Réflexions sur l'éducation

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Le rôle de la socialisation : l’éducation négative

Dans un premier temps, l’auteur préconise de considérer les aptitudes naturelles de l’enfant, les soins de base, la santé du corps, et les capacités motrices et intellectuelles simples, de le dépouiller de son côté basique, animal, pour ensuite pouvoir les développer dans une mesure plus complexe : « d’une manière générale on doit observer que la première éducation doit être seulement négative, c’est-à-dire qu’on ne doit rien ajouter aux précautions prises par la nature et qu’il faut seulement ne pas troubler la nature ». Il faut donc ne pas troubler la bonne nature, laisser des marges à l’enfant, et lui permettre de se lancer dans le monde, par la socialisation et la prise en compte de sa personne.

Kant voit dans la socialisation le point de départ de la transmission des connaissances ; en effet, c’est à la fois un point de départ, mais surtout un passage obligé. Cela se fait par la vie en société, et pour les enfants, cela s’entend surtout par l’école. En effet, il ne peut y avoir de culture, de réel savoir sans la formation préalable qui consiste dans la méthode de l’acquisition de ces connaissances. C’est là le rôle de l’école : former les enfants à recevoir l’instruction ; au-delà de l’apprentissage des notions utiles à la vie, à la culture, à la formation pour un travail, Kant voit dans l’institution scolaire un lieu de socialisation primaire, ce que l’on retrouvera dans les travaux de nombreux sociologues bien plus tard. En effet, l’être humain se forme en confrontation avec les autres, au contact de ses semblables, dans des communautés, des groupes divers, des associations, etc. et l’école fait partie de ces cercles de vie en communauté. C’est un endroit où l’enfant va donc apprendre à respecter l’autorité, à respecter les autres, à obéir aux ordres de ceux qui ont justement cette autorité, et à réprimer ses désirs ou des instincts proches de l’animal pour pouvoir faire de la vie en société quelque chose d’harmonieux. En effet, si chacun se maîtrise, la vie en groupe est possible, sinon, elle devient désorganisée, voire dangereuse.

Cette notion de « vivre ensemble » passe ainsi avant même le fait d’assimiler des connaissances, car c’est un préalable. L’école va mettre l’enfant dans des dispositions favorables à cet apprentissage : s’il est socialisé, et qu’il peut vivre en société, il pourra respecter les connaissances de son maître, prendre conscience de l’utilité des connaissances qu’on veut lui transmettre, et donc chercher à s’accomplir. Il pourra ainsi recevoir et acquérir des savoirs. Au-delà d’un rôle simplement passif dans lequel il ne ferait que recevoir une éducation, Kant estime que ces connaissances acquises doivent servir à une étape suivante, celle de la réflexion autonome : l’enfant doit devenir un être savant, puis un être pensant, en réutilisant ce qu’il a appris justement, ce qui se fait progressivement : « À l'école, une pensée prend le temps de devenir une pensée ».

La socialisation est donc l’étape première pour faire des hommes des êtres achevés. Cette formation à la vie en société est évoquée avec « les prescriptions de la raison », en ce sens que les enfants qui se soumettent aux prescriptions de la raison et de l’autorité intègreront ces notions pour toujours, car cela fera partie de leur condition. Il s’agit d’une étape indispensable pour un futur homme abouti.

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