Sacrées Sorcières

par

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Roald Dahl

Roald Dahl est un écrivain
britannique né en 1916 à Llandaff –
qui deviendra quelques années plus tard un quartier de Cardiff – au Pays de
Galles de parents norvégiens. L’enfant
parle norvégien à la maison avec ses parents et ses deux sœurs. Alors qu’il a
trois ans, il perd une grande sœur presque en même temps que son père, courtier
maritime. Sa mère décide de rester au Pays de Galles pour que ses enfants
bénéficient d’une excellente éducation, comme le souhaitait leur père. Elle
leur conte de nombreuses histoires, riches de nombreux mythes et légendes du
folklore norvégien qui imprégneront l’esprit de l’écrivain. Roald connaît une triste vie de pensionnat en Angleterre à
Weston-super-Mare dans le Somerset. À partir de 1929 il étudie à Derbyshire
dans les Midlands de l’Est. Il ne se distingue pas par ses talents en écriture
mais plutôt en sport, en partie du
fait de sa haute taille (1 m 98). Il s’intéresse néanmoins beaucoup à la littérature, ainsi qu’à la
photographie. Dès ses jeunes années il lit beaucoup Rudyard Kipling, William Makepeace Thackeray, Frederick Marryat et Charles Dickens, qui l’influenceront
beaucoup dans ses propres écrits. Le jeune homme aime particulièrement les histoires de fantômes, dont Trolls du Norvégien Jonas Lie, qu’il
considère comme l’une des meilleurs.

Pendant son enfance et son
adolescence, le jeune Roald passe la plupart des vacances d’été dans la famille de sa mère en Norvège, dont il gardera des souvenirs heureux. Il termine sa
scolarité en 1934 et rejoint la compagnie
Shell
qui le forme deux ans au Royaume-Uni avant de l’envoyer au Kenya puis
dans une région devenue la Tanzanie.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, Dahl devient
lieutenant dans le régiment colonial des King’s African Rifles, puis il rejoint
à Nairobi la Royal Air Force comme pilote, prenant plaisir à survoler les
terres sauvages du Kenya. Tout au long de la guerre il monte progressivement dans
la hiérarchie. On lui fait conduire un appareil obsolète qu’il ne connaît pas
sans le former et du fait de mauvaises indications il subit un crash lors d’un atterrissage dans le désert, qui lui fracture le crâne, lui
brise le nez et le laisse victime d’une cécité temporaire. Il reprend ensuite
ses vols à partir d’une base grecque, puis égyptienne, attaquant des avions
allemands ou vichyistes. Victimes de violents maux de tête, il est déclaré invalide et renvoyé en Grande-Bretagne
avec le grade de Flying Officer. Il se remet puis est envoyé comme attaché d’ambassade à Washington. Ayant
vécu la guerre de près, il vit mal ce poste protégé où les tâches qui lui
incombent ne lui paraissent d’aucune importance. Mais sur place il fait la
connaissance du romancier C. S. Forester
auquel le Saturday Evening Post a
demandé une histoire basée sur les expériences de guerre de Dahl. Le travail
préparatoire du pilote est finalement publié tel quel en août 1942 sous le titre fallacieux Shot Down Over Libya au lieu d’A
Piece of Cake
. Dahl fournit à cette époque des renseignements sur les
activités de Washington aux services secrets anglais et il écrit de la propagande pour les Alliés. Il est
initié aux activités d’espionnage,
notamment par l’espion canadien William
Stephenson
qui restera son ami des décennies durant après le conflit. Dahl est
réformé de l’armée en 1946 ; il a alors le grade de chef d’escadrille et gagné le titre d’as de l’aviation, comptant au moins cinq avions ennemis abattus.

C’est pendant la guerre que
Roald Dahl publie son premier livre pour enfants, Les Gremlins (The Gremlins), en 1943, prévu au départ comme un outil promotionnel pour un film de
Walt Disney finalement jamais réalisé. Les créatures éponymes sont des êtres
espiègles souvent considérés comme responsables des ennuis mécaniques qui
surviennent aux pilotes de la Royal Air Force. Dans le récit de Dahl, elles
comptent se venger de l’aviation britannique car leur forêt a été détruite lors
de la construction d’une usine d’avions. Le héros humain du livre, Gus, dont
l’avion se crashe à cause d’elles, parvient à les convaincre de rejoindre
l’alliance contre Hitler et les nazis. Les créatures sont alors entraînées par
la Royal Air Force pour réparer plutôt que saboter leurs engins.

