Abraham Lincoln : L’homme qui rêva l’Amérique

par

Résumé

Homme clé d’un des grands
changements dans l’histoire des États-Unis, Abraham Lincoln est souvent devenu
une référence pour les présidents ultérieurs, l’exemple d’un combat pour une
cause juste et d’une attitude magnanime envers ceux qui lui étaient opposés.
C’est cette illustre figure que l’historienne Doris Kearns Goodwin décide
d’explorer pour révéler l’étendue des talents de diplomate et toute l’humanité
de cet homme dont nombre d’Américains se souviennent comme un des leurs avec
fierté.

 

Au moment de choisir leur
représentant pour l’élection présidentielle de 1860, les membres du tout
nouveau Parti républicain (une coalition de plusieurs mouvements politiques
dont les abolitionnistes, les whigs et les conservateurs) choisissent pour
s’opposer aux démocrates, souvent des grands propriétaires terriens en faveur
de l’esclavage, un jeune avocat de Springfield en Illinois : Abraham
Lincoln. Loin d’être le favori dans cette course à la direction du parti, Lincoln
s’est d’abord cru perdant face à des poids lourds de la politique
étasunienne : le sénateur William Henry Seward, qui a été donné gagnant
dans la presse et qui bénéficie de la tutelle de Thurlow Weed ; le juriste
Salmon P. Chase dont le puritanisme l’a convaincu de militer ardemment pour
l’abolition de l’esclavage ; et Edward Bates, le juge dont les ambitions
politiques sont fortement contrebalancées par l’amour qu’il porte à sa famille.
Si les trois hommes ne sont pas choisis, c’est parce que certaines de leurs
prises de position leur ont mis à dos une ou plusieurs factions du Parti
républicain. Si Lincoln finit par l’emporter, c’est en raison de sa modération,
de sa compréhension du public développée pendant les années où il travailla au
sein du tribunal itinérant, et du soutien indéfectible de ses amis.

Une fois élu, Lincoln doit
composer avec le mépris public des démocrates qui raillent aussi bien ses
origines populaires que son manque d’expérience politique, puisqu’il avait
perdu une élection au poste de sénateur face au candidat démocrate, Stephen
Douglas. Mais ses anciens compétiteurs au sein du Parti républicain n’éprouvent
pas non plus une grande estime pour lui. Seul Thurlow Weed, au sein d’une
délégation chargée d’annoncer officiellement à Lincoln sa nomination à la tête
du parti, commence à soupçonner les qualités dont ce dernier fera preuve à
l’avenir. Il écrit d’ailleurs : « [Lincoln] a un tel bon sens, une
telle connaissance intuitive de la nature humaine, des vertus et des infirmités
des politiciens, que j’ai été favorablement impressionné par ses capacités
qu’il sera sans doute amené à révéler en assumant sa charge. »

Une des premières
décisions de Lincoln confirme l’intuition de Weed puisqu’il invite ses anciens
rivaux à la course pour la direction du parti à le soutenir dans sa campagne
électorale. Il parvient donc à s’assurer les voix de ceux qui sont profondément
attachés à chacun des trois hommes et tire ainsi avantage de l’énorme soutien
dont bénéficie l’aristocrate Seward, dans la presse comme parmi les députés
républicains. La présence à ses côtés de son épouse Mary Lincoln, née Todd,
joue aussi en sa faveur, car l’aisance sociale dont elle fait preuve vient
adoucir la simplicité des manières du candidat présidentiel républicain.

Face à lui, naviguant
entre les démocrates sécessionnistes et les fédéralistes, Stephen Douglas se fait
élire à la tête du  Parti démocrate. Les
positions de Lincoln sur l’esclavage, qu’il veut contenir aux seuls états où il
est déjà en vigueur, radicalisent l’attitude des états du Sud qui menacent de
se séparer et de créer leur propre fédération. Douglas, un modéré, entreprend
de sillonner tout le pays pour sa campagne et devient « le premier
candidat à la présidentielle de l’histoire de l’Amérique à faire en personne la
tournée du pays tout entier ».

