Un barrage contre le Pacifique

par

Entre espoir et illusions

Un barrage contre le Pacifique est avant tout l’histoire d’une lutte, d’une bataille sans fin pour la survie du petit monde qui est celui de la famille de Joseph et Suzanne, perdu au milieu des concessions indochinoises.

Ainsi, lutte et espoir et désillusions se mêlent particulièrement dans le personnage de la mère. Le roman s’ouvre de toute manière sur une tonalité tout à fait annonciatrice de la suite des évènements : le cheval, tout nouvellement acheté par la famille, et qui incarne l’espoir de la possibilité d’une terre cultivable, de semences et de labours qui permettront à la famille de devenir prospère, ou du moins de vivre de manière plus digne, meurt dès les premières pages. Tué dans l’œuf, l’espoir d’une tentative d’amélioration des conditions de vie est tout de suite abattu, présageant d’un mauvais augure qui poursuivra les personnages tout du long.

Comme nous l’avons dit, la mère transporte tout particulièrement ces sentiments d’espoir et de désillusions mêlées. Elle est à la tête de sa famille et doit assurer le rôle de capitaine, de tenancière, et de barre directrice du navire qu’est sa famille. Ainsi, elle doit tout à la fois redresser sa concession, trouver des solutions aux problèmes que sont le manque de nourriture, l’inconfort, l’intolérance des autochtones, et dans le même temps convaincre ses enfants de la soutenir. En effet, ceux-ci ont depuis longtemps renoncé à l’espoir d’une quelconque opportunité sur la concession de leur mère. Elle doit donc livrer un combat ardent afin de continuer à nourrir quelque espoir en eux, au risque de voir ceux-ci s’exiler en ville, même si elle-même n'y croit que brièvement.

La mère agit ainsi comme le cœur d’une lutte, s’évertuant donc à maintenir autour d’elle des forces positives, en oppositions aux éléments extérieurs qui semblent contaminer son foyer et détruire tout l’espoir qu’elle tente d’y faire croître. Ainsi, sa décision de marier Suzanne à Mr. Jo semble être finalement une ouverture dans cette logique de conservation de son intérieur, de rejet des éléments extérieurs : elle tente de combler l’échec et le vide installés en son foyer par la présence d’une force externe, espérant que celle-ci se muera en espoir.

Cependant, nous avons vu que l’œuvre s’ouvre sur la mort du cheval, or, la fin du roman nous apprendra que celle-ci n’était qu’un pâle écho au dénouement de l’histoire : en effet, c’est la mère qui prend, dans les dernières pages, la place du cheval. Tuée à la tâche, elle meurt sans avoir pu accomplir le sauvetage de sa concession. Tous les efforts pour lesquels elle se battait sont morts avec elle puisque son fils et son frère s’en sont allés, et ne sont pas dans une situation plus enviable qu’auparavant. Sa fille se voit soumise à un homme qu’elle n’aime pas réellement, et les paysans avec qui la mère tentait une alliance retournent à leur système quasi-féodal d’exploitation de la terre. Ainsi, malgré les tentatives d’une vie meilleure, l’œuvre semble être une condamnation du système colonial de l’époque par les désillusions et les infamies qu’il provoque.

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