Tandis que j'agonise

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Sentiment du devoir et pauvreté

La situation financière misérable des Bundren et leur extrême pauvreté est un des thèmes principaux du roman. Souvent obligés de recourir à une aide extérieure, ils ont à l’égard de leur situation un ressenti particulièrement négatif : leur pauvreté les place dans une situation de dépendance qui se marie mal avec leur fierté, combinaison qui offre au lecteur une vision bien pathétique de cette famille. Leur condition ne leur laisse que peu de temps pour s’apitoyer sur leur sort, aussi, les considérations matérielles prennent le pas sur les sentiments.

« Et puis, on n’est pas au monde pour avoir une vie facile. Il n’y aurait pas de raison pour être bon et mourir. »

Ainsi, les Bundren se voient embarqués dans un périple improbable malgré leur situation précaire. Mais c’est plus la fierté mal placée du père de famille qui ne veut pas admettre que la requête de sa défunte épouse est au-dessus de ses moyens, plutôt qu’une quelconque affection qu’il ait pu ressentir pour elle, qui le fait poursuivre ce long trajet funéraire.

« C’est un fait à remarquer qu’un homme paresseux, un homme qui n’aime pas le mouvement, s’entête toujours à aller de l’avant une fois qu’il est parti. C’est exactement comme quand il refuse de bouger. Comme si ça ne serait pas tant le mouvement qu’il déteste que le fait de partir ou de s’arrêter. On dirait presque qu’il est fier de tout ce qui peut survenir pour donner à son mouvement ou à son immobilité l’air d’être difficile. »

Le sens du devoir occupe une place centrale dans le récit. Si c’est la fierté qui empêche Anse de s’arrêter, c’est le sentiment d’un devoir dont il doit s’acquitter qui le pousse à entreprendre son improbable voyage avec les membres de la famille. Tout au long de l’expédition, le père de famille invoque le devoir qui doit tous les pousser à accomplir leur tâche. La défunte, à l’occasion des pensées qu’elle exprime avant sa mort, qualifie aussi sa relation conjugale comme étant un devoir. De ce fait, elle se résigne à une existence vide de joie et de bonheur.

Le devoir est une valeur, très noble et prégnante dans le Vieux Sud américain, que William Faulkner présente dans un cadre peu glorieux, au gré d’une quête qui se révèle quelque peu absurde, étant donné que ce qui peut apparaître comme le caprice d’une morte est tout près de faire sombrer une famille qui a du mal à subsister.

« Je lui avais dit de ne pas amener ce cheval, par respect pour sa défunte mère, parce que ça n’a pas bonne façon de le voir caracoler ainsi sur ce sale cheval de cirque, alors qu’elle voulait que nous soyons tous avec elle dans la charrette, tous ceux de sa chair et de son sang ; mais, nous n’avions pas plus tôt dépassé le chemin de Tull que Darl s’est mis à rire. Assis sur la banquette avec Cash, sa mère couchée sous ses pieds, dans son cercueil. Et il a eu l’effronterie de rire. »

 

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