Alice au pays des merveilles

par

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Lewis Carroll

Lewis Carroll est le nom de plume de Charles Lutwidge Dodgson, écrivain
anglais né en 1832 à Daresbury (comté
de Cheshire, à la frontière nord de l’Angleterre avec le Pays de Galles, non
loin de Manchester), dans une famille anglicane du courant Haute Église,
conservatrice, comptant de nombreux officiers dans l’armée et hommes d’Église,
d’un père pasteur qui deviendra
archidiacre, marié à sa cousine. Charles est le fils aîné et le troisième d’une
fratrie de onze. Quand Charles a onze ans, la famille déménage à Croft-on-Tees dans
le Yorkshire du Nord.

L’éducation du jeune Charles se fait à domicile.
Les archives de la famille conservent la liste de ses lectures qui témoignent d’un intellect
précocement développé 
; il lit par exemple Le Voyage du pèlerin (The
Pilgrim’s Progress
) de John Bunyan à l’âge de sept ans. L’élocution de
l’enfant est en revanche frappée d’un bégaiement
partagé avec plusieurs autres membres de la fratrie. À douze ans, Charles
part étudier dans un collège près de Richmond (Yorkshire du Nord), puis à la
Rugby School deux ans plus tard. C’est un élève
brillant
qui se distingue notamment en mathématiques. À dix-huit ans il
part étudier au collège Christ Church
qui fait partie de l’université d’Oxford, où il se montre toujours un élève
brillant mais souvent distrait. Il y obtient son Bachelor of Arts en 1854 et restera y enseigner les mathématiques toute
sa vie
.

Le jeune homme rencontre plusieurs artistes,
notamment dans le cercle des préraphaélites,
et se lie d’amitié avec John Ruskin à partir de 1857, et Dante Gabriel Rossetti, un des fondateurs du mouvement. Il
fréquente aussi l’auteur écossais George
MacDonald
(1824-1905), pionnier dans le genre fantastique, qui
l’influencera beaucoup et deviendra une sorte de mentor. C’est l’accueil enthousiaste d’Alice par les enfants de celui-ci qui décidera Carroll à la
publication du récit.

Charles Dodgson a écrit dès le jeune âge de la
poésie et des nouvelles, dont sa famille a connaissance via la publication familiale Mischmasch, connue pour avoir abriter la
première version du célèbre poème « Jabberwocky ». À partir de 1854,
il publiera divers textes humoristiques,
souvent satiriques, dans des périodiques de plus ou moins grande
ampleur. Son pseudonyme de Lewis
Carroll apparaît en 1856,
accompagnant la publication du poème « Solitude » dans le petit
magazine The Train – son second
prénom, Lutwidge, se traduit par Ludovicus
en latin, qui donne Lewis en anglais ; Carroll est un nom de famille
irlandais parent du latin Carolus, qui
a donné Charles.

Lewis Carroll se lie à partir de 1856 avec la famille du nouveau doyen
de Christ Church, les Liddle, dont
une des filles, Alice, aurait
inspiré l’héroïne de Carroll, l’auteur ayant cependant nié que les enfants de
ses œuvres aient des correspondants réels. Mais c’est sur l’insistance d’Alice
Liddle qu’il couche sur papier en 1863 une histoire qu’il lui avait racontée,
d’abord intitulée Alice’s Adventures
Under Ground
, et publiée chez Macmillan en 1865 sous le titre Alice’s Adventures in Wonderland, accompagnée
d’illustrations par Sir John Tenniel,
un caricaturiste alors célèbre – Carroll avait lui-même illustré son récit au
préalable. L’histoire en est bien connue : la rêveuse Alice, sept ans et
demi, qui s’ennuie alors que sa sœur lui lit un livre sans images se retrouve,
après avoir suivi un lapin blanc qui
parle, toujours pressé (The White Rabbit), au Pays des Merveilles (Wonderland), où tout est loufoque, absurde – obéissant au nonsense
carrollien –, paradoxal, et où elle
rencontrera de nombreux personnages hauts en couleur, dont le Chat du Cheshire (the Cheshire Cat), le
Lièvre de Mars (the March Hare), le
Chapelier (the Hatter), le Dodo, le Roi et la Reine de cœur (The King and the Queen of Hearts) ou la Chenille (the Caterpillar). Dans ce
monde la petite fille est cependant beaucoup rudoyée, insultée, et manque de se
faire décapiter. L’immense succès de
l’œuvre, à un niveau international, change la vie de l’auteur. La reine
Victoria elle-même l’aurait beaucoup aimée. Malgré sa nouvelle richesse,
Dodgson poursuit son métier d’enseignant qu’il goûte pourtant peu. Comme on le
sait, l’histoire d’Alice connaîtra, et subira parfois, un très grand nombre
d’adaptations sur tous les supports artistiques.