Parmi les œuvres pour
enfants les plus connues de Dahl figure James et la grosse pêche (James and the Giant Peach), œuvre parue
en 1961. James, dix ans, devient une sorte de Cendrillon pour ses deux tantes acariâtres qui le maltraitent après
la mort de ses parents tués par un rhinocéros. La suite du récit paraît inspiré
par Jack et le Haricot magique car le
petit garçon reçoit un étrange cadeau : des graines extraordinaires qui
ont le pouvoir de rendre heureux. Hélas James les fait tomber parterre, suite à
quoi le pêcher du jardin produit un drôle de fruit qui ne cesse de grossir… et
qui va emmener le garçonnet en voyage avec sa nouvelle famille composée d’insectes.

En 1964 Dahl publie son œuvre la plus connue, Charlie et la Chocolaterie (Charlie
and the Chocolate Factory
). La trame en est bien connue : Charlie
est un petit garçon vivant pauvrement dans un logis où lui, ses parents et ses
quatre grands-parents se trouvent entassés. Sa vie va changer quand Willy Wonka, le propriétaire de la
chocolaterie de la ville, organise un concours
en glissant cinq tickets d’or dans
des tablettes de chocolat, dont les
cinq heureux possesseurs pourront visiter
son usine
et recevoir à vie des sucreries. Il s’agit aussi d’un conte moral : l’enfant qui ne se
comportera pas bien sera puni par là où il aura fauté. L’œuvre a donné deux
adaptations cinématographiques majeures : en 1971 par Mel Stuart et en 2005
par Tim Burton avec Johnny Depp dans le rôle de Willy Wonka.

En 1970 Roald Dahl met en
scène dans Fantastique Maître Renard (Fantastic
Mr Fox
) une sorte de Robin des Bois sous la forme d’un renard qui vole
trois fermiers antipathiques, déjouant leurs pièges, pour nourrir sa renarde et
ses quatre renardeaux. Le conte est une ode à la débrouillardise, à la
résistance contre les esprits bornés. L’œuvre est adaptée avec succès par Wes
Anderson en 2009.

En 1972 Roald Dahl offre
une suite à son grand succès sous la forme de Charlie et le grand ascenseur de
verre
(Charlie and the Great
Glass Elevator
). L’ascenseur de verre du titre est celui de la
chocolaterie, dont Charlie est désormais propriétaire. À cause d’une fausse
manœuvre, Charlie et sa famille sont propulsés dans l’espace où le garçonnet
devra livrer bataille contre des créatures interstellaires belliqueuses, les
Kpoux Vermicieux. Ils s’en sortiront mais de retour à la chocolaterie, les grands-parents
de Charlie abusent d’une potion rajeunissante et deviennent moins que des bébés…

La Potion magique de
Georges Bouillon
(George’s Marvelous Medecine), histoire
parue en 1981, implique elle aussi une potion, celle que confectionne au hasard
des placards de la maison Georges Bouillon, un petit garçon qui compte faire
une farce à son insupportable grand-mère en la lui donnant à la place de son
médicament habituel. Mais le mélange va avoir un effet inattendu : en
effet, la vieille dame va se mettre à grandir, grandir, grandir…

En 1982 Le
Bon Gros Géant
(The BFG)
comme l’indique le titre confronte son lecteur à un géant gentil, un monstre de
tendresse végétarien qui échange les cauchemars des enfants contre de beaux
rêves qu’il leur souffle. Une nuit, il emporte avec lui Sophie, une petit fille
qui ne dort pas, au pays des géants où il leur faudra livrer bataille aux
méchants géants.

Sacrées sorcières (The
Witches
), nouveau livre pour enfants paru en 1983, apprend à ses petits
lecteurs que les sorcières sont en réalité indétectables et ne correspondent
pas aux clichés qu’on véhicule à leur sujet. Cette fois le jeune héros, transformé en souris, va être accompagné par sa grand-mère pour
lutter contre ces méchantes femmes qui détestent les enfants au point de
vouloir tous les transformer en souris.

Roald Dahl publie en 1984 une
œuvre autobiographique, Moi,
Boy
(Boy: Tales of Childhood),
où il répertorie des anecdotes de
son enfance, qu’elles soient tristes
comme dans ce pensionnat où les châtiments corporels ne sont pas
toujours épargnés aux enfants ou cette opération sans anesthésie ; ou plus
heureuses comme ses étés en Norvège.
Globalement, l’enfance et l’adolescence de l’auteur y apparaissent heureuses
malgré la perte assez tôt de son père et de sa grande sœur. Il y fait montre
d’un esprit facétieux et le ton est
souvent ironique.

