Une bouteille dans la mer de Gaza

par

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Valérie Zenatti

Chronologie : Vie &
Regards sur les œuvres principales

 

1970 : Valérie Zenatti naît à
Nice dans une famille juive séfarade.
Enfant, elle est passionnée de lecture. À treize ans, elle part avec sa famille
vivre à Beer-Sheva, une ville du district sud d’Israël, dans le
désert du Néguev. Sa culture juive est
le lieu de contradictions : si elle rejette la religion juive, elle
éprouve une fascination pour la Bible et le Talmud ; en outre, malgré la
souche séfarade de sa famille, elle se sent ashkénaze. À dix-huit ans, comme
toute israélienne, elle doit effectuer un service
militaire
d’environ deux ans. Elle reviendra faire ses études d’histoire et d’hébreu
en France. Elle devient quelques années journaliste à la radio, puis elle passe le CAPES d’hébreu et
devient professeure en lycée à
Lille, avant d’entamer en parallèle une carrière littéraire d’abord dans la littérature jeunesse en 1999, avec Une addiction, des complications, sur la séparation de ses parents vue
par un enfant de onze ans. En 1997,
la rencontre de l’écrivaine Geneviève Brisac aura été déterminante pour trouver
le courage de terminer sa première œuvre.

2002 : Dans le roman Quand j’étais soldate, Valérie
Zenatti offre un point de vue singulier sur un pays connu pour sa culture
militaire. À travers les pages, le lecteur découvre que le service militaire
initie bien entendu les jeunes gens, qui deviennent des matricules sous des
uniformes, à une discipline – les
réveils à quatre heures et demie du matin, l’obéissance aux consignes –, au
maniement des armes, au langage codé des pilotes du camp adverse, à l’histoire
et à la géographie des pays voisins, mais qu’il contribue également à créer une identité et des liens au
sein d’une génération. L’auteure a réalisé son service militaire durant la
Première Intifada, entre 1988 et 1990, et le lecteur découvre une jeune
fille plutôt insouciante, éprise de littérature, qui gagne en maturité lors de cette expérience, et espère
en la paix. C’est aussi une fenêtre sur la vie
quotidienne
en Israël, où l’armée, la conscription, font viscéralement
partie du quotidien. Le récit se distingue par un certain humour.

2004 : Aharon Appelfeld (1932-), célèbre
romancier et poète israélien que Valérie Zenatti traduit, reçoit le Prix
Médicis étranger
pour le récit autobiographique Histoire d’une vie, où il
raconte son parcours de fils d’un couple de Juifs moldaves qui rejoint la
Palestine alors que sa famille est exterminée dans les camps nazis. Il parle notamment
de son héritage de Juif d’Europe central, confronté à la nouvelle culture qu’il
y découvrait.

2005 : Dans Une bouteille dans la mer de Gaza, Valérie Zenatti se penche
sur le conflit israélo-palestinien
d’une façon tendre et incarnée en imaginant la correspondance entre une jeune fille israélienne et un jeune homme
palestinien. Tal, fille de militants
pacifistes vivant à Tel-Aviv, est très touchée par les attentats qui frappent
Israël et l’hostilité régnant entre ses compatriotes et les Palestiniens. Elle
veut comprendre, elle veut créer un lien avec ce monde qui lui est interdit,
au-delà du mur de 700 km dressé entre Israël et son voisin. À cette fin, elle
confie à son frère, qui fait son service militaire à Gaza, une bouteille
contenant un message. Elle recevra une réponse de Gazaman, le pseudonyme que s’est choisi un jeune Palestinien,
bourru, cynique, qui parle sans fard de son quotidien et du conflit. Dès lors
démarre une correspondance entre les deux jeunes gens parfois pleine de ressentiments, en tout cas sans mièvrerie, et souvent pleine d’humour. Ce roman peut fournir un
prolongement, dès l’adolescence, à la lecture d’une œuvre voisine, Si tu veux être mon amie, autre
correspondance mais entre deux jeunes adolescentes des deux camps. L’œuvre, qui
a remporté de très nombreux prix,
est adaptée au cinéma en 2012 par le
réalisateur Thierry Binisti.

