Perceval ou le Conte de Graal

par

Un roman d’apprentissage

Si Perceval est présenté comme un héros, au début de l’œuvre, il est surtout considéré comme un adolescent naïf qui ne connaît rien du monde extérieur. Son caractère enfantin et sa crédulité donneront au roman une touche humoristique en le mettant face à nombre de situations cocasses et à toutes sortes de quiproquos, allant même parfois jusqu’à lui causer du tort.

Au-delà des obstacles auxquels le jeune chevalier devra faire face au fil de ses rencontres, des idées auront à mûrir en lui ; il devra assimiler et appliquer le code de la courtoisie et les valeurs de la chevalerie afin qu’elles deviennent siennes et qu’il puisse se construire une connaissance du monde solide et acquérir de la considération.

Par exemple, lorsqu’il vit encore sous la protection douillette de sa mère, et qu’il aperçoit les chevaliers parcourant la forêt, il les accoste en les prenant pour des anges. Totalement fasciné, il se prosterne à leurs pieds et leur récite des prières avant de se rendre compte qu’ils ne sont que de simples mortels. De plus, il n’hésite pas, tel un enfant, à poser toutes les questions qui lui viennent à l’esprit, même si la réponse ne peut être que méprisante ou évidente.

« Ah, sire Dieu, pardon ! Ce sont des anges que je vois ici ! En vérité, oui j’ai péché en croyant que c’était des diables ! Ma mère ne me trompait pas quand elle me disait que les anges sont les plus belles choses qui soient, excepté Dieu, plus beau que tous. Mais celui-ci, que je vois bien, est si magnifique que ceux qui l’accompagnent sont dix fois moins beaux que lui ! Comme ma mère me l’a dit, on doit surtout adorer Dieu, le supplier et l’honorer. Je vais adorer celui-ci et tous les anges après lui ».

Tout à fait ignorant de ce que l’amour signifie, il ne le découvre qu’en compagnie de Blanchefleur, qui constitue sa première expérience de la courtoisie. Ému par le récit de ses mésaventures, il décide de pourchasser les agresseurs de la jeune fille et découvre ainsi le principe de la conquête d’un cœur féminin. Cependant, il accumule auparavant les maladresses et les erreurs : avant de partir, sa mère lui ayant recommandé de secourir toute dame dans le besoin, de ne rien faire qui la mette dans l’embarras et de lui prendre son anneau si celle-ci le lui offre, il interprète tout au pied de la lettre et force une jeune fille prenant du repos sous sa tente à l’embrasser et à lui donner sa bague.

« . . . le sang uni à la neige lui rappelle le teint frais du visage de son amie, et, tout à cette pensée, il s’en oublie lui-même. Sur son visage, pense-t-il, le rouge se détache sur le blanc exactement comme le font les gouttes de sang sur le blanc de la neige. Plongé dans sa contemplation, il croit vraiment voir, tant il y prend plaisir, les fraîches couleurs du visage de son amie qui est si belle ».

Perceval doit donc apprendre à discerner jusqu’aux plus petites notions du bien et du mal, ce dont il demeure au départ totalement ignorant puisqu’il agit comme on lui dit d’agir et tente simplement de contenter tout le monde. Son apprentissage de la vie passe par une affirmation de son tempérament : il doit découvrir qui il est puis œuvrer en fonction de ce qu’il estime être ses valeurs, plutôt que de suivre aveuglément les conseils qu’on lui donne.

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