Une bouteille dans la mer de Gaza

par

Un mélange entre épistolaire et narration

Leroman se divise en deux points de vue : celui de Naïm, plongé dans lequotidien ténébreux de Gaza, et celui de Tal, immergée dans une Jérusalem oùelle tente de vivre sa vie de lycéenne normalement. Ces deux focalisationsdifférentes sont elles-mêmes divisées en deux modes de narration : lacorrespondance entre les deux personnages par messagerie interposée (toutd’abord, par courriels, puis via une messagerie instantanée) et le récit à lapremière personne du quotidien de chacun, d’un point de vue interne.

Lajuxtaposition de ces deux modes de narration rend le récit particulièrementriche dans la diversité des points de vue, des émotions retranscrites, et lacompréhension des relations de chacun avec son entourage ainsi que de sarelation à lui-même en est enrichie. En effet, lorsque survient la missive de Gazaman au chapitre « Laréponse », un véritable lien s’installe entre les deux protagonistes enmême temps qu’une complicité avec le lecteur. De plus, aucun des messagesqu’ils s’enverront par la suite ne sera daté. Cette absence de repère temporelpermet au lecteur d’avoir le sentiment d’être une fois près de Tal, l’autrefois près de Naïm, au rythme de leurs échanges, sans être influencé par unetemporalité qui obligerait à respecter une unité de temps objective. Parexemple, lorsque Tal envoie plusieurs messages d’affilée face auxquels Gazamanreste muet, nous pouvons ressentir la hâte de la jeune fille au-travers de lamultiplicité de ses e-mails, nous fier aux indications temporelles données parelle seule, sans être contraint de les lire dans un cadre temporel défini. C’estune temporalité subjective qui affleure ici, qui place le lecteur au plus prèsdes personnages.

Cemode épistolaire permet également l’usage d’un registre courant, parfois mêmefamilier, qui donne de l’authenticité au texte. La brièveté des phrases et laponctuation utilisée permet de rendre un effet de capture sur le vif desémotions de l’émetteur et la teneur réaliste du roman s’en ressent. Le publicjeune visé peut de la sorte mieux s’identifier aux personnages et prendreconscience de la réalité de leur vie, en se sentant si proche d’eux.

Cespassages épistolaires sont ponctués de passages narratifs, racontés au traversd’une focalisation interne. Ainsi, le lecteur peut avoir un complément idéalaux évènements décrits dans les lettres. À travers eux on comprend mieux lemode de vie et de pensée de Naïm et le caractère si cynique, ironique de sesréponses. C’est également le cas pour Tal, qui décrit au lecteur son quotidien,sa famille et les évènements marquants qui l’ont poussée à vouloir entamer unecorrespondance. La relation avec son frère Eytan prend davantage de relief lorsde ces moments narratifs, c’est par exemple à travers eux que la scène où ellelui remet la bouteille contenant sa première lettre est contée, ainsi que larévélation d’Eytan lorsqu’il lui apprend qu’il est pleinement au courant de sacorrespondance. Cette alternance entre épistolaire et narration, outre qu’ellepermet une variété dans le style et le discours, permet une compréhensionbeaucoup plus affinée des personnages et les revêt d’une plus frappante réalité.Le lecteur a l’impression de les cerner de toutes parts.

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