Phédon

par

Une approche atypique de la mort

Dans Phédon, rien de moins n’est traité que la mort de Socrate, condamné à absorber de lui-même une coupe de ciguë qui va lui paralyser peu à peu les sens et l’esprit. Jugé trop dangereux pour la cité, le gouvernement athénien ne supportant plus ses inquisitions dans l’esprit et la conscience des citoyens, devenu un personnage qui dérange et indispose, il est donc jeté dans une geôle et expose, dans ce dernier dialogue, la manière la plus harmonieuse d’envisager la fin de sa vie.

Phédon affirme dès le début du prologue à son ami Échécrate que Socrate, en homme ferme, noble et sage, saura trouver dans l’au-delà une harmonie égale à celle qu’il tentait de découvrir et de révéler sur terre.

Tout d’abord, la première idée que défend Socrate est celle que la mort ne doit pas effrayer ni être un objet de tristesse tel que beaucoup la considère.  En effet, la terre et la condition vivante sont pour les humains une obligation à laquelle nul n’a le droit de s’affranchir. Ainsi, le suicide que l’on impose au philosophe semble la punition par excellence puisqu’en absorbant un poison de sa propre main, Socrate ferait, au regard des dieux, preuve d’hubris, le pire de tous les péchés : l’excès, et par analogie, cela équivaut à s’imaginer être l’égal des dieux. Or, se suicider – bien que ce choix ne soit pas volontaire dans le cas de Socrate – reviendrait à décider de l’heure de sa propre mort, à devancer le jugement des dieux et à se vanter d’être au-dessus de ceux-ci. Or, les philosophes, eux, envisagent sereinement la possibilité de mourir, et ainsi, ne répugneraient pas à un suicide. Socrate explique ceci par l’idée qu’en mourant, il n’y a pas de crainte à avoir, puisque nous ne faisons que quitter nos maîtres sur terre pour rejoindre d’autres maîtres, encore meilleurs et divins. Ainsi, il estime que craindre la mort serait donc refuser de rejoindre ce monde où nous aurions enfin la chance de côtoyer le divin et nos proches disparus, de quitter le monde sensible, où tout n’est qu’illusion, monde qui appartient au corps, par opposition à l’âme, laquelle trouverait enfin son milieu naturel dans le monde intelligible où l’esprit règne en maître.

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