Tandis que j'agonise

par

Un style narratif particulier, entre intériorité et isolement

Faulkner est considéré comme l’une des figures majeures du modernisme en littérature. Son écriture, très particulière, peut être qualifiée d’expérimentale dans le sens où la forme est soigneusement travaillée afin d’en faire un outil au service du message. La technique du « courant de conscience »,  qui consiste à écrire le flot des pensées tel qu’il se déroule dans l’esprit des personnages, est un moyen pour Faulkner de rendre perceptible toute leur complexité et leur profondeur psychologique.

Ainsi, dans Tandis que j’agonise, la narration passe par le point de vue des différents protagonistes. Reflétant la pensée humaine par nature désordonnée, le texte saute rapidement d’un sujet à l’autre. Les personnages révèlent leur monde intérieur, leurs angoisses et leur espoir, décrivant le monde extérieur tel qu’ils le perçoivent.

Le style employé par l’auteur dépend donc du point de vue et de la personnalité de celui dont les pensées nous sont révélées : tour à tour simple et brut, ou complexe et allusif. L’auteur intervient en tant que narrateur extérieur seulement pour préciser des faits matériels dans un style simple et efficace.

La structure particulière de la narration, avec chaque personnage livrant ses pensées tour à tour, contribue à révéler une profonde solitude. La vie intérieure de chacun est faite de peurs, de colère et d’espoir, les sentiments sont tous mis à nu par la technique du courant de conscience. Le personnage de Darl, qui occupe une bonne part de la narration, est isolé des autres par sa sensibilité très développée. Il éprouve à l’égard des membres de sa famille des sentiments ambivalents qui vont de la loyauté et de l’empathie à un détachement insensible extrême.

Il apparaît plus encore que les personnages s’isolent les uns des autres par les conflits qui les opposent et les ressentiments qu’ils nourrissent. Ils s’isolent autant que l’auteur les isole dans leurs courants de pensée respectifs. Ainsi, une certaine désillusion souvent affleure : « Lui aussi avait un mot. Il appelait ça l’amour. Mais il y avait longtemps que j’étais habituée aux mots. Je savais que ce mot était comme les autres, rien qu’une forme pour combler un vide. »

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