Réflexions sur l'éducation

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Résumé

Les Réflexions sur l’éducation de Kant partent d'un point précis, simple et arrêté : l'homme, à la naissance, est inachevé. Le philosophe explique que la nature humaine, bien que l'homme soit censé représenter une certaine idée de la perfection car réalisé par Dieu à son image, ne permet pas à l'homme d'être tout à fait abouti à sa naissance. Il s'oppose ainsi à toute idée de nature humaine intrinsèque le plaçant au-dessus des autres espèces.

Cependant, si l'homme survit, s’il a pu se sortir de sa condition de force inférieure vis-à-vis des animaux, ce n'est pas par sa nature mais parce qu'il a dû compenser ce déficit de force par l'intelligence. Il oppose ainsi l'être humain au reste du règne animal, en ce sens que l'homme ne bénéficie pas d’une forme de régulation naturelle automatique de tout ce qu'il fait ; c'est sur l'instinct que l'opposition se fait.

La conséquence, c'est que cela amplifie les conséquences de ses actes, bonnes ou mauvaises ; par exemple l'être humain est capable de faire le mal autour de lui, de nuire à ses semblables si cela lui semble nécessaire, afin d'arriver à ses fins. Cet égoïsme ne se retrouve pas chez l'animal, qui ne tue que par nécessité, ou pour gagner le pouvoir et le conserver. L'homme, bien qu'ayant une conscience, réagit et agit selon une partie de ses désirs. Kant montre la nécessité pour l'homme de les maîtriser, afin de ne pas faire péricliter son espèce. Et c'est là qu'intervient l'éducation et l'instruction ; c'est par l'école et l'apprentissage que l'homme apprendra à se maîtriser, pour son bien, et le bien de tous.

Kant ne voit pas en l'école une institution d'apprentissage culturel ou technique, mais au premier chef un endroit où l'on apprend à obéir, à rester calme, à écouter celui qui parle, celui qui sait, et où l'on apprend le respect de ses semblables ; ce « vivre ensemble » est selon lui encore plus primordial que le fait d'apprendre quelque chose de concret. Il se fonde donc ainsi sur la forme de l'école, avant de s'intéresser au fond de ce qui est enseigné.

L'école sert donc d’abord à mettre l'enfant dans de bonnes dispositions pour pouvoir apprendre ensuite. Elle le forme à recevoir un savoir, une instruction, et pour cela, elle doit le maintenir dans un certain calme et le respect de l'autorité, mais aussi dans la position de celui qui pense. L’enfant doit être prêt à réfléchir, assimiler et utiliser ses connaissances. Dans ce sens, Kant écrit : « À l'école, une pensée prend le temps de devenir une pensée ».

L'école forme donc l'homme à pouvoir vivre en société, il ne peut exister de culture et d'apprentissage sans la formation, ce que Kant appelle « les prescriptions de la raison ». Selon lui, cette soumission aux règles de l'autorité et de la raison doit se faire le plus tôt possible pour être efficace, le plus longtemps possible, et être ancré dans l'esprit de l'enfant encore malléable. Le fait d'imposer aux enfants de respecter les règles, la raison et l'autorité, est donc le meilleur moyen de le mettre dans les bonnes dispositions pour s'accomplir et donc devenir un être humain abouti.

Pour prouver sa thèse, Kant va présenter une situation dans laquelle on laisserait l'homme sans régulation extérieure, en le laissant faire selon son bon vouloir, avec une liberté absolue. Cette liberté sans aucune limite finirait par lui nuire et le rendrait animal, égoïste, violent et le renverrait à l'état sauvage, faisant de lui un être vivant en dessous de l'être humain, incapable de vivre en société. Il conserverait ainsi un côté sauvage, avec lequel l'homme naît, comme tout animal, et qui sépare l'homme qui naît de l'homme qui s'est accompli et qui a assimilé les règles régulatrices le rendant bon pour son entourage.

Kant souligne l'importance du « passage du témoin » : les hommes sont éduqués par d'autres hommes qui à leur époque avaient été éduqués par d'autres hommes éduqués et ainsi de suite, afin de garantir une meilleure société et éviter un retour à l'état sauvage. Le fait d'éduquer les êtres humains en devenir – « l'homme ne devient homme que par l'éducation » – n'est pas simplement la tentative de les adapter au monde et à la société tels qu'ils existent, mais c'est aussi faire d'eux de bons citoyens, afin que la société soit meilleure à l'avenir. C'est tout le sens du problème, que Kant révèle en opposant les parents qui font de leur mieux pour que leurs enfants s'en sortent dans le monde tel qu'il est, et les “princes”, ceux qui ont le pouvoir politique, qui peuvent apprécier cette éducation afin de pouvoir maintenir la paix, mais qui peuvent craindre qu'une éducation et une culture trop importantes n'entraînent des remises en cause de leurs pouvoirs, ainsi que des fondements de l’État, qui ne sont pas toujours fruits de la méritocratie.

Kant montre donc que l'éducation, élément fondamental, doit opposer une contrainte à la nature intrinsèque de l'homme, sauvage et non abouti, afin d'en faire un être humain véritable. Il montre que cette contrainte doit être réelle car l'homme a par nature une tendance à s'y opposer s'il sent, de façon légitime ou non, que sa liberté peut être remise en cause par des règles, qu'il décide de rejeter.

Il pense d’un premier élan, à court terme, sans savoir si cela lui sera finalement bénéfique. C'est contre cette nature animale et sauvage qu'il faut travailler, par la raison.

Le philosophe pense d'ailleurs qu'il faut distinguer la volonté, la liberté, et ce que l'homme croit bon, ce qui est simplement une image de la réalité qu'il se fait, quand cela est susceptible de l'arranger. Distinguer ces notions permet de confronter ce désir fort au réel et à la raison. La liberté vient ensuite quand on connaît le bien, le mal, le juste et l'injuste, et que l'homme décide en pesant tout cela, et en pensant au bien commun comme faisant partie de son bien propre, afin de ne pas les considérer comme étrangers l’un à l’autre, et qu'il ne pense pas uniquement à lui et à ses désirs. C'est par ce moyen qu'il deviendra autonome.

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