Andromaque

par

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Euripide

Euripide
est un auteur tragique grec né vers 480 av. J.-C. à Salamine (île de l’Attique,
Grèce), mort en 406, probablement en Macédoine, dévoré par des chiens selon la
légende. On cite coutumièrement son nom aux côtés de ceux d’Eschyle et de
Sophocle. La légende noue aussi les destins de ces trois grands maîtres
antiques de la tragédie : Euripide serait né le jour de la bataille de
Salamine, où Eschyle, qui avait alors 45 ans, combattait, tandis que Sophocle,
adolescent, était à la tête du chœur qui chanta la victoire après la bataille.

Ses
fonctions durant les cérémonies consacrées à Apollon indiqueraient qu’il est
issu d’une famille aisée, contrairement à ce que prétendent plusieurs auteurs
comiques.

Le jeune
homme est un fervent disciple – sans jamais être exclusif – de plusieurs
philosophes et sophistes, tels Anaxagore, Protagoras, Socrate ; il devient
d’ailleurs l’ami de ce dernier. Il subit également l’influence des philosophes
Pythagore, Parménide, Héraclite, Xénophon, et l’on sent dans ses tragédies une
lecture attentive des poètes Homère, Hésiode, de l’homme d’État Solon, du poète
gnomique élégiaque Théognis de Mégare, des lyriques et semble-t-il des
historiens-chroniqueurs dits logographes.

Le
caractère solitaire, méditatif du jeune homme, son quotidien fait de lecture
lui attirent tôt des ennemis. Il ne prend pas part à la vie politique comme
Sophocle, mais y fait allusion dans ses pièces contrairement à son aîné de
quinze ans. Comme son extraction, sa vie conjugale provoquera les lazzis des
auteurs comiques, selon lesquels sa seconde femme l’aurait trompé avec son
esclave.

Parmi le
peu d’éléments historiques que l’on peut réunir sur l’homme, on sait simplement
qu’il part en 408 av. J.-C. d’Athènes pour se rendre à la cour du roi de
Macédoine Archelaüs, et que peu après Sophocle et sa troupe lui rendent hommage
sur scène à l’annonce de sa mort.

Euripide
connut une gloire principalement posthume ; ses pièces ne remportent que
cinq victoires au festival théâtral athénien des Dionysies, dont quatre de son
vivant. Il servira en revanche de modèle à ses successeurs, et d’abord à la
tragédie latine, d’Ennius à Sénèque. Il reçoit les louanges des chrétiens qui
voient en lui un précurseur. La tragédie italienne du XVIème siècle et la
tragédie française du XVIIème lui doivent beaucoup, même si la matière d’Euripide
subit l’inflexion apportée par celle de Sénèque. Beaucoup d’Allemands du
XVIIIème, parmi lesquels Gotthold Ephraim Lessing, Friedrich von Schiller et Johann
Wolfgang von Gœthe l’admirèrent, tandis qu’Auguste von Schlegel, et Friedrich
Nietzsche au XIXème siècle, le critiquent, parfois vertement. Schlegel déplore
qu’« on ne trouve en [Euripide] ni cette profondeur sérieuse d’une
âme élevée, ni cette sagesse harmonieuse et ordonnatrice que nous admirons dans
Eschyle et dans Sophocle. »

Euripide
a écrit plus de cent pièces ; quelques autres œuvres lui sont attribuées,
parmi lesquelles un chant et une épigramme funèbres, et un chant de victoire.
Dix-sept tragédies nous sont connues, et nous pouvons en dater quelques-unes
seulement.

Les
pièces d’Euripide innovent par la présence d’un prologue explicatif et le
mécanisme du deus ex machina, qui
permet l’entrée en scène d’une ou de plusieurs divinités propres à dénouer une
situation désespérée. Mais encore, l’auteur dramatique enrichit la tragédie de
thèmes nouveaux, il complexifie l’action et se permet de prendre des libertés
avec les sujets mythiques. La formation philosophique et sophistique d’Euripide
le pousse en outre à exposer sur scène le traitement qu’il fait de problèmes
très variés, comme si le théâtre devait « débattre de tout ».

Ce qui
caractérise peut-être, par-dessus tout, la matière du théâtre d’Euripide, est
le profond pessimisme qui la fonde. Chez Sophocle, il est toujours permis de
croire, tandis que chez son cadet, la tragédie recouvre tout : les
personnages, minés par leur passion unique, sont faibles, impuissants face à
leur destin, et rejoignent l’humanité douloureuse montrée par la poésie de
Virgile.

La pièce Les Troyennes (415) est basée sur la
légende de la guerre de Troie comme les deux autres tragédies de la tétralogie,
en grande partie perdue, dans laquelle la pièce s’insérait. Dans le prologue,
Poséidon, protecteur de Troie, pleure la destruction de la ville, la mort de
ses habitants. Ont survécu les femmes qui emprisonnées attendent leur
sort ; on finit par le leur annoncer : la vieille Hécube deviendra la
servante d’Ulysse ; Andromaque, veuve d’Hector, ira à Pyrrhus ; la
vierge Cassandre devient la concubine d’Agamemnon, tandis que Polyxène se verra
sacrifiée aux mânes d’Achille. Même si Hécube, qui incarne la douleur, fait le
lien entre tous les épisodes, la pièce s’avère d’une pluralité, d’une richesse
dans les épisodes (le délire de Cassandre, les monologues d’Hélène puis
d’Hécube devant Ménélas) qui seront beaucoup critiquées. Cassandre, qui prédit
aux vainqueurs des maux pires que ceux des Troyens, illustre la sympathie du
spectateur qui va fatalement à l’héroïsme plus poignant et plus beau des
vaincus.

Parmi les
pièces les plus lues d’Euripide figure Médée
(431), qui puise sa matière dans le mythe des Argonautes. Médée y est une
magicienne vengeresse, capable de tuer ses propres fils avec la fille de Créon
après que Jason l’eut abandonnée pour Créuse. Le prologue typique des tragédies
d’Euripide met en scène la nourrice de Médée qui expose le drame. Jason y
apparaît veule, médiocre, tandis que Médée représente un sommet de passion,
l’amertume transformée en violence. La tragédie d’Euripide a donné naissance à
une longue tradition littéraire.

Citons
enfin Électre, œuvre qui repose sur la même matière que la pièce
homonyme de Sophocle : le retour d’Oreste dans sa patrie pour venger son
père Agamemnon d’Égisthe et de sa mère Clytemnestre. Après une scène de
reconnaissance, Électre et son frère s’unissent dans la vengeance. Chez
Eschyle, dans Les Choéphores, il
s’agissait pour Oreste de suivre un ordre divin, il était un héros. Chez
Euripide, les deux parricides regrettent immédiatement leur geste et se
transforment en victimes. Électre paraît s’être transformée en monstre pour de
petits motifs mesquins.

Gœthe,
s’opposant à Schlegel qui critique Euripide à la suite des philologues, concède
que si l’auteur antique « ne possède pas la haute gravité ni la perfection
sobre de ses deux prédécesseurs », s’il « traite les choses avec un
certain relâchement, d’une façon plus humble », c’est néanmoins parce
qu’il « connaissait sans doute suffisamment les Athéniens pour savoir que
le ton qu’il avait adopté convenait précisément à ses contemporains. »

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