Dans le Nord des États-Unis,
personne ne prend au sérieux les menaces de sécession du Sud, qui sont
confondues avec des tentatives de pression politique, au cas où Lincoln serait
élu. Le 6 novembre 1860, le Parti républicain remporte l’élection, et le
lendemain, Lincoln a déjà formé sur papier son cabinet au sein duquel il a
prévu que ses anciens rivaux occupent des postes importants : Seward se
voit offrir le portefeuille le plus prestigieux, celui de Secrétaire d’État
(l’équivalent du ministre des Affaires Étrangères), Chase est convié à diriger
le Trésor américain (l’équivalent du ministre des Finances) et Bates deviendra
le procureur général des États-Unis (ou ministre de la Justice). La composition
du reste du cabinet reflète le désir de Lincoln de créer un gouvernement
représentant toutes les tendances du Parti républicain : les whigs, les
démocrates abolitionnistes et les partisans du Sol libre. Si Bates accepte sans
problème, pour les autres, il faudra de nombreuses négociations, car Seward comme
Chase sous-estiment Lincoln et veulent placer des personnes qui leur sont
proches à des postes clés, afin d’avoir la mainmise sur les décisions que le
cabinet prendra. Plusieurs mois seront donc nécessaires avant que tous les
postes ne soient attribués.

Pendant ce temps, Seward
tente de calmer l’ire des députés démocrates en prononçant un discours devant
le Sénat où il adopte une attitude aussi conciliatrice que possible afin de
maintenir l’Union. Cela lui attire les foudres des républicains radicaux et de son
épouse Frances Seward qui lui écrira : « Les compromis fondés sur
l’idée que la préservation de l’Union est plus importante que la liberté de
près de quatre millions d’êtres humains ne peuvent être justes. »  Vient alors le temps pour Lincoln de prononcer
son discours d’investiture où il s’engage à conserver l’Union, à ne pas
s’attaquer à l’esclavage dans les états où il fait partie de la législation, à
ne pas lancer d’hostilités armées contre le Sud, mais à ne pas reculer non plus
en cas d’attaque contre le gouvernement : « il n’y aura de conflit
que si vous êtes vous-mêmes les agresseurs ». Les journaux sudistes
s’enflamment car ils se sentent provoqués par ce qu’ils considèrent comme une
déclaration fanatique, tandis les radicaux républicains s’emportent, notamment
l’ancien esclave Frederick Douglass, un abolitionniste convaincu, en raison de
la modération des positions prises.

Le lendemain de
l’investiture, une crise éclate : les troupes fédéralistes campées dans le
Fort Sumter, au large de Charleston, la capitale de la Caroline du Sud, un état
esclavagiste, doivent être ravitaillées. Or ce ravitaillement pourrait être
pris comme une offensive contre les états sécessionnistes. Selon ce qui
deviendra son habitude, Lincoln va prendre le temps de réfléchir et de
consulter son cabinet ministériel : Hannibal Hamlin, son vice-président ;
Seward ; Chase ; Simon Cameron, le ministre de la Guerre ; Bates ;
le ministre des Postes, Montgomery Blair ; le ministre de la Marine,
Gideon Welles ; et Caleb B. Smith, le ministre de l’Intérieur. L’enjeu est
de maintenir l’État de Virginie dans l’Union. Lincoln envoie Stephen Hurlbut
prendre le pouls du sentiment unioniste en Caroline du Sud, et suite à de
nombreuses délibérations, décide de ravitailler le fort. L’incident révèle de
plus en plus à Chase et à Seward qu’ils ne sont pas les forces motrices
derrière les décisions prises par Lincoln, qu’ils considèrent moins qualifié qu’eux
pour assumer la charge présidentielle. Quand celui-ci se résout à envoyer le
plus puissant navire de guerre de la marine étasunienne, le Powhatan, pour escorter les remorqueurs
devant ravitailler Fort Sumter, les forces confédérées décident d’attaquer le
fort. Neuf mille hommes viennent affronter les soixante soldats unionistes, et
même si un seul soldat du Nord meurt, cela équivaut à une déclaration de
guerre. Le pays se divise en deux. La Virginie se sépare. Le conflit commence.

Le Nord sous-estime le Sud
et beaucoup pensent qu’en peu de temps la sécession sera écrasée. La guerre
durera quatre ans et coûtera six cent mille vies. Les positions sur les
objectifs de la guerre varient au sein du gouvernement et des républicains. Si
Seward et Lincoln lui-même veulent maintenir et défendre l’unité, d’autres
comme Frances Seward considèrent que la guerre est une lutte contre
l’esclavage. Celle-ci fait preuve d’une étonnante clairvoyance quand elle
reconnaît que la « guerre peut durer des années et entraîner “un immense
sacrifice en vies humaines” ». À cette tension s’ajoute la crainte d’une
crise diplomatique avec la Grande-Bretagne où un parlementaire a proposé
d’offrir une reconnaissance officielle à la Confédération sudiste. Une missive
du ministre des Affaires Étrangères, adoucie par Lincoln, brisera la
possibilité d’un soutien de la Grande-Bretagne et de la France envers le Sud.