2006 : Le titre du roman Les Âmes sœurs fait référence au
lien étroit qui se noue entre Emmanuelle,
mère et épouse surmenée, et Lila,
héroïne d’un roman qui va, au gré d’une déambulation dans Paris, ouvrir une parenthèse dans la vie de sa lectrice.
Au cours de cette journée « volée » à sa vie de famille, Emmanuelle
médite, fait le bilan de sa vie, a le sentiment de reconquérir un temps libre,
en éprouve une ivresse, réfléchit à ce qui est primordial pour elle, repense
aux pertes qu’elle a vécues, délaissant et reprenant sa lecture, qu’elle
partage avec le lecteur.

2009 : Vérité, vérité chérie est un exemple d’ouvrage pour la jeunesse
écrit par Valérie Zenatti. Il reprend la légende du Petit Chaperon rouge, cette fois à travers les yeux d’une petite louve, petite-fille du célèbre
loup qui avait tenté de tromper la fillette. C’est suite à un devoir qu’on lui
demande à l’école à propos de son grand-père que Camille, la petite louve en
question, va se pencher sur un secret
familial
. L’œuvre illustre la nécessité de ne pas cacher la vérité, et
aborde divers sujets : la rumeur,
le pardon, le crime et sa punition, voire
la réinsertion du criminel dans la
société, tout cela de façon légère, humoristique
et ironique.

Le roman En retard pour la guerre, paru la
même année, plonge le lecteur dans le quotidien d’une jeune femme
française qui, en Israël, vit sous la menace imminente d’une attaque chimique
et d’une guerre en 1991, à la veille
de la Guerre du Golfe. Constance Kahn a en effet décidé de s’installer à
Jérusalem pour écrire son mémoire sur l’historiographe judéen du Ier
siècle ap. J.-C. Flavius Josèphe, et le lecteur la suit dans son quotidien fait
d’angoisse, de doutes, de remise en question, d’un chaos émotionnel qu’elle peine à maîtriser.

2014 : Le roman Jacob, Jacob offre un éclairage original sur une histoire de la
Seconde Guerre mondiale peu connue,
celle des jeunes Juifs alors incorporés dans l’armée de libération. L’auteure en parle à travers le parcours de
Jacob, ce jeune homme de dix-neuf ans, dernier né d’une famille modeste de Constantine, tout juste sorti de
l’adolescence, véritable rayon de soleil au sein de son foyer, brillant, beau,
généreux, passionné de Victor Hugo, que le lecteur suit du désert algérien au
débarquement de Provence, découvrant la solidarité mais subissant aussi la
perte de ses camarades, le rude hiver alsacien.

 

 

 

« Nous sommes nés là où
la terre brûle, où les jeunes se sentent vieux très tôt, où c’est presque un
miracle lorsque quelqu’un meurt de mort naturelle. Et moi, je veux continuer à
croire que, si lui et moi parvenons à nous “parler” vraiment, ce sera
la preuve que nous ne sommes pas des peuples condamnés à perpétuité à la haine,
sans remise de peine possible. »

 

« Le jour où je
travaillerai dans un hôpital uniquement pour des patients qui auront le cancer,
une maladie du cœur, des jambes cassées, ça voudra dire que tout va bien, qu’on
a un pays normal. Ça fait trois ans qu’on soigne les blessés par balles, par
éclats de missile. Quand j’ai choisi de devenir infirmier, je pensais soulager
les souffrances inévitables, celles qui proviennent du dérèglement mystérieux
des corps, pas du dérèglement des hommes. Qui va arrêter ça ? Et quand ? »

 

Valérie Zenatti, Une bouteille dans la mer de Gaza, 2005

 

« À la caserne de
Touggourt, on prend à peine le temps de répondre à la femme qui s’exprime
moitié en français moitié en arabe, passe du vouvoiement au tutoiement de
manière incohérente, appelle “mon fils” le lieutenant qui s’est
arrêté un instant pour l’écouter, touché, elle lui évoque sa grand-mère corse,
elle est à la recherche du sien, de fils, il est tirailleur, Jacob Melki, il a
une très belle voix et des cheveux châtains, une cicatrice sur le crâne côté
gauche, il s’est cogné au coin de la table quand il avait un an et demi, il
était sage mais plein de vie aussi, il avait dansé en battant des mains, perdu
l’équilibre, c’est comme ça qu’il s’est cogné, il a beaucoup saigné, ça saigne
tellement la tête, j’ai couru avec lui dans les bras jusqu’au dispensaire sans
m’arrêter, sans respirer, maintenant il est soldat français, tu ne sais pas où
il est mon fils ? »

 

Valérie Zenatti, Jacob, Jacob, 2014

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