Une partie de campagne

par

Un récit construit sur une dualité

Lerécit semble donc mettre en relief une opposition entre la campagne et laville : d’un côté le monde rural où tout semble permis, rien n’est bridéet les passions peuvent librement s’extérioriser. De l’autre, le monde de laville où c’est la souffrance qui règne en maître, la déception et la monotonie.Cependant, nous allons voir que le récit est ambivalent en ce que chacun de cesconcepts semble pour autant à nuancer.

En effet, lorsque les Dufour quittentParis au début du récit, le lecteur s’attend légitimement à une descriptionagréable et champêtre de la campagne qui s’étend à l’extérieur de la ville. Or,c’est l’exact opposé qui attend le lecteur, l’environnement semble encoreplus répugnant que la ville : à perte de vue, ce n’est qu’« une campagne interminablement nue, sale et puante. »Cette description s’accompagne d’odeurs typiques des paysages industriels, telsque le pétrole ou le schiste, qui s’éloignent en tous points de lareprésentation que l’on se fait habituellement de la campagne. La luxuriantecampagne n’arrive qu’après que la Seine a été franchie une deuxième fois, maiscet avant-goût peu agréable semble montrer que dans toutes merveilles,demeurent des pièges dont il faut se méfier, ici celui d’une tentationcharnelle qui poursuivra Henriette toute sa vie.

Maupassant s’attache également à installercette dualité jusque dans les émotions mêmes. En effet, lorsqu’Henriette selaisse aller à l’étreinte d’Henri, elle ressent des émotions si contradictoiresqu’au plaisir semble mêlée une angoisse, et même une douleur incomparable, suiviespar une tristesse insondable : elle se met à pleurer, se « révolta », semble êtredevenue une proie, tant et si bien que le lecteur n’est plus certain de sonréel désir. Lorsque l’acte est consommé, tous deux semblent tristes etdésillusionnés : « ils semblaientdevenus ennemis irréconciliables, comme si un dégoût se fût élevé entre leurscorps, une haine entre leurs esprits. »

Ainsi, jouant sans cesse de cette dualitéentre plaisir et horreur, entre envie et frayeur, Maupassant nous montre à quelpoint l’esprit humain est facilement corruptible et en proie à des émotionscontradictoires. Il met en évidence le fait que tout au long d’une vie,l’humain est confronté à des passions qui vont en sens contraire l’une del’autre et que c’est à chacun de parvenir à s’y abandonner ou à les maîtriserau bon moment.

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