Grâce aux talents de Chase
dans la gestion des finances, l’Union obtient assez de fonds pour financer la
guerre. Alors peut avoir lieu le premier affrontement, la bataille de Bull Run,
qui marque d’abord une forte avancée des forces fédéralistes, mais qui se
termine par une victoire de la Confédération. C’est la première nuit d’insomnie
et de réflexion stratégique pour Lincoln : il se rend compte de la
désorganisation des forces unionistes composées de bénévoles engagés à court
terme, et du degré de préparation des forces confédérées. En décidant de n’envoyer
au front que des soldats à long terme et en systématisant leur entraînement, il
s’avère fin stratège.

Il commet cependant une
erreur en recrutant le général Gorge McClellan, trente-quatre ans, et en le
nommant à la tête de l’armée du Potomac, seulement parce qu’il vient de mettre
fin à une guérilla dans l’Ouest de la Virginie. Lincoln fonde de nombreux
espoirs sur McClellan surnommé « le jeune Napoléon », avec à
l’horizon une refonte de l’Armée fédéraliste, mais celui-ci, opiniâtre,
extravagant et ambitieux, s’oppose au général en chef Winfield Scott, qu’il
désire remplacer. Le conflit entre les deux hommes se traduit par la fin de la
carrière de Scott et le début de relations ambivalentes entre McClellan et
Lincoln, surtout parce que le premier va systématiquement remettre en cause
l’autorité du président et à trois reprises faire preuve d’un immobilisme qui
va ralentir le cours de la guerre, tout en étant dépourvu du sens de
responsabilité pour ses actions personnelles.

L’autre décision que
Lincoln regrette en ces moments de crise, c’est la nomination de Cameron, qui
fait preuve de népotisme, utilisant les fonds publics à des fins personnelles.
Poulain de Chase, Cameron avait déjà été impliqué dans plusieurs scandales.
Lincoln met fin à sa carrière au ministère de la Guerre et choisit Edwin
Stanton, un avocat, comme successeur. Cette décision, qui a le soutien de
Seward et de Chase, change le cours du conflit, car Stanton instaure un système
efficace de traitement des communications. Pendant ce conflit, Mary Lincoln va
entretenir et charmer l’élite washingtonienne. Le 5 février 1862, un bal se
tient à la Maison Blanche où brillera comme à l’accoutumée Kate Chase, la fille
de Salmon P. Chase, célébrée pour sa beauté et pour le soutien indéfectible
qu’elle apporte à la carrière de son père. Le succès du bal se combine aux deux
victoires  militaires consécutives du
général Ulysses Grant, dont l’attitude personnelle et professionnelle tranche
avec celle de McClellan : sobriété et efficacité. Lincoln le promeut
général de division.

Malheureusement, peu avant
le bal, Willie Lincoln, le cadet du couple présidentiel, tombe gravement
malade. Il souffre de la typhoïde, qui sévit dans la capitale. Son frère aîné
Tad est aussi atteint mais à un degré moindre. Willie mourra, à la grande
tristesse de ses parents, mais sa mère en restera la plus affectée : elle
tombe en dépression et se détourne de son autre fils. Lincoln s’assure que Tad
obtienne les soins qu’il requiert et il s’efforce d’être présent auprès de lui,
autant que l’effort de guerre le permet. Mary ne veut plus entendre parler de
Willie tandis que Lincoln s’en rappelle autant que possible. À cette tragédie
personnelle s’ajoute l’immobilisme de la grande armée du Potomac sous le
commandement de McClellan, qui s’est laissé intimider par de faux canons, en
réalité des troncs d’arbre peints en noir. Ce scandale, la Quaker Guns Affair, marque le début du désenchantement public concernant
McClellan, qui se retournera contre Stanton et initiera une campagne
diffamatoire à son encontre. Lincoln défendra son ministre de la Guerre et
mettre fin à cette vendetta.

