Phédon

par

La distinction corps/âme

Ainsi apparaît l’opposition entre l’âme et le corps, chère à Platon. Si le corps n’a de véritable existence que dans le monde sensible, le monde régi par notre vision, notre toucher, nos sens en général, le monde que nous appréhendons par l’intermédiaire de notre corps et qui est donc voué à l’altérer et à disparaître, notre esprit lui perdurera et survivra aux dégradations subies par notre enveloppe charnelle. C’est là toute la distinction entre l’homme et le dieu : ce premier est pour un temps enfermé dans un corps et n’a accès qu’au monde sensible ; or, le dieu étant avant tout un esprit, le monde intelligible lui est ouvert tout entier. Son enveloppe charnelle n’est qu’une façade qu’il peut modifier comme bon lui semble : contrairement au mortel, c’est son corps qui est au service de son esprit, et non l’inverse.

En mourant, Socrate affirme que le corps se dégrade, et l’âme n’est donc plus abusée par les illusions transmises par le corps. La mort serait donc une toute-puissance spirituelle, un achèvement, la consécration de toute une existence, et c’est d’ailleurs ce à quoi se préparent les philosophes : Socrate dit avoir consacré sa vie à apprendre à mourir, ce qui signifie en d’autres termes que son œuvre a été de perfectionner son âme afin qu’elle soit prête à être livrée au monde spirituel lorsque le moment sera venu.

Ainsi, cette approche du corps pousse le philosophe à vouloir s’en détacher ; en effet, l’homme avisé ne tiendra pas compte des plaisirs physiques qui sont uniquement rattachés à une conception matérielle et illusoire de la vie. Le corps est un obstacle, durant notre existence sur terre, à la recherche de la vérité puisqu’il nous induit sans cesse en erreur, est victime des maladies, des désirs, des pulsions, des maux divers et variés. L’âme, elle, aspire à se libérer de cette enveloppe qui l’enchaîne à un milieu trivial. Ainsi Platon résume-t-il cette pensée : « les philosophes sont joyeux de s'en aller vers les lieux de leur espoir et de rencontrer ce dont ils sont amoureux : la pensée. » Il sous-entend de cette manière qu’en craignant et en se révoltant contre la mort, l’homme se révolte contre la rencontre enfin du milieu de l’âme, et est donc l’antithèse d’un philosophe : un amoureux des plaisirs du corps et non de la pensée.

Inscrivez-vous pour trouver des essaia sur La distinction corps/âme >