Sacrées Sorcières

par

L'humour

L’auteur emploie une large palette decomiques, qui rendent ses livres très accrocheurs et particulièrement agréablesà lire pour les enfants dont l’attention n’est pas toujours simple à capter. RoaldDahl aime jouer avec la langue : il s’amuse avec les mots, les phrases ouencore la ponctuation. Ainsi, son histoire est visuellement très riche, de par seschangements d’écriture (italique) et sa ponctuation prononcée avec un emploidémesuré de points d’exclamation ou d’interrogation. Certains mots sont répétéspour donner une dimension comique à la situation ou pour créer une impressionde ridicule, d’autres mots sont inventés par l’auteur, au gré de ses envies – « fantabilissime »,« sorcièrologue » – et de ses besoins. Les verbes employéssont forts et dénotent une certaine exubérance du propos. On remarque donc unelibération de la parole et un plaisir manifeste à jouer avec le verbe, afin delui donner amplitude et comique ; par exemple, lorsque Roald Dahldécrit la haine des sorcières pour les enfants : « Unevraie sorcière déteste les enfants d’une haine cuisante, brûlante,bouillonnante, qu’il est impossible d’imaginer. Elle passe son temps àcomploter contre les enfants qui se trouvent sur son chemin. Elle les faitdisparaître un par un, en jubilant. Elle ne pense qu’à ça, du matin jusqu’ausoir. Qu’elle soit caissière dans un supermarché, secrétaire dans un bureau ouconductrice d’autobus. Son esprit est toujours occupé à comploter et conspirer,mijoter et mitonner, finasser et fignoler des projets sanglants. »

La caricature lui permet également de provoquerle rire, à la manière de Molière qui créait des personnages basés sur lacaricature de certains traits de caractère (tel Harpagon dans L’Avare).Roald Dahl insiste donc sur certains aspects de la personnalité ; par exemple,les Jenkins sont des parents antipathiques, qui ne s’inquiètent même pas de cequ’a pu devenir leur fils Bruno, disparu. Ils ne se soucient que de leurconfort, et leurs habitudes ne doivent en aucun cas être dérangées. La présenced’autrui les incommode fortement. Ils sont d’ailleurs le seul couple à l’écartdans le salon commun de l’hôtel. Les Jenkins sont la parfaite caricature desgens guindés qui observent les gens de haut et ne se sentent nullementconcernés par le monde qui les entoure. C’est pour cela que la transformationde leur fils Bruno en souriceau est une sorte de mauvaise blague jouée parl’auteur, qui les oblige à entrer dans un monde fantastique inconcevable et àmettre en place une nouvelle ligne de vie puisque Mme Jenkins, qui a horreurdes souris et qui est folle de son chat, va devoir apprendre à s’occuper de sonfils nouvellement transformé. Le directeur de l’hôtel est une caricature duprétentieux, avec son costume en queue de pie et ses cheveux en brosse, sonrespect des manières anciennes qui, pense-t-il, le placent au-dessus des autres.Il est le type du bourgeois conservateur.

La présence du comique de gestes, souvent accompagnéd’illustrations simples mais efficaces, participe à l’humour typique qu’onretrouve chez Roald Dahl. Certaines scènes sont ainsi fortement exagérées, oupeu probables. C’est notamment le cas de la scène dans la cuisine où l’un descuisiniers se tord en se frappant pour tenter de se débarrasser de la sourisqui lui grimpe le long de la jambe, à l’intérieur du pantalon, souris qui n’estautre que notre héros. Le comique de la scène est amplifié par l’attituderidicule de cet homme et par les rires sarcastiques des collègues présents. Latentative d’explication infructueuse de l’homme finit de clôturer de façongrandiose cette scène très humoristique.

L’humour permet généralement à Roald Dahl de désamorcerla gravité de situations qui auraient quelque chose de trop angoissant pour unjeune lectorat. Il lui permet entre autres de se confronter avec plus delégèreté et de recul à certaines de ses peurs.

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