C’est au cours de l’année
1862 que Lincoln adopte graduellement l’idée de l’abolition de l’esclavage dans
tous les États-Unis. Tout d’abord, il propose à son cabinet une abolition
progressive avec dédommagement des propriétaires. Ensuite, se rendant compte
que la main d’œuvre gratuite permet aux soldats confédérés de se concentrer sur
leurs batailles, il décide de proclamer l’abrogation de l’esclavage, ce qui
marque un changement drastique par rapport à ses idées initiales, en offrant la
possibilité aux esclaves libérés d’immigrer vers l’Amérique du Sud ou vers
l’Afrique. La délégation d’esclaves affranchis que Lincoln va recevoir lui fait
comprendre que l’idée leur répugne parce qu’ils « sont autant natifs de ce
pays que leurs oppresseurs. Ici ils sont nés ; ici, selon toute
considération de justice et d’humanité, ils sont en droit de vivre ».

Enragé par le discours de
Lincoln à la délégation, qui suppose une incapacité pour les  deux « races » de vivre ensemble en
raison de l’inévitable « supériorité des avantages de la race
blanche », Frederick Douglass prendra la plume pour dénoncer ce préjugé en
expliquant qu’il résulte des relations entre les deux groupes telles qu’elles
ont été définies par l’esclavage : « la haine du nègre et le préjugé
de couleur ne sont des vices ni innés ni invincibles mais les effets de cette
source de toutes les injustices et de tous les crimes :
l’esclavage. ». Lincoln renonce donc à l’exil forcé des Afro-Américains.

McClellan tergiverse
encore, sacrifiant le général John Pope, au lieu de le secourir comme il en a
reçu l’ordre. Lincoln, qui est le seul homme du gouvernement à lui faire encore
confiance, cède à ses demandes et le promeut temporairement : McClellan se
voit confier le commandement des forces de Washington. C’est à ce titre qu’il
commandera les forces unionistes pendant la bataille d’Antietam. L’immobilisme
caractéristique de McClellan après sa victoire signe la fin de sa carrière
militaire. Il est remplacé par le général Ambrose Burnside, puis par le général
Joseph Hooker – deux erreurs tactiques –, et ensuite par le général George
Meade.

Pendant ce temps, en plus
des tensions constantes au sein du cabinet en raison de la multiplicité des
allégeances qui y sont représentées, Lincoln en personne devient l’objet d’une
campagne de sabotage menée par Salmon P. Chase. Le président désire garder son
ministre des Finances pour ses habiletés administratives, mais au fur et à
mesure que la guerre avance et que la fin du mandat présidentiel approche,
celui-ci se lance dans une course non officielle à sa succession. Se sentant
négligé au sein du cabinet, il multiplie les lettres de démission, ce qui
contraint Lincoln à aller l’apaiser à chaque fois.

 Quelques jours après la nomination de Meade, a
lieu la bataille de Gettysburg opposant le général Robert Lee, héros de la
Confédération, qui a multiplié les victoires malgré son désir initial de ne pas
participer à la guerre, et le général Meade à la tête des forces unionistes. Plus
de cinquante mille vies sont perdues au cours de cet affrontement dont le Nord
sort vainqueur. Peu après, Grant contraint le général John C. Pemberton à se
rendre suite au siège de Vicksburg. Lincoln nommera Grant commandant de toutes
les armées de l’Union, un titre que « personne n’a obtenu depuis Georges
Washington ». William Tecumseh Sherman prendra la relève de Grant à
l’ouest du front de bataille. C’est sous le commandement de Sherman qu’Atlanta
tombera.

Cette victoire vient consacrer
la réélection de Lincoln à la tête du Parti républicain, après une période
trouble où Chase tente de saper l’autorité de Lincoln au sein de son propre
gouvernement et dans la population. Il s’allie les faveurs de la presse, écrit
abondamment  aux « officiels locaux,
aux principaux représentants des deux chambres, aux généraux et aux
journalistes, pour dénoncer les manquements du gouvernement de Lincoln. »
Lincoln n’est pas dupe mais continue à traiter son ministre respectueusement. S’éloignant
des manœuvres politiques, il se rend sur le champ de bataille de Gettysburg où
il prononce son célèbre discours qui sera enseigné dans toutes les écoles des États-Unis
par la suite. Il revient à Washington où un article élogieux vante les qualités
du ministre des Finances. Ensuite, un extrait de l’autobiographie de Chase, The Ferry-Boy and the Financier, paraît
dans le but de démontrer que le ministre est plus qualifié que le président pour
assumer des hautes charges de gouvernement. Finalement, la circulaire Pomeroy,
qui affirme que Salmon P. Chase est le seul candidat capable de diriger les
républicains, d’abord adressée de manière confidentielle à des républicains
mais qui sera publiée dans la presse, galvanisant les soutiens de Lincoln, scelle
le sort de Chase, qui retire sa candidature. Lincoln sera élu représentant
républicain pour un deuxième mandat.

