Sacrées Sorcières

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L'inspiration de l'auteur

Roald Dahl pioche dans plusieurs éléments pour construire ses histoires. Dans Sacrées Sorcières, il s’appuie sur les différents contes et légendes traitant des sorcières et autres créatures fabuleuses afin de planter son décor. Dans l’histoire, la grand-mère est norvégienne et connaît beaucoup de choses sur les sorcières. De plus, il y est dit que les premières sorcières viendraient de Norvège. Or, les parents de Roald Dahl étaient norvégiens, et il passait ses étés, enfant, dans la famille de sa mère en Norvège, d’où il a conservé d’excellents souvenirs. Roald Dahl se sert donc de son vécu pour créer une trame à ses récits.

Par ailleurs, certains éléments du livre font référence à des mythes folkloriques ou encore à des romans célèbres tels que l’Odyssée d’Homère. C’est ainsi que la transformation de notre héros en souriceau, ou les différents sorts que subissent les enfants de la part des sorcières, peuvent être comparés à la transformation que subissent les amis d’Ulysse lorsqu’ils échouent sur l’île de Circée, à la recherche de nourriture : « Le quatrième était un garçon nommé Harald. Un matin, il se réveilla avec la peau toute jaune, dure et craquelée, comme une vieille noix. Et, le soir, il s’était changé en pierre ». Circée de son côté avait transformé les compagnons d’Ulysse en porcs. La métamorphose est un thème récurrent qui abonde dans les récits mythologiques.

Le récit de la sorcière affreuse, qui n’aime pas les enfants et cherche soit à les manger, soit à s’en débarrasser, est commun. C’est une histoire très souvent utilisée pour faire peur aux enfants. Ici, l’auteur l’utilise pour la tourner en dérision. Certes, les sorcières sont effrayantes, mais elles se voient toutes éliminées par un simple petite garçon, qui plus est transformé en souris. De quoi relativiser le danger que représentent supposément ces méchantes femmes.

Roald Dahl trouve également son inspiration dans la société dans laquelle il vit, qu’il critique de plusieurs manières. Différents traits sont ainsi caricaturés. Tout d’abord, on y aborde le sujet de la délation. En effet, alors que notre héros et sa grand-mère se trouvent à l’hôtel, une des femmes de chambre aperçoit les deux souris du petit garçon. Elle n’hésite pas à en faire un rapport au directeur de l’hôtel, plaçant les deux protagonistes principaux dans une situation délicate. La femme de chambre n’aura ensuite de cesse d’entrer inopinément dans la chambre de l’enfant pour tenter de surprendre les deux souris en dehors de leur cage. C’est là le non-respect de la vie privée, les commérages, la surveillance constante qui sont pointés du doigt. Autre critique que l’auteur semble faire, celle de l’hypocrisie. En effet, dans cette histoire, la Grandissime Sorcière semble jeune et jolie, et parvient à charmer grâce à son sourire et à ses bonnes manières. Or, lorsqu’elle enlève son masque, elle se révèle être d’une monstruosité sans nom et d’une grande cruauté. Elle n’hésite d’ailleurs pas à éliminer une de ses semblables, uniquement car celle-ci a émis une opinion contraire à la sienne. Peut-être peut-on pousser l’analyse jusqu’à y voir une forme d’ironie face aux dictatures, qui ne tolèrent aucune contradiction, et dont les sujets suivent aveuglément les ordres déraisonnés, en les considérant comme avisés. Par exemple, lorsque la Grandissime Sorcière s’adresse à ses subordonnées, celles-ci boivent ses paroles sans se poser de questions : « Ensouite, continua la Grandissime Sorcière, chacoune de vous irra acheter… Elle s’arrêta. – Quoi donc ? demandèrent les sorcières. Dites-nous, Ô magnanissime, ce que nous devons acheter. – Des magasins de bonbons ! – Des magasins de bonbons ! répéta le chœur. Nous achèterons des confiseries. Quelle idée géniale ! »

Une critique des forces de l’ordre peut être discernée aussi, car Roald Dahl fait dire à la grand-mère que jamais les sorcières n’iront en prison, comme si une collusion, très courante dans l’histoire, entre forces de l’ordre et tyrannie, ou société secrète, était évoquée. Cette communauté clairement semble au-dessus des lois et continue d’agir impunément.

Roald Dahl puise donc son inspiration dans plusieurs sources, et l’on se rend bien vite compte que ses histoires sont bien plus que de simples récits divertissants destinés aux enfants, certains thèmes sérieux sont en effet incidemment abordés.

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