Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée

par

La leçon de l'amour

Lorsque Neruda écrit ce recueil, il n’est alors âgé que devingt ans. Nous lisons ici les poèmes d’un jeune homme qui retranscrit sespremiers émois amoureux. Il chante la passion absolue pour la femme aimée qui « occupetout », dont la pensée annihile tout le reste, dont le souvenir esttellement obsédant qu’aucun poème ne peut l’épuiser. Il se nourrit d’elle aux « gobelets[de ses] seins », il « persistedans [la grâce de son corps] ».

Dans le vingtième poème, il semble avoir retrouvé saclarté d’esprit, il peut à nouveau écrire avec lucidité : « Qu’est-ceque ça peut faire que mon amour n’ait pas pu la garder. La nuit est étoilée etelle n’est pas avec moi. C’est tout. Dans la distance quelqu’un chante. Dans ladistance ». Il tente de se faire une raison, de mettre un terme à sonpropre amour déçu. Même la structure du recueil, qui place en conclusion sa « Chanson désespérée », semblealler dans le sens de cette déception amoureuse. Vingt poèmes d’amour et dedévotion sont donc égalés dans leurs efforts, dans leur espoir, par un uniquepoème désespéré – comme si l’amour avait moins pesé, malgré toutes sesoccurrences, que le désespoir solitaire qui lui est resté.

« Je ne l’aime plus, c’est certain, mais peut-êtreque je l’aime

Aimer est si court, oublier est si long.

Parce qu’au travers de nuits comme celle-là je l’ai tenuedans mes bras,

Mon âme n’est pas satisfaite de l’avoir perdue » (« Je peux écrireles vers les plus tristes cette nuit »)

Le poète découvre la faillibilité de l’amour, leschangements dont il peut être victime. Avec des mots simples et de courtesphrases, il décrit ce sentiment consécutif à la fin d’un grand amour : ladifficulté qu’il y a à reconnaître l’extinction de la passion. Il estfinalement capable de qualifier leur histoire en ces termes : « l’accouplementfou de l’espoir et de l’effort dans lequel nous nous mêlions etdisparaissions ». C’est désormais « l’heure du départ », etle poète fait ses adieux à la femme qu’il a aimée et qu’il n’oubliera pas.

En plus des changements de l’amour, le poète évoque dansce vingtième poème les changements que le sentiment a provoqués en lui : « Etc’est bien la même nuit qui blanchit les mêmes arbres. Mais nous autres, ceuxd’alors, nous ne sommes plus les mêmes ». Il n’idéalise plus la femmecomme au départ du recueil, et il admet qu’elle puisse ne pas lui appartenir.L’auteur est parvenu à maturité concernant la perception qu’il avait del’amour.

 

 

Il s’agit ici d’un livre extrêmement touchant par sasincérité et sa grâce. Le lecteur suit avec intérêt l’évolution des sentimentsdu narrateur, dont l’histoire est universelle : une passion dévorante, uneséparation douloureuse, la fascination pour l’amante, la difficulté àcommuniquer avec l’objet de son amour, et enfin la désillusion inhérente à larupture définitive.

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