Un barrage contre le Pacifique

par

Une écriture au plus près de la parole

Toute la qualité, l’honnêteté et la spontanéité du roman est porté par le personnage de la mère de Suzanne et Joseph. C’est par elle, la figure matriarcale d’une famille qui s’efforce de ne pas partir à la dérive, que le lecteur peut ainsi appréhender la complexité de la situation des protagonistes, les tentatives que ceux-ci mettent en œuvre pour se sortir de leurs conditions de vie précaires de « petits blancs » en Indochine, et les désillusions permanentes auxquelles ceux-ci sont confrontés.

Ainsi, le style d’écriture ne demeure pas étranger à cette représentation de l’histoire. La plume de Duras elle-même, les mots employés sont le reflet de la narration présentée par le narrateur omniscient, qui porte sur les évènements un regard très proche. La structure du récit révèle en effet cette correspondance entre le fond et la forme de l’œuvre : la première partie de celle-ci, qui relate la vie miséreuse de la famille dans leur unique bungalow, est constituée de longs chapitres. La lenteur des évènements, de la narration, du temps qui s’écoule apparaît donc comme un écho à la langueur de la mère, Joseph et Suzanne, qui n’attendent de la vie qu’un petit signe en forme d’encouragement mais semblent déjà découragés. En effet, le roman s’ouvre sur un signe annonciateur qui met le lecteur dès le départ dans l’embarras et lui présente la situation de manière brutale : la mort du cheval de la famille. Le troisième chapitre uniquement semble écrit d’un ton plus rapide, plus empressé, et traduit ainsi l’urgence de la situation : il s’agit du passage dans lequel la mère oblige Mr Jo, fortuné et influent, à...

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