C’est à nouveau une matière
autobiographique qu’emploie Roald Dahl pour écrire Escadrille 80 (Going Solo), œuvre parue en 1986 où
l’auteur se souvient de ses jeunes années à nouveau mais en commençant par son
travail pour Shell puis en racontant ses années
de guerre
durant lesquelles il semble avoir été protégé par une bonne
étoile. Malgré la gravité des événements décrits l’auteur parvient à conserver un
ton voisin de celui de ses récits pour enfants, plein d’humour.

Retour au récit pour
enfants devenu culte en 1988 avec Matilda, l’histoire d’une petite fille surdouée qui sait lire à
trois ans, et qui adore ça, confrontée à la bêtise de ses parents et de son
frère et à l’affreux caractère de la directrice de son école, Mlle Legourdin.
La fillette a cependant une amie à l’écoute en la personne de Mlle Candy, son
institutrice. Chacune d’elles va s’avérer avoir un rôle important dans la vie
de l’autre.

 

Dans ses œuvres pour la
jeunesse, Dahl raconte l’histoire du
point de vue de l’enfant
, en général confronté à de méchants adultes qui maltraitent les enfants, à l’exception de l’un
d’eux qui fonctionne comme un adjuvant. L’humour
noir
est très présent, et les intrigues apparaissent souvent grotesques, comme la violence qui y est très fréquente. Certains
thèmes ont trait à la conscience de classe
comme dans Fantastique Maître Renard et
Danny, champion du monde. Ses
histoires incluent aussi plusieurs créatures
mythologiques
en provenance des contes
norvégiens
que lui racontait sa mère quand il était petit, comme les géants et les trolls. Nombre de ses histoires sont illustrées par l’Anglais Quentin
Blake
dont le trait simple et dynamique et l’humour des dessins ont marqué
des générations de lecteurs. L’auteur s’est exprimé sur ses intentions :
il écrivait ses histoires pour les
enfants en faisant en sorte qu’elles soient impossibles à lâcher – se sentant en concurrence de la télévision –,
comptant instiller en eux le goût de la lecture, et qu’elles les préparent à un
monde extrêmement dur.

 

En parallèle de sa carrière
d’auteur pour la jeunesse – notons cependant que ces récits-là sont beaucoup
lus par des adultes aussi –, Roald Dahl a écrit une soixantaine de nouvelles macabres pour les adultes, reposant sur un
humour noir et des retournements
finaux. Le recueil Kiss Kiss, paru en 1960, en est un bon exemple ; on y
retrouve la fantaisie de l’auteur à travers, par exemple, l’histoire d’un bébé que
les repas spéciaux qu’on lui donne transforment graduellement en une abeille
géante (Gelée royale). Dans une autre
nouvelle c’est Hitler qui est au
centre de l’histoire, et sa mère qui, après avoir perdu trois enfants, veut
absolument qu’il vive alors qu’il manque de mourir à la naissance (Une histoire vraie).

 

Roald Dahl meurt en 1990 à Oxford du syndrome
myélodysplasique, une maladie de la moelle osseuse.

 

 

« À présent, dans tout
le pays, que dis-je, dans le monde entier, c’était la ruée vers les bâtons de
chocolat. Tout le monde cherchait avec frénésie les précieux tickets qui
restaient à trouver. […] En Angleterre, un illustre savant, le professeur
Foulbody, inventa une machine capable de dire, sans déchirer le papier, s’il y
avait, oui ou non, un ticket d’or dans un bâton de chocolat. Cette machine
avait un bras mécanique qui sortait avec une force infernale pour saisir sur-le-champ
tout ce qui contenait le moindre gramme d’or. Pendant un moment, on crut y voir
une solution. Mais, par malheur, alors que le professeur présentait sa machine
au public, au rayon chocolat d’un grand magasin, le bras mécanique sortit et
arracha le plombage d’or de la molaire d’une duchesse qui se trouvait là par
hasard. Il y eut une très vilaine scène, et la machine fut mise en pièce par la
foule. »

 

Roald Dahl, Charlie et la Chocolaterie, 1964

 

« Maintenant, vous
savez que votre voisine de palier peut être une sorcière.
Ou bien la dame aux yeux brillants, assise en face de vous dans le bus, ce
matin.
Ou même cette femme au sourire éblouissant qui vous a offert un bonbon, au
retour de l’école. Ou encore (et ceci va vous faire sursauter !) votre
charmante institutrice qui vous lit ce passage en ce moment même. Regardez-la
attentivement. Elle sourit sûrement, comme si c’était absurde. Mais ne vous
laissez pas embobiner. Elle est très habile.

Je ne suis pas, bien sûr,
mais pas du tout, en train d’affirmer que votre maîtresse est une sorcière.
Tout ce que je dis, c’est qu’elle peut en être une. Incroyable ?… mais
pas impossible ! »

 

Roald Dahl, Sacrées
sorcières
, 1983

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