Robur le conquérant

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Résumé

En cette dernière décennie du XIXe siècle, on assiste, aux quatre coins du monde, à un étrange phénomène : une mélodie venue du ciel se fait entendre, comme un air de trompette, parfois accompagné de la vision d’un engin volant. Mieux : on trouve, planté au sommet des plus hauts édifices élevés par l’homme, un drapeau inconnu, étamine noire semée d’étoiles, frappé d’un soleil d’or en son centre.

Mais en cette soirée du 12 juin, les honorables membres du Weldon-Institute de Philadelphie n’en ont cure. Ils sont à la veille de lancer dans les airs le Go a head, le plus grand ballon jamais fabriqué. Leur préoccupation est la suivante : l’hélice qui dirigera l’engin doit-elle être placée à l’avant ou à l’arrière de l’appareil ? Les partisans des deux solutions s’opposent violemment et sont près d’en venir aux mains. À leur tête se trouvent d’une part Uncle Prudent, président du Weldon-Institute, et d’autre part le secrétaire du club, Phil Evans. La houleuse réunion est soudain interrompue par l’irruption d’un individu massif et autoritaire qui se présente sous le nom de Robur. Avec fermeté, il déclare que les membres du Weldon-Institute sont dans l’erreur et que l’avenir de la conquête du ciel appartient non pas aux aérostats plus légers que l’air mais aux machines plus lourdes et que lui, Robur, peut prouver ce qu’il avance. Il est conspué par les personnes présentes, qui n’ont que mépris pour les machines plus lourdes que l’air. On menace même de le lyncher, et Robur, que certains ont affublé du sobriquet de Conquérant, disparaît soudain avant que l’affaire ne tourne mal. La séance est levée. Uncle Prudent et Phil Evans quittent la salle et parcourent les rues de Philadelphie en poursuivant leur querelle à propos de la place de l’hélice, accompagnés par le valet de Prudent, Frycollin, un homme noir d’une rare poltronnerie. Soudain, six hommes se jettent sur le trio, et les trois malheureux se retrouvent enfermés dans une pièce, ficelés, bâillonnés et les yeux bandés.

Ce n’est qu’au bout d’une heure que Phil Evans parvient à se débarrasser de ses liens et à libérer Uncle Prudent et Frycollin. Quand la porte de leur prison s’ouvre, c’est Robur qui apparaît. Le sombre personnage leur fait alors découvrir où il les tient prisonniers : sur un engin se déplaçant haut dans le ciel, propulsé et stabilisé par soixante-quatorze hélices qui fonctionnent grâce à l’électricité. Cette stupéfiante machine est à la fois légère et solide. La plate-forme, longue de trente mètres et large de quatre, et qui rappelle le pont d’un navire, est terminée par un éperon. Le dessous a une forme de coque où sont entreposés approvisionnements et machines. Enfin, sur le pont, se trouvent plusieurs petites cabines d’où Robur dirige son vaisseau des airs et où vivent les huit hommes qui mènent cet étrange navire. En se voyant suspendu au-dessus des terres, Frycollin est envahi d’une terreur compréhensible, mais que ne partagent pas Evans et Prudent. Une fois la première stupeur passée, ils constatent que Robur, hôte courtois mais glacial, n’a aucune intention de les ramener à terre. C’est le début d’un incroyable voyage.

