Une bouteille dans la mer de Gaza

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Le récit d’un quotidien de guerre

Tout d’abord, l’histoire s’ouvre sur la description de l’attentat du café Hillel à Jérusalem, attentat qui donne à Tal le désir farouche d’écrire à un des habitants de « l’autre côté ». Ce désir de partage et de connaissance de ce que l’on ignore, de ce que l’on veut connaître, s’incarne dans une description fidèle de son quotidien et dans l’attente que son interlocuteur fasse de même.

La manière dont Naïm et Tal relatent leur vie quotidienne montre ce que c’est que d’être un jeune dans une ville en guerre ouverte avec un pays voisin. Les deux correspondants abordent leur vie de façon très différente. En effet, Tal décrit avec émotion les attentats perpétrés contre sa ville et explique la façon dont ces évènements sont décrits aux informations – avec forcément le point de vue du journaliste israélien qui l’accompagne. Elle raconte sous la forme d’anecdotes, par exemple, lors de sa dispute avec Ouri, son petit ami, à la sortie d’une salle de cinéma, les situations banales qu’elle vit et qui revêtent un caractère exceptionnel aux yeux de Naïm. Lui décrit son quotidien à Gaza comme étant horriblement étriqué, restreint, les libertés sont réduites à une marge minuscule et la pression exercée sur son existence se ressent dans toute son amertume.

Au lieu des passages anecdotiques de Tal qui parsèment toute l’œuvre, au cours desquels elle nomme, de manière anodine, un lieu public, un café, un film qui lui paraissent tout à fait normaux et qui ne sont en rien exceptionnels, Naïm, lui, prend le contrepied total en décrivant en quelques lignes succinctes sa bande de Gaza et son manque radical de liberté, de possibilité de divertissement : « Là, tu as la bande de Gaza. Vingt-cinq kilomètres de long, dix de large. Autour, des barbelés, avec sept « points de passage ». Les Palestiniens sont enfermés hermétiquement dans leur jus, des cornichons dans un bocal, si tu veux. »

Les lieux de vie respectifs des deux jeunes gens s’opposent donc radicalement dans leur description : d’un côté, la vie de Tal qu’elle apprécie mais que les affrontements détériorent, de l’autre, le quotidien lugubre de Naïm qui ne connaît rien d’autre que les privations qu’il a toujours endurées.

L’aspect tragique inhérent à cette opposition entre les deux correspondants trouve cependant un contrepoint dans les préoccupations secondaires de Tal, ses sorties entre amis, sa famille aimante, les films qu’elle apprécie, ses émois amoureux et le tumulte de ses sentiments d’adolescente. De même Naïm connaît des moments de joie. Ainsi, la jeunesse de l’un comme de l’autre parvient à alléger le fardeau de la guerre et à rappeler au lecteur que les deux protagonistes sont avant tout des êtres humains ayant les mêmes préoccupations que celui ou celle qui tient l’ouvrage entre ses mains.

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