Comment devient-on ouvrier?

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  • Publié le : 21 février 2010
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Comment devient-on ouvrier ?

Gustave Flaubert, dans son dictionnaire des idées reçues définit l’ouvrier comme étant « toujours honnête quand il ne fait pas d’émeutes » illustrant la tradition conflictuelle et revendicatrice de la « classe dangereuse » (L. Chevalier) ; tradition qui semblerait s’effacer devant les « nouveaux mouvements sociaux », post-matérialistes, malgré des conditions detravail, niveaux de salaire… qui pourraient justifier des actions collectives plus nombreuses ou même un taux de syndicalisation plus élevé. Ces phénomènes apparaissent comme des symptômes à l’effritement de la conscience de classe ouvrière.
Pourtant, un peu plus de 25% des actifs français occupent aujourd’hui ce métier. Cette position sociale recouvre de multiples fonctions et ne semble pluspouvoir être définie uniquement par un métier, devant l’apparition de nouvelles formes d’organisation du travail et de la production notamment. En effet, une socialisation particulière parait indispensable pour adhérer à ce groupe social spécifique que forment les ouvriers. Il apparait ainsi singulier que l’apprentissage d’un métier ainsi que l’adhésion à une culture particulière par le biais de lasocialisation doivent aller de pair pour pouvoir « devenir ouvrier ». Le problème semble d’autant plus intéressant que la question de la fluidité sociale se révèle en filigrane. Par quels moyens adhère-t-on à ce groupe spécifique ? A-t-on vraiment le choix d’y entrer ?
Si devenir ouvrier c’est adhérer à un groupe social particulier, par le biais d’une socialisation spécifique, la question de lacontrainte ou du choix d’un tel avenir se pose alors.

Devenir ouvrier, c’est adhérer à un groupe social particulier, qui se définit à l’origine par sa position au sein de la division du travail et intégrer une culture particulière par la socialisation.
En effet, être ouvrier c’est occuper une fonction sociale particulière. Celle-ci se définit par un emploi salarié et par une utilisationmanuelle de la force de travail. Cette position au sein de la division social du travail va, de par les évolutions du travail, dépasser la « solidarité dans la différence » crée par l’interdépendance d’individus de plus en plus autonomes et décrite par Emile Durkheim dans de la division du travail social (1893) pour mettre en place un processus de domination, d’aliénation de la classe ouvrière. Bienqu’elle soit source de gains de productivité (Comme le montre A Smith dans le premier chapitre de la recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations), la parcellisation des taches, accentuée avec le taylorisme dépossède selon K. Marx, l’individu du sens de son travail, lui interdit d’exercer ses facultés. Ainsi le travail en miettes décrit par Georges Friedmann en 1956 et illustrépar Charlie Chaplin dans « les temps modernes » a très largement entrainé une perte du savoir faire ouvrier et une déqualification avec l’apparition des OS (Ouvriers Spécialisés, appellation qui cachait surtout une déqualification). Devenir ouvrier semble donc revenir à apprendre un métier manuel et non qualifié. Néanmoins, avec la crise des industries tayloro-fordiennes et l’apparition denouvelles formes de l’organisation du travail, les ouvriers doivent devenir plus polyvalents et leur embauche nécessite aussi souvent le contrôle de « savoir être » mais aussi de « savoir faire » validés par les diplômes notamment. Devenir ouvrier passerait ainsi par l’apprentissage d’une fonction de production même si l’emploi occupé n’est plus forcément manuel mais occuper cette position revient il àintérioriser une forme de domination ? En effet, selon K. Marx, la position au sein de la division du travail est le principal déterminant de la position au sein de la structure sociale. En démontant le moteur de l’histoire, K Marx livre une aliénation de la classe ouvrière. Pour lui, les « rapports sociaux de production » sont déterminés par les « forces productives » et ainsi la classe...
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