Humanisme

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  • Publié le : 24 mai 2010
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L’humanisme est une vision du monde où tout gravite autour de l’homme comme tout gravitait autour de Dieu dans la vision antérieure en Occident. Ainsi défini, l’humanisme est le produit d’une révolution copernicienne inversée: l’homme, auparavant satellite de Dieu, devient l’astre central.

Les humanistes à la Renaissance, ces hommes qui redécouvraient l’Antiquité avec enthousiasme, n’avaientpas achevé ce renversement. L’homme pouvait prendre plus de place dans la pensée et dans les arts sans se substituer à Dieu au centre de tout. Les figures humaines sculptées par Donatello, peintes par Holbein ou décrites par Thomas More ne se prennent nullement pour des dieux. Elles ne sortent pas de leur orbite. Dans leur nudité, dans leur vérité, elles inspirent au contraire la compassion. On estsurtout frappé par leur humilité.

Cet humanisme renaissant est un humanisme chrétien. L’homme s’observe et se représente lui-même, mais à la lumière du Dieu dont il s’est distingué depuis le Moyen Âge, avec pour lui-même autant de compassion que d’admiration. La révolution copernicienne inversée s’accomplira plus tard, avec Kant.

Elle est accomplie quand Napoléon rencontre Goethe à Erfurten 1808. Le maître des hommes dit au maître de leur esprit : «Vous êtes un Homme» (autre interprétation, il aurait dit de Goethe: «Voilà un Homme». Ce mot a inspiré le commentaire suivant à Paul Valéry: «Vous êtes un Homme. Un Homme? C’est-à-dire une mesure de toutes choses et c’est-à-dire un être auprès duquel les autres ne sont que des ébauches et des fragments d’hommes, des hommes à peine, carils ne mesurent pas toutes choses comme nous le faisons vous (Goethe) et moi (Napoléon).»

L’homme ici n’est pas seulement la pyramide qui sert à mesurer les ombres à ses pieds, il est aussi le soleil qui éclaire la pyramide.

Valéry emprunte l’expression mesure de toutes choses à Protagoras, l’auteur de cet aphorisme souvent cité dans les discussions sur l’humanisme: «L’homme est la mesure detoutes choses, de celles qui sont pour ce qu’elles sont, et de celles qui ne sont pas pour ce qu’elles ne sont pas.»

Pour Platon et Aristote, qui ont été parmi les premiers à le commenter, cet aphorisme équivaut, au sujet de la connaissance, à une prise de position que nous qualifierions de relativiste ou de subjectiviste: l’être n’est rien d’autre que ce qui est appréhendé par la connaissancesensible ou intellectuelle de l’homme. Pour l’un et l’autre de ces grands philosophes, ce n’est pas l’homme mais Dieu qui est la mesure de toutes choses.

Au début du XXe siècle, le philosophe écossais F.C.S. Schiller, auteur de Humanism, Philosophical Essays, s’inspirera de l’aphorisme de Protagoras pour soutenir que la vérité ou la fausseté dépendent de ce à quoi l’on tend, que touteconnaissance est subordonnée à la nature humaine et à ses besoins fondamentaux. Ceux qui soutiennent que les valeurs au centre de notre éthique ne peuvent être que le contenu d’un consensus auquel nous accédons par le dialogue sont aussi des disciples de Protagoras.

Valéry écrit le mot Homme avec une majuscule. C’est pour lui l’homme accompli qui est la mesure de toutes choses et non pas l’hommequelconque dont parle Protagoras. L’éloge qu’il fait de Goethe est une apothéose. On peut comprendre qu’il divinise Goethe, mais quand il fait le même honneur à Napoléon, on est amené à penser qu’il partage au fond les vues de Protagoras: l’homme accompli n’existe pas hors de la conception qu’en a Paul Valéry. Si un jour un homologue de Valéry présente Hitler comme un être accompli et s’il suscite unconsensus autour de son opinion, que pourra-t-on lui objecter?

Nous nous rapprochons par là de l’humanisme défini comme une «conception générale de la vie (politique, économique, éthique) fondée sur la croyance au salut de l’homme par les seules forces humaines» (Denis de Rougemont). Dans cette perspective, le néo-libéralisme qui préside à l’actuelle mondialisation est un humanisme, comme hier...
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