La guerre s’enlise ; le
général Lee lance une offensive contre Washington, menée par le général Jubal
Anderson Early et ses quinze mille soldats. Partout dans le pays, après quatre
ans de conflits armés, les appels à la paix se font entendre, même chez les
Confédérés qui élisent le général McClellan comme leur représentant pour
l’élection présidentielle. Le 19 septembre 1864, Philip Sheridan « lance
une offensive brutale mais victorieuse qui anéantit plus d’un quart de l’armée
de Early », dans la vallée de Shenandoah. Le 8 novembre, Lincoln remporte
son deuxième mandat présidentiel. En mars 1865, il va rejoindre Ulysses S.
Grant et son épouse sur le dernier champ de bataille à Petersburg, accompagné
de Mary son épouse. Cela fait plus de quarante jours que Grant assiège la
ville. Rejoints par Sherman, le président et le commandant des forces armées
discutent des stratégies à adopter. Lincoln souhaite qu’une fois la guerre
terminée, les soldats des deux camps puissent retourner le plus rapidement
possible à leur vie quotidienne, sans aucune humiliation. Tous espèrent qu’il
s’agit de la dernière bataille ; la chute de Petersburg signifie la prise
de Richmond, la capitale de la Virginie : le général Lee se rend et
l’Union remporte la guerre.

Suite à cette reddition,
Lincoln prend la parole de la Maison Blanche et réaffirme son désir de
réintégrer les états sudistes dans la fédération, d’assurer le droit de vote à
tous les hommes de couleur et d’accorder « le bénéfice de l’école publique
aux Noirs comme aux Blancs ». Son discours ne plaît pas à toutes les
personnes présentes, notamment à l’acteur prosudiste John Wilkes Booth, qui
décide alors de comploter pour mettre fin à la vie de Lincoln avec David Herold
and Lewis Payne. Le plan s’accomplira le 14 avril 1865, après que les Lincoln eurent
passé une journée agréable en famille, avec leurs amis. Amateurs de théâtre,
Mary et Abraham ont prévu d’aller voir Our
American Cousin
. Leurs plans ayant été rendus publics, Booth a prévu de
tuer le président au Ford’s Theatre où la représentation aura lieu. Lewis Payne
doit se rendre à la résidence des Seward où le ministre des Affaires Étrangères
est alité suite à un accident de carrosse. Payne poignardera le ministre ainsi
que ceux qui viennent à son secours, tandis que Booth tirera une balle dans la
nuque du président, après être entré dans sa loge sous le prétexte d’avoir un
message à lui apporter. Seward survivra à ses blessures. Lincoln mourra le 15
avril après avoir lutté toute la nuit. Le pays tout entier est en émoi. Pour
son enterrement, deux cent mille soldats viendront faire une marche d’honneur,
tandis que les écoles et les édifices publics seront fermés. Le ralliement du
public montre qu’Abraham Lincoln a atteint sa plus grand ambition :
« celle d’être aimé par mes compatriotes en me rendant digne de leur
estime ». Il est devenu un exemple non seulement dans son pays mais à
travers le monde et pour longtemps.

 

Du portrait que Doris
Kearns Goodwin dessine du seizième président des États-Unis, il ressort que les
décisions prises par Abraham Lincoln n’étaient pas seulement le résultat de
l’influence de ses ministres les plus expérimentés, mais issues de convictions
propres nées de son aptitude à écouter, de son humilité, qui ont fait de lui un
visionnaire en termes de droits humains, d’intelligence politicienne et de
politique intérieure. Ses décisions ont été souvent marquées par le désir de
restaurer et d’unifier, de préserver la dignité de toutes les personnes impliquées
dans des conflits aussi bien interpersonnels qu’armés, par un profond respect
de l’humain. C’est un portrait qui montre aussi le rôle joué par les diverses
figures féminines qui évoluent autour du président, autant par sa propre épouse
que par toutes les femmes présentes dans la vie des personnalités politiques
les plus en vue pendant la présidence de Lincoln.

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