Phédon

par

Une prédominance des idées de Platon sur celles de Socrate

Dans ce dialogue, Platon se libère toutefois de la pensée purement socratique et en profite pour divulguer ses propres idées, en ne se contentant pas de transmettre par écrit la seule parole de son maître. Il pose ainsi les fondements de ce qu’il nomme la théorie des Idées, indispensable pour comprendre la fin vers laquelle tendent les philosophes. Il utilise la comparaison âme/corps afin de montrer l’existence de deux mondes différents : le visible et l’invisible. Cette affirmation ne peut être contredite, puisque l’existence d’un monde visible est en soi évidente, et que l’invisible ne peut être nié non plus puisqu’il nous vient parfois à l’esprit de nouvelles idées dont la source n’est nulle part dans le monde visible, ou que nous pouvons nous représenter des choses que nous n’avons jamais vécues. Ainsi, l’existence de ces deux mondes semble indiscutable, et il est clair que l’invisible semble pouvoir être atteint uniquement par le biais de la pensée.

Platon précise ensuite son jugement : la véritable distinction qui existe entre ces deux mondes réside en ce que ce qui appartient au visible ne possède pas d’identité véritable, il ne s’agit que d’exemples, de copies multipliées maintes fois, et cela peut être voué à changer, à mourir ou à être transformé. Par exemple, quelque chose de beau va, au fil du temps, se pervertir et devenir usé et laid, de même qu’une personne d’apparence laide peut être changée en une autre au physique beaucoup plus proche du concept de beauté. Ainsi, si le visible est constamment changeant, en mouvement, et sans identité propre, l’invisible, lui, possède une identité constante, qui ne change jamais, et abrite des concepts tels que le Beau en soi, l’Égal en soi, ou encore le Juste, le Saint, le Bon. C’est l’existence de ces concepts immuables trouvés dans l’invisible qui nous permet de qualifier le contenu du visible de beau, d’égal ou de bon. Ainsi, une chose physique sera belle de par son appartenance au concept de Beau. Ce monde invisible est nommé par Platon « monde des Idées », et l’âme se rapproche beaucoup plus selon lui des Idées que de l’Intelligible. Ainsi, c’est par l’âme et son élévation que l’on passe du monde visible à l’invisible. C’est là le but recherché par les philosophes : tendre de tout leur être vers le monde des Idées, afin de rassembler tous les objets physiques sous le nom de l’Idée qui les précède, reconnaissant ainsi l’identité et l’immuabilité dans l’univers sensible. La tâche des philosophes est donc ce travail de remontée de la chose sensible à l’Idée, afin que son âme se détache du sensible et s’élève, en attendant la mort, vers l’Invisible des Idées.

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