Le navire aérien se nomme l’Albatros. Il a déjà quitté les cieux de Philadelphie. Evans et Prudent ont tôt fait de reconnaître Québec, puis Montréal. Après un rapide survol du Canada, l’Albatros traverse paisiblement le continent nord-américain, dominant les montagnes Rocheuses, les plaines où paissent les bisons, parcourues de trains express que le vaisseau laisse sur place tant sa navigation est rapide. Salt Lake City et Sacramento sont déjà loin quand l’Albatros atteint l’Atlantique Nord. Là, Robur s’adonne à une chasse à la baleine, simplement pour démontrer la puissance destructrice de son vaisseau. Puis on met le cap sur l’Alaska, on passe les Aléoutiennes, on traverse la mer de Béring et l’on passe en l’Asie : le Japon, la Chine, l’Himalaya même, puis l’Inde sont survolés. L’Albatros se joue des obstacles et du mauvais temps, il file rapidement dans les airs, et Robur se fait un malin plaisir de montrer à ses hôtes forcés quelle admirable machine est son navire, combien il s’avère plus fiable et maniable qu’un ballon. Quant aux trois prisonniers, ils subissent leur captivité de diverses manières. Prudent et Evans ne peuvent que constater quel brillant ingénieur est Robur, mais qu’il est aussi un détestable personnage. C’est non seulement un hôte peu amène, mais il peut se montrer cruel, et soumet un jour le pauvre Frycollin terrorisé à un odieux traitement, le suspendant au bout d’un câble pour ne plus entendre ses plaintes. Le malheureux serviteur ne trouve de réconfort qu’auprès du cuisinier, un Français du nom de François Tapage. Evans et Prudent n’ont qu’un but : s’évader. Après un long périple au-dessus de Moscou puis de la Scandinavie, l’Albatros fait halte au-dessus de Paris. Les deux prisonniers en profitent pour laisser tomber à terre une tabatière renfermant un message décrivant leur situation.

Le voyage se poursuit ; l’Italie est survolée, puis la Méditerranée, l’Algérie, le Sahara, Tombouctou. C’est au Dahomey – actuel Bénin – que Robur prouve une nouvelle fois la puissance de son Albatros en intervenant dans le couronnement du nouveau roi et en empêchant le sacrifice de milliers de prisonniers. L’Albatros va partout, domine tout, il semble invulnérable, jusqu’à ce que lors de la traversée de l’Atlantique, en route vers la Patagonie, un tourbillon manque démembrer le vaisseau. Puis on survole le pôle Sud, et Robur, ayant repéré des naufragés en mer, leur fournit des vivres et les remorque vers des secours. Le maître de l’Albatros peut donc donner la vie comme la mort, selon son humeur. C’est au cours de la première escale de l’Albatros que les prisonniers vont s’échapper : des réparations sont nécessaires et un arrêt est fait à l’île Chatam, non loin de la Nouvelle-Zélande. Les prisonniers parviennent à gagner la terre, non sans avoir dissimulé une cartouche de dynamite amorcée sur l’Albatros. Ils coupent le câble et le navire part à la dérive. Quand la dynamite explose, l’Albatros tombe dans l’océan. Nous sommes le 27 juillet.

Prudent, Evans et Frycollin n’ont pas de mal à rentrer en Amérique. Leur retour est salué par des hourras, mais ils ne racontent rien de leur aventure. Pourquoi ce silence ? Ces fervents partisans de la suprématie du ballon dirigeable ne peuvent admettre qu’ils ont tort et que la machine de Robur est bien supérieure à leur Go a head, ce ballongéant. Ils s’attèlent donc à la conclusion de leur projet et le 24 avril suivant, tout Philadelphie est là pour assister au lancement de l’aérostat, piloté par Prudent et Evans. Les choses se déroulent au mieux quand apparaît une menaçante machine : c’est Robur ! Avec les débris de son Albatros, il s’est construit un nouvel engin et il entend bien se venger. Le Go a head tente de s’échapper, en vain. L’enveloppe du ballon crève et les deux aéronautes vont s’écraser quand le nouvel Albatros les récupère et les dépose doucement au sol.

Alors la voix de Robur se fait entendre, formidable : il a compris que l’Albatros est trop en avance sur son temps. Il ne sert à rien d’avoir raison quand on a raison au mauvais moment. La science ne doit pas devancer les mœurs. Quand l’humanité sera assez instruite, elle possédera la science de Robur. Pour l’heure, il préfère se retirer, sans que personne ne sache rien de Robur-le-Conquérant, qui a eu raison trop tôt et à qui l’avenir donnera raison.

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