En 1871 Lewis Carroll offre une suite aux
aventures d’Alice, Alice : De l’autre côté du miroir
(Through the
Looking-Glass
, and What Alice Found There), toujours illustrée
par Tenniel, qui a un ton plus sombre,
peut-être du fait de la mort du père de Dodgson trois ans plus tôt, qui lui a
valu une dépression. Le récit, toujours basé sur l’absurde et le non-sens, et
surtout ici l’inversion, voit passer
Alice dans un autre monde non par le biais d’un terrier de lapin mais après avoir
traversé le miroir du salon où elle s’ennuyait. Les cartes à jouer sont cette
fois des pièces d’échec bien
vivantes ; parmi les personnages principaux l’on retrouve l’œuf Gros Coco
(Humpty Dumpty), le Cavalier Blanc
(the White Knight), Blanc Bonnet et Bonnet Blanc (Tweedledum et Tweedledee), qui récitent le poème « Le Morse et le Charpentier »
(« The Walrus and the Carpenter »), la Reine Blanche et la Reine
Rouge
. C’est dans ce tome que l’on retrouve les fameuses fleurs qui parlent
de Walt Disney ou le plus célèbre poème de Carroll, Jabberwocky, plein de
mots étranges autorisant de nombreuses interprétations. Après de nombreuses
aventures, Alice parvient à devenir reine.

En
1876 paraît
La Chasse au Snark (The Hunting of the Snark), qui raconte
la quête d’un animal fabuleux par une troupe étrange de commerçants accompagnés
d’un castor. L’œuvre repose à nouveau sur l’absurde, de nombreux néologismes et la fibre mathématique de
Carroll s’y ressent à travers de nombreux raisonnements. Le succès de l’œuvre
est presque aussi que celui des deux tomes d’Alice.

Sylvie et Bruno (Sylvie and Bruno), roman en
deux tomes parus en 1889 et 1993, est jugé comme une œuvre de moindre qualité
de Carroll, mais originale par sa structure. Autour de l’histoire de ces frère
et sœur, de quatre et sept ans, l’auteur entrelace deux récits ayant pour
cadres des mondes différents : l’Angleterre rurale d’un côté, et des
royaumes féeriques de l’autre. Carroll s’y livre à une satire de la société
anglaise
et du milieu universitaire.
Le langage – plein de sophismes – et
sa fiabilité, à nouveau, y sont
largement remis en question. Dans
ses œuvres, Carroll forge un nouveau
langage
, basé sur des règles
subjectives
, plein de jeux de mots et
de mots-valises qui ont à voir avec
le langage de l’enfance comme avec l’inconscient,
et le rêve, donnée fondamentale des
récits carrolliens, qui donne accès à un monde où la logique usuelle n’a plus
cours – péremption qui vient aussi affecter l’espace et le temps tels qu’on les
connaît. Le lecteur enfant comme adulte est donc toujours invité à remettre en question ce qui soutient
intellectuellement son appréhension du
monde
.

 

En parallèle de son activité littéraire Charles Dodgson
a développé une activité de photographe à
partir de 1856, pensant même un
temps gagner sa vie en tant que tel. La moitié de son travail photographique
figure des fillettes, et beaucoup
ont pour cadre le jardin des Liddle.
Sous son vrai nom, il a publié une douzaine d’ouvrages de mathématiques, développant des idées nouvelles en
algèbre linéaire, dans le domaine de la probabilité, de l’étude des élections
et de la logique symbolique.

 

Charles Dodgson meurt en 1898 à Guildford (comté de Surrey), des suites d’une
grippe.

 

 

“’I quite
agree with you,’ said the Duchess ; ‘and the moral of that is—”Be
what you would seem to be”—or if you’d like it put more simply—”Never
imagine yourself not to be otherwise than what it might appear to others that
what you were or might have been was not otherwise than what you had been would
have appeared to them to be otherwise.””

 

« Je suis entièrement
d’accord avec toi répondit la Duchesse ; et la morale de ceci, c’est :
Soyez ce que vous voudriez avoir l’air d’être ; ou, pour parler plus
simplement : Ne vous imaginez pas être différente de ce qu’il eût pu
sembler à autrui que vous fussiez ou eussiez pu être en restant identique à ce
que vous fûtes sans jamais paraître autre que vous n’étiez avant d’être devenue
ce que vous êtes. »

 

“’All right,’ said the Cat;
and this time it vanished quite slowly, beginning with the end of the tail, and
ending with the grin, which remained some time after the rest of it had gone.

‘Well! I’ve often seen a cat
without a grin,’ thought Alice; ‘but a grin without a cat! It’s the most
curious thing I ever saw in my life!’”

 

« – C’est bon”, dit le
Chat ; et cette fois, il disparut très lentement, en commençant par le
bout de la queue et en finissant par le sourire, qui resta un bon bout de temps
quand tout le reste eut disparu.

“Ma parole ! pensa Alice,
j’ai souvent vu un chat sans un sourire, mais jamais un sourire sans chat !…
C’est la chose la plus curieuse que j’aie jamais vue de ma vie !” »

 

Lewis Carroll, Alice au Pays des Merveilles (Alice’s Adventures in Wonderland), 1865

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