirection du château familial. Perceval promet sa protection à la jeune femmeet confronte Anguingueron dès le lendemain. Il sort vainqueur de l’affrontementmais accorde, suivant les enseignements de Gorneman, la vie sauve à son ennemi,à condition qu’il se fasse prisonnier du Roi Arthur. Pour autant, Clamadeun’abandonne pas et pense que la famine va pousser Blanchefleur à se rendre :son royaume ne peut survivre sans tête pensante. Heureusement, un bateau chargéde vivres arrive à ce moment. Dès lors, Clamadeu provoque Perceval en duel,duel que le premier perd. Une nouvelle fois, Perceval ne tue pas mais faitprisonnier son rival.

         Arthurreçoit les deux hommes mais ne les fait pas prisonniers ; il les prend parmises conseillers.

         Percevalquitte Blanchefleur pour retrouver sa mère, mais lui promet de revenir le plusrapidement possible. Il rencontre, sur son chemin, le Roi Pêcheur qui lui donneune épée magique et lui fait assister à une cérémonie des plus étranges, aucours de laquelle il aperçoit le Graal. Le matin, il veut questionner le RoiPêcheur sur ces rites, mais l’homme a disparu. Perceval s’en va, mais il gardeà l’esprit ce mystère irrésolu.

         Surla route, Perceval apprend que sa mère est morte et décide de ne pas finir lechemin jusque chez lui. Il ne précise pas quel nouveau but il se donne. C’estdonc une sorte de courte errance qui commence ici.

         Ilcroise la jeune fille qu’il a offensée par le passé. Elle a été répudiée parson amant jaloux, comme elle le craignait. Perceval se bat contre l’amant et levainc. L’amant s’engage à réparer l’erreur de jugement qu’il a commise en répudiantsa compagne, puis à se faire prisonnier lui aussi du Roi Arthur.

         Commeavec les deux rivaux précédents, le Roi Arthur ne met pas l’amant en prisonmais le fait membre de sa cour. On assiste dès lors à la première apparitiond’un autre personnage capital de l’aventure : le chevalier Gauvain. Il demandeà Arthur qui est Perceval : le Roi en vante les mérites, en rappelant notammentl’épisode du Chevalier Vermeil.

         Cedisant, Arthur et ses chevaliers partent à la recherche de Perceval. La troupe lesurprend qui contemple le sang d’une oie qui a perlé sur la neige, image quilui rappelle Blanchefleur. Deux chevaliers veulent le sortir de sa rêverie etse font rosser par le jeune homme. Gauvain, au contraire, va vers lui avec uneattitude amicale et réussit à attirer l’attention de Perceval. Arthur intègre Percevalà sa cour et la troupe va faire la fête. Au troisième jour de fête, une femmemonstrueuse vient reprocher à Perceval de ne pas avoir posé de question au RoiPêcheur quand l’occasion s’est présentée. Cette même créature révèle que, dansle château où elle demeure, une belle jeune fille est retenue captive. Gauvaindécide d’aller à son secours. Mais un nommé Guingambrésil arrive et demanderéparation à Gauvain pour le meurtre de son père. Il devra soit se justifiersoit réparer ce qu’il a fait devant le roi d’Escavalon dans quarante jours.

         Ellipsede cinq ans. Perceval est devenu un parfait chevalier, mais a abandonné lareligion. Tandis qu’il se repend de son impiété, après avoir été rappelé àl’ordre par des pèlerins, Perceval apprend qu’il est de la lignée du RoiPêcheur et apprend aussi d’un ermite, son oncle, frère du Roi Pêcheur, lanature du Graal. Perceval décide de retourner chez le Roi Pêcheur.

         Ici,Chrétien de Troyes abandonne Perceval pour se concentrer sur Gauvain. Percevalne sera plus mentionné du tout dans ce qui reste du Conte du Graal. Le récit opère un retour en arrière ; en somme, onoublie l’ellipse de cinq ans et on retourne à la situation dans laquelle onavait laissé le pauvre Gauvain accusé d’un meurtre illégitime. Gauvain partchez le roi d’Escavalon. Il assiste, sur la route, à un tournoi, mais refused’y participer de peur d’être blessé et de ne pouvoir se rendre chez le roipour se défendre. Mais les dames insistent et il se résout à participer auxduels. Il s’oppose, le lendemain, à Mélian de Lis et emporte le duel. Gauvainrepart et atteint vite le château du roi d’Escavalon. Les citoyens veulent lebattre, mais leur piété à l’égard du roi les en empêche. Le roi, par ailleurs,lui accorde un an de délai pour prouver qu’il n’a pas tué le père deGuingambrésil, un an pendant lequel Gauvain est bien résolu à trouver le Graalet à l’apporter au roi.

         Gauvainsoigne un chevalier blessé, Gréoras. Le chevalier est en fait un de ses rivauxpassés et, pour se venger, celui-ci lui vole son beau cheval.

         Unejeune fille, qualifiée d’orgueilleuse, lance le défi suivant à Gauvain : ildoit aller libérer le palefroi qui est prisonnier du chevalier redoutable qui ablessé Gréoras. Il relève le défi sans problème.

         Plustard, il rencontre le neveu de Gréoras, qui a pour mission de le tuer. Gauvainsort vainqueur de la rixe et récupère son cheval.

         Gauvainpart pour le « château des reines », un château maléfique et magique qui arésisté à la centaine de chevaliers qui ont essayé d’y pénétrer. Gauvainréussit à dompter les maléfices et libère le château de ses enchantements.

         Gauvain,après avoir à nouveau relevé les défis de la jeune fille, apprend parl’intermédiaire d’un nommé Guiremolan que les reines du château qu’il vient delibérer sont pour certaines de la famille du Roi Arthur, pour d’autres de sapropre famille. Guiremolan, qui ignore l’identité de celui à qui il s’adresse,lui confie qu’il est amoureux de la sœur de Gauvain. Gauvain révèle sonidentité et il prévoit un duel dans sept jours.

         Ilretourne au château des reines et fait envoyer un messager à la cour du RoiArthur pour demander du soutien dans son duel contre Guiremolan. Le romans’achève au moment où le messager délivre son message au Roi Arthur.

 

 

        Pourcompléter la lecture de Perceval ou leConte du Graal, il est passionnant de s’attaquer aux multiples continuationsque les successeurs ont tâché de composer. En effet, quatre écrivains ontrepris l’histoire de Perceval là où Chrétien de Troyes l’avait laissée, enessayant de rester fidèles à ce qu’ils pensaient être l’esprit de l’œuvreoriginale. La plus complète est celle de Manessier, qui à la fois apporte unvéritable dénouement à toutes ces aventures quand les autres ne faisaient que lesdéployer sans conclure, et compile avec tact les trois versions précédentes.

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