Au château d'Argol

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Résumé

Le récit ne repose pas véritablement sur une intrigue mais découle d’une situation de huis clos entre les trois protagonistes : Albert, le maître d’Argol, qui a invité son ami Herminien, et Heide qu’il ne connaît pas encore.

Un jeune homme, Albert, arrive au terme d’un voyage à pied qui l’amène à un château qu’il a acheté peu de temps auparavant en Bretagne sans l’avoir vu au préalable. Il traverse un paysage solitaire, puis est accueilli par un domestique frappé de mutisme. Il visite ensuite sa nouvelle propriété dont il découvre l’architecture étonnante. Depuis la terrasse, il a une vue privilégiée du paysage alentour, notamment de la forêt de Storrvan et de la mer. À la tombée de la nuit, un orage violent contraint Albert à s’abriter, lorsqu’il trébuche sur le corps endormi du domestique. C’est ainsi qu’il découvre un message qui lui annonce la venue imminente de deux personnes : Herminien et Heide.

Sa situation de solitaire est l’occasion pour Albert de se plonger dans la lecture de Hegel, mais aussi d’explorer les territoires autour du château. Toutefois, il se tient à distance de la forêt de Storrvan qui l’effraie depuis la sinistre soirée d’orage. À la veille de la venue des visiteurs, une promenade au bord de l’océan lui fait découvrir un cimetière ensablé situé au fond de la baie. Le sable promené par le vent efface les épitaphes sur les tombes. Sur une croix isolée, Albert grave le nom « Heide », comme poussé par une force mystérieuse.

Durant tout le jour, Albert guette l’arrivée d’Herminien et Heide depuis « la plus haute des tours du château ». Les deux hôtes arrivent en fin de journée, de façon théâtrale. Heide, dont la beauté est éblouissante et indicible, charme Albert. Au terme d’une conversation avec les deux invités, Albert s’isole avec Heide sur la terrasse et l’embrasse longuement. Ainsi, Herminien esseulé comprend qu’il a amené Heide à Albert pour mettre leur relation à l’épreuve du regard de ce dernier, et par là même renforcer leur amour. À la manière d’un tableau, le chapitre se caractérise par d’importants jeux de lumière et de clair-obscur.

Le quotidien au château s’apparente à un rituel immuable. Chaque matin, les personnages livrés à leur solitude se livrent à des promenades en pleine nature, tandis que l’après-midi  est un temps de tête-à-tête entre Heide et Albert, laissant Herminien solitaire et ruminant ses réflexions. Le soir est l’occasion du « grand jeu » qui rapproche les trois protagonistes, durant lequel tantôt Heide règne sur les deux hommes, tantôt Herminien complique les relations entre Heide et Albert. Durant ces soirées se met en place un jeu subtil et sans fin de représentation. Les trois personnages semblent pour ainsi dire pris au piège, à la fois du passé, mais aussi du jeu théâtral de leurs relations actuelles.

Un matin, les protagonistes décident d’aller prendre un bain ensemble, après s’être dévêtus parmi les tombes. Ils nagent, exaltés, sans se rendre compte qu’ils s’éloignent toujours plus du bord. Soudain, Heide coule, et les deux hommes la sauvent, pour finir échoués et épuisés sur la plage, reprenant leurs esprits.

Peu de jours après ces événements, Albert va se promener seul sur les berges de la rivière d’Argol. Il contemple des reflets dans l’eau. C’est ainsi qu’il voit par son reflet venir Herminien. Les deux hommes s’en vont marcher au plus profond de la forêt. Ils parviennent à une chapelle suspendue au-dessus des abîmes, dans laquelle un fatras d’objets hétéroclites éclairés par le halo d’une lumière étrange met Albert profondément mal à l’aise. Herminien s’installe à l’orgue de la chapelle et improvise une mélodie splendide.

Les personnages sont tenus enfermés dans le château en raison de fortes pluies. Par une journée de forte chaleur, Albert voit du haut du château Heide s’enfoncer  dans la forêt, emmenée par Herminien qui porte un fusil. Il se met à rêver, jusqu’à ce qu’il se rende compte que le couple n’est pas revenu. Albert sort du château, part dans la forêt à la recherche de ses compagnons, et s’y égare alors que la nuit tombe. Perdu dans des rêveries profondes, il trébuche tout à coup sur le corps nu et ensanglanté de Heide, qui a apparemment été violée.

Les jours passent, les mois aussi, mais Herminien ne reparaît pas. Albert tente de s’épuiser par les activités physiques, car ses rares instants d’oisiveté le ramènent à l’image obsédante de Heide.

Un jour, lors d’une longue promenade, il découvre Herminien gisant à terre, blessé par un coup de sabot de son cheval. De retour au château, Albert erre dans le château avant de s’assoupir devant la porte de la chambre d’Herminien. Il rêve qu’il est à Paris avec son ami ; une foule prie pour le salut de l’âme de ce dernier, qui est condamné à mort par le supplice. Albert observe l’altération du visage de son ami, et c’est alors qu’il découvre Heide à côté de lui, détournant elle aussi les yeux de ce spectacle atroce. Ce rêve semble avoir quelque chose d’oraculaire.

Albert ressent le désir irrépressible d’entrer dans la chambre d’Herminien, ayant le sentiment vague que cela lui permettrait de découvrir la clef d’un secret. Un matin de novembre, il va assouvir cette pulsion, ce qui lui confère un grand sentiment de liberté. Il y découvre des gravures représentant la grâce d’un visage de femme, ou encore les souffrances du roi Amfortas.

Dès qu’Herminien est rétabli, les conversations élevées reprennent entre les deux hommes, mais Albert est constamment rongé par l’angoisse, pressentant l’imminence du départ de son compagnon. À la lecture d’archives, Albert découvre l’existence d’un passage secret qu’il décide de visiter. De façon surprenante, le passage conduit tout droit les deux hommes à la chambre de Heide. Ils décident de revenir sur leurs pas. Le soir, Albert, ne supportant plus son image, brise son miroir. Il est hanté par l’image obsessionnelle du corps nu de Heide étendue dans sa chambre, et par l’impression hallucinatoire que l’âme d’Herminien vient à lui. Il s’empare donc d’un poignard et emprunte à nouveau le souterrain.

Plusieurs heures plus tard, les cris de Heide qui s’est empoisonnée retentissent dans le château et en réveillent les occupants. Elle décède dans la nuit.

Son corps est enseveli dès le lendemain dans le cimetière marin : on découvre ainsi a posteriori le sens du geste d’Albert, quand il avait gravé le nom de Heide sur une tombe. Le soir venu, Herminien annonce son départ, et quitte le château au beau milieu de la nuit. C’est alors qu’il entend des pas derrière lui, puis sent un poignard dans son dos.

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